Critique de jeu: Forbidden Stars. Bastooooon!

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Du très bon (comme très souvent chez Flight Fantasy Games, l’éditeur). Du très lourd (comme très souvent chez FFG). Du très complexe (comme très souvent chez FFG). Du matériel très impressionnant (comme très souvent chez FFG). Bref, un très bon cru FFG et ludique.

Forbidden Stars est sorti en VO en 2015 chez FFG, et en VF chez EDGE en mars 2016. Forbidden Stars, c’est avant tout une grosse boîte bien lourde et pleine à craquer. Oui, vous pouvez vous en douter, il y aura de la figouze. Des unités, des vaisseaux, des bâtiments tout ça. Et des jetons de partout. Un gros, beau jeu XXL qui vaut son pesant de pétrole!

Forbidden Stars a été créé par Samuel Bailey, James Kniffen et Corey Konieczka, tous les poulains de l’écurie FFG.

D’une durée de 2-3 heures. Comptez plutôt 4h pour votre toute première partie, le temps de digérer règles et stratégies. Pour 2 à 4 joueurs.

Configuration optimale: à 2 joueurs l’interaction est évidemment moins forte et le plateau très petit. Préférer y jouer à 3 ou 4. Quoique, à 4, ça se discute, parce que le jeu peut devenir vraiment très très long.


Dans l’espace, personne ne vous entendra pousser du plastique

Forbidden Stars se passe dans l’univers doux, romantique et poétique de Warhammer 40’000. Autrement dit, du médiéval-fantastique mais dans un futur très très lointain. Et très, très sombre, surtout. Avec des armures qui rutilent.

Si comme moi vous n’êtes pas du tout un expert de Warhammer 40K (K, pour mille), il faut juste retenir que des armées se mettent des tatanes dans les gencives pour des raisons plus ou moins fallacieuses, genre y en a un qui a piqué le yogourt de l’autre dans le frigo. Si j’ai bien compris.

Chaque joueur incarne une faction aux caractéristiques et aux unités slash figs spécifiques: les Space Marines (humains, versatiles), les Eldar (des elfes, mystiques et puissants et qui se la racontent), les Orcs (des tanks qui cognent fort. Mais verts) ou les Space Marines du Chaos (de méchants morts-vivants qui ne sont pas très gentils. Parce que).

Comme dit plus haut le jeu est servi par un matériel aussi pléthorique que somptueux. Comme d’hab avec FFG / EDGE.
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matos
Comment ça? Il n’y a QUE 140 figurines et 16 dés? Mais de qui se moque-t-on?!?

Tu bluffes Martoni

Et comment on joue? Forbidden Stars reprend les mêmes mécaniques que Starcraft le (vieux, 2007) jeu de plateau et le Trône de Fer. De la programmation, donc, avec du « capture the flag ».

Et ça commence avec la mise en place, déjà un jeu soi.

Chaque joueur reçoit une tuile de départ, puis deux tuiles au hasard, puis chaque joueur offre à ses adversaires deux de ses objectifs (les drapeaux) qu’ils vont placer où ils veulent sur leurs tuiles de départ. Le but du jeu étant évidemment de les récupérer. Le premier à en reprendre autant que le nombre de joueurs (2 à 2 joueurs, etc), ou à en posséder le plus possible après 8 tours (pour rajouter de la tension et éviter des parties « trop longues ». 2-3h quand même.) remportera la partie.

Quelle stratégie élaborer? Blinder les objectifs et se la jouer plutôt « défense », ou au contraire les mettre en retrait et placer ses unités proches des territoires adverses pour attaquer rapidement?

Donc une mise en place qui devient un jeu dans le jeu.

fs01-layout

Une fois que tout le monde a placé ce joyeux bordel, unités + objectifs, c’est au tour de placer une barrière, une tempête spatiale. Chaque joueur en place une quelque part entre deux tuiles, rendant le déplacement entre ces tuiles impossibles. Ce qui change la config des parties, d’autant que ces tempêtes / barrières peuvent se déplacer tout au long de la partie, apportant une certaine dynamique à la partie.

Le jeu est composé de deux phases principales: la prog, dans laquelle les joueurs vont les uns après les autres placer face cachée  des jetons ordres: déploiement (=achat) de nouvelles unités, utiliser les pouvoirs spécifiques à vos tuiles et faction, améliorer votre deck de cartes pour les combats (on va en parler plus tard) et évidemment vous déplacer pour combattre.

Deuxième phase: la résolution. Tuile après tuile on retourne les jetons de programmation, le dernier jeton de programmation à avoir été posé devenant alors le premier à résoudre. Il faudra donc bien gérer le timing.

Et c’est là que le bluff intervient, puisqu’on peut poser des jetons ordre « bidons », i.e. pas nécessairement de déplacement, rien que pour mettre la pression aux autres et faire croire que vos unités vont attaquer. On se croirait dans Colt Express, mais dans l’espace.


Adriaaaaaan!

(tiré de Rocky. Mais suivez un peu)

Le combat est le cœur du jeu. On s’en serait douté. Pour cela, oui, on lance des dés, forcément. Autant que d’unités impliquées, logique. C’est tout? Mais c’est du Risk!

Non.

Une fois les dés jetés, chaque joueur pioche 5 cartes de son deck perso et en choisit une face cachée. Cette carte peut infliger des dommages supplémentaires, changer les dés, en relancer, améliorer ses unités, etc. Et on fait ça trois fois en tout.

Donc une part de hasard avec les dés, certes, mais remanié par les cartes. Avec une mécanique de deckbuilding puisque pendant la partie on va pouvoir trifouiller son deck.

Malin.

Sauf que.

Les combats peuvent s’éterniser pour les autres joueurs non-impliqués dans le combat, qui pourront pendant ce temps tranquillement se tourner les pouces. Surtout qu’on joue et résout trois cartes en tout, pas qu’une seule. Choisir et résoudre ces trois cartes peut s’éterniser, il faut le savoir.

Mais on ne joue pas à un gros jeu comme ça pour faire du Jungle Speed non plus! Si on est prêt à (s’)investir dans un jeu d’une telle ampleur on devrait également être prêt à faire des concessions sur les temps d’attente. Sinon on sort un autre jeu.

Une fois que tous les ordres de programmation ont été résolus on passe à la phase finale, i.e. ressource, objectifs et surtout événements. En effet, on peut jouer un événement qui va quelque peu épicer la partie. Avec la possibilité également de déplacer la barrière pour bloquer un joueur et l’empêcher de venir vous chatouiller.


Alors c’est bien?

Oui. Mais:

  • le jeu est cher. Comptez entre 80 et 100 euros quand même.
  • le jeu est profond, exigeant. Ca pourrait en décourager certains.
  • le jeu est long, parfois lent.
  • on ne sait pas trop à combien y jouer. A 2 ce n’est pas très épique. A 4 c’est trop lent. A 3 joueurs, c’est finalement le must.

N’empêche:

  • C’est un gros, bon jeu. Si la taille de la boîte et l’épaisseur des règles pourraient décourager, le tout est beaucoup plus fluide est instinctif qu’il n’a paraît. Alors oui, il faut maîtriser ses cartes et stratégies. Forbidden Stars est typiquement un jeu à courbe de progression. Plus on y joue et plus on affine sa stratégie car plus on connaît les factions, la sienne et celle des autres. L’erreur-type serait de n’y jouer qu’une seule fois et de le laisser prendre ensuite la poussière. Il faut savoir que plus on y joue et plus on aura du plaisir. Clairement pas un jeu kleenex.
  • Il y a du hasard, mais contrôlé. Et mieux on gère son deck de combat et plus on maîtrise le hasard.
  • Même s’il est cher, le rapport quantité-qualité-intérêt-rejouabilité du jeu vaut la peine. Je vais vous poser une question. Que préférez-vous? Acheter plutôt trois « petits » jeux à 15-25 euros, jeux auxquels on aura fait le tour après 3-4 parties, ou acheter un gros jeu plus cher mais qui durera longtemps?

En résumé, Forbidden Stars, c’est:

  • du contrôle de territoire
  • du « capture the flag »
  • du deckbuilding
  • de la programmation
  • de la gestion d’unités et de ressources
  • de la stratégie
  • de la SF épique
  • du Starcraft « light »

Après, il faut vraiment prendre son temps. 2-3h de jeu comme indiqué sur la boîte, c’est pour des joueurs qui connaissent bien le jeu. Sinon compter largement le tiers en plus. Et alors? Si déjà le jeu est cher, autant y jouer longtemps, non?

Enfin, quand je dis longtemps, on est loin d’un Starcraft ou pire, d’un Twilight Imperium.

Forbidden Stars est l’un des meilleurs 4X sur le marché. 4X, pour: Exploration, Expansion, Exploitation et Extermination. Enfin, surtout Extermination ici.

Ma critique vous a donné envie d’y jouer? Moi, de l’écrire, oui. D’ailleurs, j’y retourne. Bref, j’ai été conquis par ce jeu de conquête.


Mais encore

Pas impossible que FFG / EDGE nous prépare une extension dans les mois à venir…

[edit] Christophe a laissé un commentaire super pratique. Je le publie ici:

« De ce que j’ai lu un peu partout (mais surtout sur Boardgamegeek), le matos est parfait sauf les pions d’ordre qui ont tendance à s’user. Le problème, c’est qu’on peut du coup les deviner, alors qu’il est crucial qu’ils restent secret. Je conseille donc l’achat (peu onéreux d’ailleurs) de ce genre de choses en version 33mm pour les insérer dedans: http://www.ebay.co.uk/itm/371405206919« . Merci Christophe pour l’astuce!

Si, comme moi, vous n’y connaissez pas grand-chose à l’univers W40K, voici quelques estampes japonaises pour vous mettre dans l’ambiance.

Vous pouvez trouver Forbidden Stars chez Philibert,

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

9 réflexions au sujet de « Critique de jeu: Forbidden Stars. Bastooooon! »

  1. Oy !

    Je viens aussi de recevoir cette grosse boîte qu’est Forbidden stars. Je surveillais ce jeu depuis sa sortie aux US, mais je peinais financièrement à pouvoir me le procurer.

    De ce que j’ai lu un peu partout (mais surtout sur Boardgamegeek), le matos est parfait sauf les pions d’ordre qui ont tendance à s’user. Le problème, c’est qu’on peut du coup les deviner, alors qu’il est crucial qu’ils restent secret. Je conseille donc l’achat (peu onéreux d’ailleurs) de ce genre de choses en version 33mm pour les insérer dedans : http://www.ebay.co.uk/itm/371405206919

    J’ai en tout cas bien hâte d’enfin pouvoir y jouer 😉

    Tchouss.

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