Les jeux de société victimes de la guerre économique qui fait rage entre les États-Unis et la Chine

Temps de lecture: 5 minutes

L’administration Trump livre une bataille sans merci aux importations chinoises, qui risque aussi d’affecter les jeux de société

Depuis quelques jours, le président Trump a augmenté la liste des produits chinois importés et surtaxés sur sol américain. Le but? Réduire la dépendance chinoise américaine et booster la production locale

Cette liste inclut désormais les jeux de société, les dés et les jouets dans une liste de produits surtaxés liée au conflit commercial en cours entre les États-Unis et la Chine

L’administration Trump a annoncé ce vendredi une nouvelle liste de catégories pouvant être soumises à un droit de douane de 25%, ce qui pourrait avoir un impact considérable sur un certain nombre d’industries de la culture geek et pop, notamment les jeux de société, les dés, les bandes dessinées, les romans graphiques et bien sûr les jouets

>>> Mais au fond, comment fonctionne les surtaxes douanières?

25%

Dorénavant, les entreprises qui utilisent des fabricants chinois pourraient voir leurs coûts augmenter de 25% si ces taxes douanières devaient entrer en vigueur

L’industrie du jeu de société pourrait être sérieusement touchée. Car oui, et c’est un secret pour personne, de nombreux jeux de société sont produits en Chine. Mais ça, vous le saviez déjà

La très grande majorité des jeux de société passent par des fabricants chinois pour faire produire leurs fig en résine et pour produire en masse d’autres pièces pour les jeux de plateau

Cette décision de nouvelle tarification douanière slash guerre économique pourrait être très préjudiciable pour certains jeux de société financés sur Kickstarter par exemple, qui sortent dans plusieurs mois. Bien que les taxes tiennent généralement compte de la hausse des coûts financés par le consommateur, cela ne fonctionne pas vraiment si le produit a été vendu dans le cadre d’une campagne de financement participatif

Vous le savez bien si vous passez par KS pour acheter vos jeux, certaines campagnes Kickstarter facturent les frais d’expédition via un site Web « Pledge Manager ». Il sera par conséquent intéressant de voir si les campagnes tentent alors de faire payer ultérieurement les coûts liés aux nouvelles taxes douanières à leurs backers

Barrières douanières ?

Les droits de douane font partie d’un différend commercial en cours entre les États-Unis et la Chine. Ils tentent de négocier l’ouverture du marché chinois et la fin des pratiques déloyales perçues par les entreprises chinoises, selon Trump

Bien que l’espoir de parvenir à un accord commercial ait été envisagé la semaine dernière, les discussions ont été rompues. Depuis, le Donald est en mode Battle Royal full-rage avec la Chine. Il faut dire que ça a toujours été son cheval de campagne, déjà annoncé dans sa campagne de 2016.

Cette guerre économique a dès lors amené les deux pays à proposer de nouveaux droits de douane sur divers produits. Dont nos jeux de plateau

Si les États-Unis devaient adopter ces nouvelles taxes, ils pourraient entrer en vigueur à tout moment après le 24 juin. Et tous les jeux produits à partir de ce moment-là augmenteraient donc de 25% sur les jeux de société aux US

Par exemple, un exemple

Pour un jeu comme le Seigneur des Anneaux – Voyages en Terre du Milieu, tout produit en Chine (fig, cartes, etc), un jeu qui coûte entre 80 et 100 USD, si les nouvelles taxes entrent en vigueur en juin, le jeu coûterait désormais entre 100 et 125 USD. Balaise

Également, si on prend un financement sur KS, le tout récent et tonitruant Bloodborne vient de tout déchirer avec pas moins de 4 millions de dollars levés

Tout le matos Bloodborne. De la fig (chinoise) au quintal

4 millions. Avec ces nouvelles taxes douanières, les éditeurs pourraient devoir payer 25% de plus pour importer les jeux depuis leur fabrication en Chine

25% sur 4 millions ça fait… 1 million. L’éditeur américain CMON doit juste être en train de pleurer sa race… Ou de trouver une stratégie pour faire encaisser la différence aux backers, i.e. nous

Minute, papillon

Tous ces chiffres et augmentations sont « faux ». Enfin, pas si simples, dirons-nous. Car:

  1. Il y avait déjà des taxes avant, elles n’ont fait « que » augmenter
  2. les taxes à l’importation ne constituent pas le prix entier, il faut encore rajouter les divers intermédiaires pour arriver au prix final trouvé en boutique

N’empêche. Il va tout de même falloir s’attendre à une certaine augmentation

Et qu’est-ce que ça va changer pour nous, en Europe?

Pas grand-chose, dans un court terme

Nos jeux de société viennent directement de Chine, importés pour la plupart par des éditeurs Européens quand ils sont traduits et localisés pour le marché francophone, suisse romand, français et wallon

Mais

Désormais, chaque fois que vous passerez par KS pour pré-commander vos jeux, et comme la plupart des campagnes KS sont américaines, ces campagnes risquent de se prendre un 25% dans les dents

Pareil avec les jeux directement importés des US en VO par exemple. À voir quand ces nouvelles taxes entreront en vigueur, mais il est à craindre que les boutiques en dur et online doivent elles aussi répercuter cette importante augmentation. Car au final, c’est tout le monde qui déguste: les éditeurs, qui doivent à présent se fendre d’une taxe douanière plus onéreuse. Ils ont alors deux choix: soit ne rien faire et conserver le prix du jeu original, et perdre 25% de chiffre d’affaires, donc… plutôt non. Soit augmenter le prix pour répercuter cette augmentation, donc plutôt oui. Surtout si tous les éditeurs américains font pareil

Si le prix du jeu augmente, toute la chaîne en aval déguste, distributeurs, boutiques et enfin, nous, clientes et clients, joueurs et joueuses

C’est Asmodée, et FFG surtout, qui doit trembler. La très, très grande majorité de leurs jeux sont produits en Chine, et ils risquent de devoir augmenter tout leur catalogue de 25%. Les prix des jeux de société vont prendre l’ascenseur. Sauf ceux produits uniquement en Europe. La différence de prix deviendra massive

À cause de cette guerre économique entre les US et la Chine, ça doit être actuellement le branle-bas de combat chez les éditeurs de jeux de société

Réalisme VS fatalisme

Trump et son administration imposent ces taxes douanières (et la Chine qui contre-attaque en faisant pareil) pour faire plier la Chine et la pousser à assouplir sa politique douanière, tout en essayant de pousser l’économie américaine à produire sur sol ricain

Oui mais

Soyons lucides 2 secondes. Les éditeurs de jeux de société ne sont à l’heure actuelle pas capables de faire produire aux US ou en Europe. Pourquoi?

  1. Depuis le temps, les compétences de prod sont beaucoup plus perfectionnées en Chine
  2. Et surtout, la main d’oeuvre n’a pas le même coût. Les salaires ne sont pas les mêmes, ce qui a un impact final sur le prix du jeu

Faire produire aux US ou en Europe, oui, c’est évidemment beaucoup soutenable pour la planète, mais les prix des jeux risquent également de prendre l’ascenseur

Est-ce que certains éditeurs se détourneront de la Chine pour produire ailleurs? Au Bangladesh, au Vietnam, en Turquie, où les salaires sont plus faibles qu’ailleurs? Encore faut-il que ces pays développent leur savoir-faire en la matière (c’est le cas de le dire)

Donc au final, à moyen terme, ces (sur)taxes douanières risquent de pénaliser les joueurs et joueuses. Pas cool. Est-ce qu’on s’approche d’un ralentissement de la production mondiale de jeux, avec pas moins de 3K titres qui sortent chaque année?

25% dans les dents, vous en pensez quoi? Vous êtes prêtes et prêts à payer vos jeux (beaucoup) plus chers?

15 responses to Les jeux de société victimes de la guerre économique qui fait rage entre les États-Unis et la Chine

  1. PatAdam says:

    Et si ça encourageait le éditeurs à imprimer en Allemagne?
    😉

  2. Crunsk says:

    Dans cet article, on suppose que les coûts de fabrication en chine sont de 100% du prix du jeu acheté par les clients. Quel est ce pourcentage réel? 50%? Dans ce cas, on a une augmentation du prix pour le consommateur de 12.5% aux US. Ca fait déjà moins peur quand même, même si ce sera loin d’être neutre.

    • Alexandre P. says:

      Je m’embrouille toujours un peu entre les nombres, mais il me semble avoir lu plus d’une fois que l’évolution du prix d’un jeu en « circuit classique c’est :
      – vente par l’éditeur pour x,
      – vente par le distributeur pour 2x,
      – vente par la boutique pour 4x,
      – « prix normal » en boutique de 8x, éventuellement 8x – 10%.

      Et le coût est inférieur au prix de vente par l’éditeur.
      Mais il me semble qu’un jeu acheté 40€ en boutique est vendu 5 € par l’éditeur et doit coûter 3 € à produire.

      Pour les KS ça semble bien plus dur à calculer parce qu’il y a moins d’intermédiaire, mais que la marge faite sur les jeux déjà vendus (via KS) peut servir à fabriquer les exemplaires qui seront vendus dans le circuit classique.

      • Batista says:

        Niveau calcul c’est pas vraiment ça, voir cette vidéo qui prend en exemple un jeu auto-édité justement :
        https://www.youtube.com/watch?v=qohFx1qpWIo&t
        Pour une jeu édité en masse vendu 40€ en boutique on est sur environs 6€ à la sortie de l’usine. Après c’est le port, les taxe, la tva payer 25 fois….

  3. Salut Gus & Co… super sujet… intéressant de mettre cet aspect de notre hobby en lumière ! En revanche je me dois d attirer ton attention sur une erreur de formulation… tu dis que le prix des jeux pourrait augmenter de 25%.. il y a 2 erreurs dans cette assertion :
    1 – les taxes douanières ne représentent qu’une partie du prix de revient d un jeu… donc l augmentation ne va impacter que cette part du prix… (ie. Dans le prix d une boîte il y a des coûts marketing, eux ne sont pas impactés 🙂
    2 – Il y avait déjà des taxes douanières de 10% (de memoire), donc on est sur du +15% sur ce poste, pas +25%..

    BONNE JOURNEE A TOUS

    PS : Rdv à PEL pour des news de la croisière ludique et nos autres projets à venir… sans taxes US

  4. Gilles POIRIER says:

    Quelques remarques: Cette augmentation des droits de douane ne touche pas tous les produits, loin de là. Il faudrait savoir précisément quels sont les produits impactés. D’autre part il y avait déjà des droits de douane sur les prix fabricant, variant de 2-3% à 12% selon les produits. Si ils passent à 25%, cela veut dire qu’un produit de 20$ qui était taxé de 2$ (10%) sera taxé à 5$ (25%) soit une augmentation de 3$ pour un prix de vente final de 60$. L’augmentation réelle de prix consommateur n’est donc que de 5%.

    • arnauldvm says:

      @Gilles POIRIER
      Attention que les marges sont généralement calculées proportionnellement, la TVA également, donc le surcoût final sera également plus élevé que 3$, soit environ 10$.

      • Gus says:

        Décidément, la bataille (des nombres) fait aussi rage ici 😜

        N’empêche, on ne va pas couper les cheveux (s’il nous en reste) en quatre. Le résultat de tout ça: un joyeux bordel, et une augmentation que l’on va certainement se prendre dans les dents

  5. Theoven says:

    Je ne reviens pas sur les remarques pertinentes de mes petits camarades sur le calcul du surcoût potentiel de cette affaire.

    Mais je tenais à préciser que la part des salaires dans la plupart des produits manufacturés est marginale. Et la Chine ne fait pas exception (sans compter que le salaire moyen chinois est aujourd’hui plus élevé que dans pas mal de pays asiatiques qui ont aussi un savoir-faire reconnu).

    Les éditeurs vont en Chine par habitude (les circuits sont connus et éprouvés), ou par paresse (on fait comme tout le monde). Mais pour gérer des projets d’impression depuis plus de 25 ans, je peux vous promettre qu’il est tout à fait envisageable de faire réaliser des jeux en Europe (je ne connais pas la situation aux US), à des prix très raisonnables.

    Sans compter qu’on s’évite les problèmes de contrôle qualité, de validation à distance, de délais insensés (temps de transport + le fameux nouvel an chinois). Et je ne parle pas du coût carbone… Alors évidemment, il faut bosser un peu plus, monter ses propres filières, établir des relations avec des prestataires différents…

    Autant pour les très gros éditeurs, le problème ne se pose pas vraiment, autant pour beaucoup de projets sur KS, le jeu en vaudrait la chandelle. Manque de bol, les « petits » éditeurs ne savent pas gérer ce genre de choses. Ils se présentent souvent comme des « passionnés de jeux », mais je constate trop souvent qu’ils sont dépassés par la dimension production et logistique. Tout simplement parce qu’ils sont incompétents dans ces domaines. Et il arrive que les backers soient les seuls à assumer leurs erreurs.

    • arnauldvm says:

      @Theoven
      Probablement que ce que tu dis est valable dans le domaine de l’impression, mais les jeux font de plus en plus appel à de l’injection plastique (figurines …) et les éditeurs expliquent que cette compétence n’existe tout simplement pas en Europe.

      • Nadir says:

        C’est une excuse de paresse que celle de l’injection plastique.

        D’une part, parce que rien qu’une recherche google me renvoie dans les premiers résultats à des possibilités suisses, donc européennes, ça doit être possible. Et il est inutile de venir ici avec une question d’échelle, car quand on fabrique des pièces pour des seringues, je pense qu’on est à une échelle de prod’ suffisante. D’autre part, les éditeurs adorent désormais me fournir des figurines merdiques et inutiles, pour le dire de manière claire. Par merdique, j’entends un machin pas très joli car trop petit, pas bien pensé et mal désigné qui est un pur goodies dont je n’ai pas besoin pour jouer, car on m’a fourni une pièce autre (bois ou carton qui fait le même office). Ainsi, dans le temps salué KS qu’est le 7ème continent, aucune des pièces plastiques n’est nécessaire, pour prendre un exemple parmi 100.

        Enfin, comme contre-exemple/pied de nez, on trouve Games Workshop, qui manufacture en Grande-Bretagne (sauf si les boîtes mentent) et à des prix très corrects pour le consommateur. Oui, ça reste du Games Workshop et cey cher etc, mais quiconque a déjà regardé pour acheter des figurines chez un indé a vite réalisé que même à 30 CHF la boîte de 12, c’est ultra concurrentiel question qualité/prix.

    • Gus says:

      Merci Karl pour ces précisions

      J’espère tellement que vous ayez raison. On en reparle dans six mois-une année?

      • Alexandre P. says:

        Dans une campagne, on a toujours à payer le « pledge » et, en même temps ou plus tard, les frais de port.
        Si le coût des jeux envoyés dans le hub étasunien augmente significativement, le porteur de projet devra choisir entre faire des « pledge US only » et « pledge EU only » pour conserver la même marge sur toutes les boîtes, quelle que soit leur destination, ou alors répercuter le surcoût américain sur l’ensemble des participants à la campagne.
        La 1ère solution ferait gueuler les américains (qui gueulent déjà pour des frais de port un peu élevés quand le porteur de projet est européen).
        La 2ème serait extrêmement casse-gueule car la marge dépendrait du ratio US/reste du monde, qui n’est peut-être pas facile à déterminer.

  6. Theoven says:

    Je ne reviens pas sur les remarques pertinentes de mes petits camarades, mais je tenais à préciser deux ou trois choses.

    D’une part le coût du travail, contrairement à une idée répandue, n’intervient pas d’une façon substantielle dans le coût final des produits manufacturés. Ce qui est nettement moins le cas dans la fourniture de services.

    Si les éditeurs de jeux vont en Chine, c’est plus par habitude ou paresse (les opérateurs sont connus), que réellement par volonté de dégager des marges. Pour gérer des produits d’impression depuis 25 ans, je peux vous certifier qu’il est possible de faire réaliser des jeux en Europe (je ne connais pas la situation aux US) sans que les coûts s’envolent.

    Alors bien sûr, ça nécessite de travailler un peu plus, d’identifier des prestataires, de monter ses propres filières, de chercher des solutions innovantes. Et je ne parle pas du meilleur contrôle qualité, des économies de transport (et de bilan carbone), des délais raisonnables (on évite le fameux nouvel an chinois…). Seulement voilà, trop d’éditeurs (principalement sur KS) sont des « passionnés » de jeux, mais sont totalement incompétents en matière de suivi de production et de logistique.

    Mais ça n’est pas grave, les backers sont là pour assumer leur erreurs (et j’ai plein d’exemples) 🙂

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