Jeux de plateau

La crise touchant l’industrie du jeu de société continue, et s’enlise

La crise globale de pénurie de containers continue d’affecter l’industrie du jeu de société.


Crise compliquée

Au mois de mars de cette année, nous vous faisions part de la situation compliquée dans laquelle les éditeurs de jeux de société se trouvaient. Entre retards hallucinants et augmentations massives du trajet Chine-Europe, l’industrie du jeu de société traverse une crise sans précédent.

Toujours en pleine pandémie le marché du jeu de société doit faire face depuis plusieurs mois à de sérieux soucis de fabrication et de livraison, de quoi provoquer une véritable situation de crise.

Au mois de mars, nous avions contacté plusieurs éditeurs français, qui nous avaient annoncé plusieurs gros soucis :

Et aujourd’hui, 3 mois après notre article, sur le plan économique, la situation mondiale ne s’est de loin pas améliorée ! La crise continue, et s’enlise. La plupart des éditeurs de jeux de société sont aujourd’hui affectés par la situation, entre retards considérables et augmentation de coûts. Et en bout de chaîne, ce sont nous, joueurs, joueuses, qui subissons la situation.

36, quai des éditeurs

Le site américain Cardboard Edison a fait pareil que nous. Ils ont interrogé 36 éditeurs. Les résultats sont criants et confirment nos conclusions :

  • Pour 32 éditeurs sur 36, les délais de livraison encaissent actuellement des retards de 2 à 6 semaines
  • La plupart des éditeurs paient 3 à 4 fois plus pour leur expédition
  • De nombreux éditeurs sont désormais contraints d’augmenter les prix des jeux

L’éditeur américain Stonemaier relève la même situation de crise dans un long article de blog paru il y a quelques jours. L’article est très détaillé. Entre production et impacts sur les prix, l’éditeur relève, lui aussi, la même situation.

Wingspan s’envole

L’éditeur cite son cultissime Wingspan en exemple :

Wingspan est un jeu de taille assez standard (296x296x70mm). 5’292 boîtes de Wingspan tiennent dans un conteneur d’expédition de 40 pieds, l’unité de mesure commune pour les conteneurs, soit une longueur de 12 mètres pour une largeur de 2,5 et un volume de 67m3.

Les frais d’expédition de fret de la Chine aux US d’un exemplaire de Wingspan avant la pandémie étaient d’environ 1 $. Maintenant, selon l’éditeur, c’est environ 3 $.

Le prix des conteneurs de 40 pieds, reliant la Chine à l’Europe. Source : Bloomberg

Aux US, Wingspan a un PDSF, un prix de détail suggéré, de 60 $, ce qui signifie que les distributeurs l’achètent pour 24 $, dont une partie est versée à l’auteur, ou, ici, dans le cas de Wingspan, à l’autrice, sous forme de redevances, entre 4 et 8%. Selon l’éditeur américain, le jeu coûte environ 12 $ à produire. Ainsi, au lieu de faire 11 $ de profit par unité, ils n’en gagnent plus que environ 9 $.

2 $, soit 1,70 euros ou 1,85 francs suisses de différence, vous allez dire que c’est une broutille. Oui, mais par boîte ! Multipliez cette différence par le nombre de boîtes vendues, beaucoup, dans le cas de Wingspan, et pour chaque jeu vendu, pas que ce titre, et vous comprenez que la crise provoquée par la situation économique a un impact pour les éditeurs.

Une crise durable ?

Non, les éditeurs ne roulent pas sur l’or, ou dans de très rares cas. L’argent encaissé par la vente d’un jeu permet surtout de :

  • Relancer la pompe pour éditer de prochains jeux
  • Éponger les dettes et chiffres rouges pour des jeux qui ont connu de médiocres ventes

Avec des prix de fret qui augmentent, des marges qui se réduisent et des retards qui s’accumulent, certains éditeurs aux reins moins solides pourraient voir un impact majeur sur leur situation financière.

Et la crise risque de durer, car la situation mondiale n’est pas prête de se calmer. Entre crise sanitaire pas du tout résolue, ceci en grande partie dus aux différents variants et à une vaccination peu étendue dans le monde, et une crise dans le commerce international, dû au manque criant de conteneur, les prix de nos jeux de société pourraient bien prendre l’ascenseur ces prochaines semaines et mois. Et il va désormais falloir composer avec des retards. Une situation pénible, surtout avec la Gen Con, Essen et Noël en approche.

4 Comments

  • Gilles

    Merci pour l’article.
    Effectivement la situation va devenir de plus en plus critique et il n’est pas impossible qu’on assiste à des non livraisons de KS et autres précommandes avec le risque d’éditeurs qui mettent la clé sous la porte.
    Le manque de conteneurs et de matières premières touchent quasiment tous les secteurs et c’est un problème qui est plus que sérieux.

  • Yvon

    Selon moi et sans vouloir faire mon parano, cette crise risque fort d’être pérenne et est probablement voulue politiquement, la crise du COVID ne pouvant pas tout expliquer.

    Ce qu’il se passe ne m’étonne qu’a moitié : la filière du JdS est bancale financièrement (avec une mauvaise répartition des revenus), illogique (avec une fabrication à l’autre bout du monde) et basée sur la course à la nouveauté (on parle plus des jeux futurs que ceux déjà sortis). Il est donc normal que la filière se prenne les pieds dans le tapis au premier souci.

    @Gilles oui effectivement cela risque d’être compliqué côté KS surtout pour les très petits éditeurs et ceux finançant la fabrication de leurs jeux en cours avec leurs futurs projets KS (façon Ponzi).

    En tout cas, croisons les doigts pour que nous ayons moins d’ « OK Game » dans les temps à venir. 🙂

  • Easy Wash

    Si seulement la hausse du prix du transport pouvait encourager les éditeurs a faire des boîtes plus compactes.
    Parks, Architectes du Royaume de l’ouest, Nidavellir sont de très bons exemples.

    Moins cher au transport, moins polluant.

    Et quand on y réfléchit bien: de nombreux joueurs se calment sur les achats quand la place commence a manquer.
    Plus de place, plus de jeux, plus d’achat.
    Mais, euh… plus de pollution alors ?

    • Fafa

      Oui c’est ce qu’on appel l’effet rebond.
      Globalement on réussi souvent à amélioré l’efficacité, mais on en profite juste pour consommer plus…

      Tant mieux si les prix du transport international augmentent, ça rendra la relocalisation de la production plus attractive économiquement.

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