Critique de jeu: Outlive. Le Blockbuster du printemps

Outlive n’a rien de bien original. Du placement d’ouvriers. De la gestion de ressources. Et pourtant, tout s’imbrique à merveille. Tout est streamliné. On passe une partie forte, épique, intense.

Outlive, c’est quoi? Nous vous en parlions déjà dans les jeux à ne pas rater en 2017. Outlive sortira mi-mai 2017 chez La Boîte de Jeu, créé par Grégory Oliver (Bubblee Pop) pour 2 à 4 joueurs, pour des parties de 25 minutes par joueur. Dès 12 ans (environ).

Outlive a été financé sur KS en mai 2016, avec plus de 400’000 USD pour près de 6’000 backers. Belle perf.

Outlive était annoncé pour février 2017. Il n’aura eu que trois mois de retard, aussi une belle perf dans le monde de la préco participative aux retards endémiques (j’attends toujours le 7e Continent depuis octobre 2016…)

Fallout. Version plateau

Vous connaissez Fallout, le jeu vidéo?

Outlive, c’est Fallout. Sur plateau. Les joueurs incarnent des survivants qui doivent récupérer des ressources pour réparer leur équipement, se nourrir et gérer leur abri. Tout en évitant les autres pour ne pas devoir leur donner des ressources. Dans Outlive, ça s’appelle la pression. Ou autrement dit, le racket.

Vous avez aimé Fallout? Vous apprécierez Outlive. Vous ne connaissez pas Fallout? Vous apprécierez quand même Outlive. Car on se sent vraiment propulsé dans un futur post-apo après une catastrophe nucléaire. Le thème est vraiment bien intégré.

Et comment on joue?

La partie dure 6 manches. 6 jours. Chaque manche est séparée en 3 tours. Une phase Aube, pendant laquelle on tire un événement (toujours négatif, on est dans du post-apo, faut pas déconner), on recharge les ressources. Limitées, les ressources. Leur nombre est souvent impacté par les événements. Argh.

Vient ensuite le jour. Chaque joueur va envoyer l’un de ses survivants slash ouvriers récupérer des ressources sur le plateau. Il pourra en obtenir autant que le chiffre imprimé sur lui. Pour autant qu’il en reste, des ressources.

Les survivants peuvent se déplacer jusqu’à deux cases. Et quand ils arrivent sur une case déjà occupée par un autre joueur, pour autant qu’ils aient une valeur supérieure, paf racket.

Enfin, on passe à la nuit. On doit nourrir les survivants dans son abri ou sinon bye bye ils se barrent, allez jouer dehors dans le mixer bande d’ingrats. On répare son équipement, on construit et aménage ses pièces de bunker. On peut alors jouer en simultané.

Et comment on gagne?

A la fin des 6 jours, on décompte:

Le nombre de pièces finies dans de l’abri. Plus on en a, plus on score.

Son équipement fini, + l’équipement crafté slash combiné.

Le nombre de survivants accueillis bien au chaud dans son abri.

Les événements résolus.

La jauge de radioactivité. Plus c’est la fête aux radiations et moins c’est la fête aux PV.

Et à combien y jouer?

A deux joueurs, le jeu est bien. A trois joueurs, le jeu est bien. A quatre joueurs, le jeu est encore mieux.

Même si à moins de quatre on adapte le jeu en complétant le plateau avec moins de ressources pour rendre le jeu plus tendu, c’est vraiment à quatre que le jeu prend toute sa saveur. Pour son interaction, surtout. En effet, plus de joueurs signifie plus de survivants dans les environs, donc plus d’opportunités d’aller racketter dans la joie et la bonne humeur.

Mais encore une fois, même à moins de quatre joueurs le jeu est aussi bien. Juste moins tendu, moins interactif. Peut-être moins passionnant.

Alors, Outlive, pourquoi c’est aussi bien?

Voici toutes les raisons pour lesquelles Outlive est vraiment le blockbuster du printemps 2017:

Pour les illustrations, d’abord. Superbes. Miguel Coimbra (7 Wonders) s’est surpassé. Sombres, fines, très gritty et rusty.

Pour le thème, vraiment, vraiment bien intégré dans le jeu. On s’y croirait.

Pour l’interaction, extrêmement forte. Racket, pas racket?

Pour la gestion de ressources et la rareté. Il me faut encore de ceci, mais il y en n’a bientôt plus… La frustration comme mécanique de jeu.

Pour la fluidité de la partie. Le gameplay est simple, logique, streamliné. Des ressources pour survivre, pour nourrir tout le monde, et d’autres pour construire mon abri. Voilà.

Pour la mécanique du gibier, très sympa, qui pousse à bien observer et à foncer sur le plateau. Plus on possède le même gibier et plus on en récupère de la viande. Avec certains gibiers plus « lucratifs » mais aussi plus « chers » en terme d’actions nécessaires.

Pour le mélange équilibré entre tactique (=je dois m’adapter) et stratégie (=je peux me préparer). C’est plutôt rare pour être souligné.

Pour la rejouabilité. Les ressources restent les mêmes, OK. Mais les événements changent à chaque partie, et les combos des pouvoirs des pièces du bunker changent aussi. Car oui, ça va comboter sec dans son abri. Chaque pièce finie procure un avantage. Et pour peu qu’on ait bien choisit en début de partie, on va pouvoir réaliser des combos de ouf.

Outlive n’a rien de bien original. Du placement d’ouvriers. De la gestion de ressources. Et pourtant, tout s’imbrique à merveille. Tout est streamliné. On passe une partie forte, épique, intense. Avec Outlive, le futur n’aura jamais été aussi proche. Trump, la Corée du Nord, tout ça.

Scythe fut le blockbuster de l’automne 2016. Unlock, celui de l’hiver 2016-2017. Outlive sera le blockbuster du printemps 2017. Vraiment.

La minute philo (qui ne sert à rien. Mais je rajoute quand même. C’est 🎁)

Je suis végétarien. Depuis plus de vingt ans. Je ne mange ni viande ni poisson. OK on s’en fout un peu / beaucoup ici. Sauf que dans Outlive, on doit chasser slash tuer des animaux pour se nourrir. Passer ma partie à manipuler des jetons avec de la iande dessus me fait toujours un peu bizarre. Comme dans d’autres jeux aussi. Agricola, par exemple, dans lequel on élève des animaux avec amour pour les jeter ensuite dans son four et en retirer des PN.

Ou dans la même veine et du même auteur, CavernaTerres d’Arle ou l’excellent mais sous-estimé Le Havre (haaaaa, le fameux abattoir…). On reconnaît bien Uwe et sa passion dévorante pour la charcuterie germanique.

N’empêche, à chaque fois que je dois mener des animaux à leur mort ça me fait tout bizarre. Peut-on jouer avec tous les thèmes? Nous en avons déjà parlé. Mais bon, qu’est-ce qui est plus acceptable? Tuer des animaux pour survivre ou racketter / tuer des êtres humains? Aucun des deux. Ou les deux? Car après tout, il ne s’agit que d’un jeu. Un. Jeu.

Ses yeux pour pleurer

Si comme moi vous n’avez pas fait partie des quelques 6’000 backers de la campagne d’Outlive en mai 2016, vous n’avez que vos yeux pour pleurer. Car les SG et la boîte Deluxe proposés étaient juste… somptueux. Avec déluge de fig. La boîte qui sortira en mai en boutique ne contient que des mini-jetons en carton, pas hyper pratiques à manipuler surtout si vous avez comme moi de grosses paluches. C’est un peu le gros/seul souci d’Outlive. Ça m’apprendra à ne pas backer.

Mais à me décharge, j’ai de la peine à financer et à précommander un jeu comme ça, pouf, à l’aveugle. Au temps pour moi, du coup… 😞 Parce que dans le cas d’Outlive, ça en valait vraiment la peine.

Mais encore

Vivement l’extension. Y en aura-t-il une? Et pourquoi pas? Il serait facile d’en sortir une avec de nouvelles tuiles « bunker », « équipement », événement, etc. Déjà le cas avec les SG de la campagne KS. Mais pourquoi ne pas proposer un nouveau mini-plateau avec de nouveaux lieux disponibles? De nouvelles mécaniques? Une nouvelle ressource à gérer? Un cinquième joueur?

Et pourquoi ne pas développer la jauge de radioactivité? Selon le niveau, cela pourrait avoir un impact direct sur les survivants par exemple. Ce qui pousserait alors les joueurs à mieux la gérer. Ou des objectifs secrets à remplir en fin de partie? Mais en l’état, Outlive est déjà très, très bien.

Deux mini-mini variantes pour comboter dans la joie et la bonne humeur

Les pièces finies de bunker procurent des avantages. On en a 7 au départ. Dont 3 semblables de départ pour tous les joueurs. On en donne ensuite 6 par joueur, qui vont en garder deux. Donc un mini choix bienvenu. Mais comment faire pour réaliser des combos de ouf? Et quelque peu lisser le hasard de la pioche en début de partie? Avec un pré-début de partie. Deux variantes possibles:

Draft

Chaque joueur reçoit 7 tuiles « abri ». Il en garde une qu’il pose face cachée devant lui et passe le reste à son voisin de droite. Etc. Pour finalement en avoir 7. Chaque joueur n’en garde que 4 et se défausse du reste.

Enchères secrètes

Au début du jeu, après avoir choisi son leader, chaque joueur reçoit le double de ses ressources de départ indiquées sur sa carte « leader ». Ressources de départ qui lui permettront de procéder aux enchères.

On mélange ensuite 7 tuiles « abri » par joueur présent (donc 28 pour des parties à 4). On forme alors autant de groupes composés de 7 tuiles qu’il y a de joueurs.

Chaque joueur place ensuite un certain nombre de ses ressources de départ cachées dans sa main (même zéro, c’est aussi possible). Puis on compte jusqu’à 3, et les joueurs révèlent leur mise. Le joueur qui a misé le plus de ressources peut choisir le groupe de 7 tuiles en premier. Il en garde 4 et défausse les 3 autres. Et ainsi de suite pour les autres joueurs en fonction de la hauteur de la mise.

En cas d’égalité dans la mise, c’est le dernier joueur (=le leader le plus jeune) qui remporte l’égalité, ou dans l’ordre du tour à partir du dernier joueur (=toujours le leader le plus jeune). Toutes les mises sont alors défaussées.

Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert,

Chez Ludibay,

Et chez Ludikbazar.

Un épisode de Supercut sur Arte qui parle des séries post-apo. Intéressant

Outlive en démo sur proto au Bar à Jeux de Genève en avril 2017:

Outlive. Le carton du printemps 2017
Outlive. Puissant. Profond.

15 réflexions au sujet de « Critique de jeu: Outlive. Le Blockbuster du printemps »

  1. Je fais partie des pledgeurs, et, après l’avoir essayé à Cannes cette année, j’en suis d’autant plus heureux!
    Tout à fait d’accord avec ton analyse, j’ajouterai qu’ on pourrait avoir peur du matos, mais les règles sont assez simples et tellement intuitive qu’à la fin du premier tour, on a tout compris !
    Le matos et les illustrations sont magnifiques !! Bravo à La Boite de Jeu !

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  2. Je suis perso très heureux de lire que ce que tu écris est ce que j’avais partagé (en moins bien) à Benoit lors de ma première partie de Outlive :))) Merci en tous cas pour eux et pour nous !

    La bise (belge de surcroit!)

    Thib

    >

    Aimé par 1 personne

  3. Ici, nous avons le même souci concernant les jeux incluant la chasse et la pêche, mon compagnon végétarien boycotte. A Cannes, dans le off, difficile de faire comprendre ce positionnement  » ce n’est qu’un jeu ».
    Pas de jeux non plus avec des esclaves… C’est parfois compliqué, un ami a même modifié un jeu où les pions moutons se sont transformés en pion fromages. J’ai vu les pions avec de la viande, je me suis posée la question de les transformer en légumes ou céréales, mais je ne sais si c’est possible dans le thème d’ Outlive. Même problème avec WWT, mais là pas d’aménagement possible. Dernière prévision, il ne joue ni à Agricola, ni à Le Havre. Je pense que pour une fois quelqu’un peut comprendre sans se moquer.

    Aimé par 1 personne

    1. D’où la minute philo Elaine.

      Après, pas facile de boycotter les jeux qui dérangent/démangent. Parce que du coup, on s’arrête où? Esclaves? Non (à voir la polémique sur BGG qui a obligé Days de sortir des cartes différentes pour Five Tribes). Viande? Non. Mais meurtres? Pas de Loups-Garous de Thiercelieux alors? Attaques militaires? Pas de Small World, alors?

      Chacun placera son curseur personnel sur la barre des tolérances.

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  4. Content que le Madsteam des débuts connaisse ce beau destin !

    Quant a la viande… mon avis c’est qu’on peut etre veget et imaginer que dans un monde post apo on ait pas des masses le choix de ne pas l etre vu le manque de tout…

    Chacun son tabou 🙂 moi c’est l’exploitation des africains de Mombasa qui ne passe pas.

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  5. « Scythe fut le blockbuster de l’automne 2016. Unlock, celui de l’hiver 2016-2017. Outlive sera le blockbuster du printemps 2017. Vraiment. »
    Moi je me dis que Gus s’est un peu enflammé sur ce coup là. 🙂 😉

    Par contre, je trouve dommageable que le jeu n’arrivant en boutique QUE dans un mois, c’est à dire que personne ne l’a et n’y a jouer, et déjà on évoque une idée d’une suite. Laissons déjà les joueurs acquérir le jeu…
    #consumérisme #fastplay

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  6. A quand les jeux avec plusieurs versions, végétarien, vegetalien, kasher, hallal, sans gluten, etc… Pour satisfaire à tous les interdits moraux, allergogenes et idéologiques des joueurs ? Comme le dit gus ce sont des jeux… Pour mémoire, les incas de tzolkin pratiquaient les sacrifices humains comme offrandes célestes, les bâtisseurs de cathédrales ou de châteaux (pilliers de la terre, caylus) étaient des morts de faim exploités par les nobles et le clergé, etc… Et que dire de junta, le meilleur jeu de tous les temps… Il nous reste quoi sinon ? Les dames ? Supeeeeeeer…..

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  7. Je n’aime pas les produits de la mer, à cause de l’odeur de l’iode. Ouvrir une boite de crabe sous mon nez est la plus puissante arme de vomissement massif que l’on peut m’opposer. Et pourtant je joue sans aucun soucis à Abyss, à Cap’taine Carcasse, à Infarkt et à d’autres jeux où apparaissent des crabes. L’idée d’une gêne ne m’avait jamais traversé l’esprit ! Il y aurait donc pour d’autres joueurs une sorte de continuité émotionnelle entre le réel et l’imaginaire ? Pour réfléchir à cela, je pencherai plus pour la psychologie que pour la philosophie, soit dit en passant. La seconde encadre le choix dans le réel, la première étudierai la forme du transfert (continuité) vers l’imaginaire.

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