Critique de jeu: Quadropolis. Coupe au carré

quadropolis

presentation

Quadropolis est sorti chez Days of Wonder en mars 2016, pour 2 à 4 joueurs, créé par François Gandon, dès 8 ans, pour des parties de 45′.

A relever, le jeu propose deux modes, une version Casu et une version Core.

theme

Dans Quadropolis les joueurs incarnent des architectes urbains qui doivent construire et développer une ville. Voilà. Une sorte de Sim City mais en très très simple et abstrait.

Le thème n’est pas très fort, il ne faut pas s’attendre à vraie simulation urbaine non plus. Il n’est pas question d’enjeux ni de politique territoriale. On ne fait qu’acquérir des bâtiments et optimiser leur emplacement. D’autant que, soyons honnêtes, la construction de ville n’est jamais forcément très sexy.

materiel

Un matériel tout ce qu’il y a de plus fonctionnel. Des tuiles, des illustrations agréables, et surtout, un thermo de très très grande qualité, comme très souvent / toujours avec Days of Wonder. Rien à redire.

Quadropolis-setup

mecanique

La mécanique est un croisement entre pose de tuile, gestion de ressources et jeu abstrait. Tout le sel du jeu réside dans la mécanique d’acquisition des tuiles. Les tuiles « bâtiments » sont placées sur une matrice commune. A son tour, on doit prendre une tuile à une certaine distance, avec la contrainte de l’architecte principal qui bloque certaines lignes et colonnes. Architecte qui sera alors ensuite posé sur l’emplacement vide de la tuile qu’on aura prise. Bloquant ainsi les prochains joueurs.

On devra alors soupeser chaque prise de tuiles. Je prends cette tuile-ci plutôt que celle-là? Pick / contre-pick (=prendre pour empêcher qu’un autre joueur ne prenne)? Prendre pour bloquer les autres en déplaçant l’architecte? Le choix n’est pas si simple. Souvent douloureux, toujours délicieux.

Une fois prise, la tuile se pose sur son plateau personnel, une matrice qu’on scorera en toute fin de partie avec des mécaniques d’adjacence tout ce qu’il y a de plus habituel: je marque un point par parc adjacent, mais j’en perds si… etc. Reste la petite originalité des résidences qui peuvent « monter en étage », i.e. des tuiles qui peuvent s’empiler pour scorer plus.

Et surtout, la mécanique d’activation des bâtiments rend le jeu extrêmement tendu. Pour être scoré en fin de partie, chaque bâtiment doit être activé, i.e. avoir une des deux ressources existantes posée dessus, énergie ou citoyen. Et toutes les ressources non-utilisée compteront comme point négatif en fin de partie. Donc il faudra jouer à flux tendu. Obtenir des ressources, mais pas trop non plus. Une très bonne mécanique (que l’on retrouve également dans le très récent Via Nebula).

quad-matos

interaction

Une très très forte interaction.

Alors certes, on ne peut pas détruire la ville de ses voisins, mais la prise des tuiles entraînent forcément des choix qui vont impacter les autres joueurs à la table. Ne se concentrer que sur sa propre ville sans observer le jeu des autres serait une grossière erreur stratégique: quels sont les bâtiments que mes partenaires recherchent? Comment les ralentir, les bloquer?

public

Famille et Casual: oui, absolument. Même si le scoring et la pose matricielle ne sont à priori pas évidents, comme le jeu compte 4 (ou 5 en mode Core) manches, les joueurs auront le temps d’apprivoiser le jeu et de voir leur ville évoluer.

Party Gamers: euh, non.

Hobby et Core Gamers: oui, absolument. Moins pour les Core peut-être, car le jeu est plus tactique que stratégique, même avec le mode Core. Mais les Hobby Gamers vont se régaler.conclusion

On aimera ou on n’aimera pas, mais ce qui marque dans Quadropolis c’est son aspect tactique important. Omniprésent.

Chaque tour il faudra revoir sa stratégie, ses choix, car à chaque tour les possibilités de prise de tuiles auront changé. Il devient par conséquent très difficile, voire impossible de prévoir ses 2-3 prochains tours en espérant obtenir telle ou telle tuile, et ceci soit parce que les autres joueurs auraient pu la prendre, soit parque l’architecte principal viendrait empêcher son acquisition.

Autrement dit, à chaque tour il faudra réfléchir à la meilleure tuile possible. En un mot comme en cent, tactique.

Le plateau central évoluera tellement rapidement entre un tour et un autre qu’il faudra faire preuve d’opportunisme et de réactivité fulgurante. On aimera ou on aimera pas. Comme on aime ou on aime pas Five Tribes, qui présente le même aspect.

A 2 joueurs on pourra mieux contrôler le jeu, même si moins de tuiles seront disponibles. A 4 joueurs que le jeu devient vraiment chaotique. Pour ne pas dire bordélique. On jouera en mode « au petit bonheur la chance », i.e. on prendra un bâtiment un peu au hasard en espérant avoir fait le bon choix au moment du scoring.

Quadropolis est un bon jeu, peut-être l’un des meilleurs de ce printemps 2016. Je le trouve plus abouti, plus palpitant et moins répétitif que son cousin Via Nebula sorti en même temps également chez Asmodée (Space=Asmodée=Days of).

Maintenant, soyons honnêtes, Quadropolis n’est pas le meilleur jeu de Days, ni même le meilleur jeu de l’année. Il est un bon divertissement ludique, mais de par son thème, froid, ses mécaniques habituelles de scoring et sa tactique omniprésente, on n’a clairement pas affaire ici à un gros carton ludique. Un bon jeu, certes, mais vraiment pas exceptionnel. Mais un bon jeu quand même auquel j’ai du plaisir à jouer. Dans un marché du jeu de société ultra-saturé, c’est déjà beaucoup!

Attention, je ne dis pas que le jeu n’est pas bon, bien au contraire, juste que Quadropolis est un jeu qui reste dans la moyenne, ni plus, ni moins, sans faire de vagues ni rien transcender du genre. Non, pas facile aujourd’hui de sortir du lot. Avec une année 2015 tonitruante et des jeux hors-du-commun, Time Stories, Pandemic Legacy, Loony Quest, ce début 2016 est pour l’instant plutôt timide. En tout cas chez Days.

like

Un matériel aussi ergonomique que pratique avec un thermo über-fonctionnel. Merci Days.

Des règles de prise de tuiles contraignantes. Donc des choix difficiles. Donc un grand plaisir ludique.

Un jeu qui se renouvelle sans cesse. Une envie d’y retourner pour essayer différentes combo.

Aucun hasard. Sauf dans la mise en place, qui pousse à s’adapter.

Du pick / contre-pick. C’est bon ça. Je prends pour moi ou contre les autres?

Deux modes de jeu: un mode Casu plus contraignant, puisque chaque joueur possède les mêmes quatre possibilités de prise, et un mode plus Core avec toutes les possibilités ouvertes. Donc plus de contrôle.

paslike

Un côté tactique très, trop présent. Impossible de prévoir ses prochains tours. L’impression de subir le jeu, de faire de son mieux. Un peu lassant après 3-4 parties. Va-t-il réussir à s’imposer sur la longueur? Parlera-t-on encore de Quadropolis dans 3-4 ans?

Pas le meilleur Days of Wonder non plus.

L’âpre bataille pour devenir le premier joueur. A 4 joueurs, le dernier n’aura que ses yeux pour pleurer…

Un scoring parfois long et pénible. Prévoir 1-2 cachets d’aspirine. Vivement l’appli.

Des parties à 4 joueurs chaotiques. Avec un petit soupçon de « jeu vaisselle« , même si les tours s’enchaînent extrêmement vite.

mais

Promo

Days s’est fait plaisir en lançant des tuiles promo originales pour générer le buzz.

Il y a des tuiles « boutiques » à l’effigie des magasins, en voici quelques-unes,

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Et des tuiles reprenant les fameux bâtiments de certains pays.

Ces tuiles promo pouvant être uniquement acquises dans ce pays-là lors du lancement du jeu. Malin (sauf que chez nous en Suisse, rien, même pas le Palais Fédéral, le Jet d’Eau de Genève ou la fromagerie de la Tête de Moine à Bellelay…). Bon, faut avouer que les Français ne savent pas trop bien où se trouve la Suisse. Non, ce n’est pas la Suède.

En voici quelques-unes:

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ca sent le pack goodies pour Essen 2016 tout ça…

Extension

Comme la plupart du temps avec leurs jeux, selon le succès remporté par Quadropolis, Days pourrait bien nous proposer une extension dans les mois à venir: nouveaux bâtiments bien sûr, mais pourquoi pas une gestion de la pollution avec des ressources noires et extrêmement négatives? Genre qui double les points négatifs? Un mix entre le tchèque 20e siècle de CGE et Prosperity d’Ystari.

Ou un crossover avec leur Small World, et des bâtiments fantastiques et des sorts magiques? OK demain j’arrête de fumer du tofu.

Et tiens, en parlant d’extensions, Days fait très fort avec leurs jeux portés sur appli. Quadropolis ferait un excellent candidat!

Thème

Quadropolis n’est pas le premier jeu qui reprend le thème de la construction urbaine. Dans la base de données de BGG on en dénombre à l’heure actuelle pas moins de… 950, avec plus ou moins de pertinence.

Si Quadropolis n’est pas un mauvais jeu en soi, ce n’est pas non plus le meilleur dans ce thème.

Si je devais proposer mon TOP 3 des meilleurs jeux de construction urbaine, je dirais:

en 1 : Suburbia. Pose de tuiles, pareil que dans Quadropolis, mais avec un poil plus de contrôle. Et une mécanique de pénalité savoureuse. Bien que le jeu soit extrêmement laid (malheureusement souvent le cas chez l’éditeur américain Béziers Games). Comme quoi non, un jeu moche n’est pas forcément mort… Et le contraire aussi, parfois.

en 2 : Alhambra. Cultissime. Rapide, fluide, familial mais pas que, c’est un peu Les Aventuriers du Rail qui construisent une ville.

en 3 : Le Havre. Froid. Profond. Riche. Exigeant. Extrêmement stratégique. C’est Agricola qui rencontre Caverna, avec un thème aussi sexy qu’une planche à repasser moldave. Mais le jeu est tellement prenant que je le place sans vergogne dans mon TOP 3 des meilleurs jeu de construction urbaine.

 

Vous pouvez trouver Quadropolis chez Philibert,

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvetia Games.

6 réflexions au sujet de « Critique de jeu: Quadropolis. Coupe au carré »

  1. Totalement d’accord sur le fait que Suburbia est le meilleur dans le genre (à jouer sans extension). Le plus moche aussi, cela dit…

    J’ai acheté Quadropolis car les règles se retiennent direct, qu’il ne dure que 45mn réellement et qu’il peut plaire aux joueurs occasionnels comme aux confirmés.

    Cela dit, l’article dit qu’il se renouvèle énormément et je ne suis pas d’accord.
    Dans la version « normale », nous en avions tous fait le tour à la seconde partie, surtout qu’une tactique rapporte davantage que les autres. Il se dit que le score max réalisable est 66 (je dit ça de mémoire), et j’ai fait 61 à ma seconde partie (63 – 2). De plus, être premier joueur (ou pas dernier, d’une certaine façon) est bien trop important et à niveau égal, c’est l’ordre du tour le plus souvent obtenu dans la partie qui détermine l’ordre des places au score à l’arrivée.

    Le mode expert, de par ses règles, gomme ces petits défauts selon moi. Plusieurs tactiques semblent tout aussi efficaces les unes que les autres. Pour le « premier joueur », c’est autre chose, car du fait des tuiles spéciales (une seule par manche), le premier joueur ira souvent prendre la tuile spéciale et le second la tuile premier joueur pour avoir accès à la tuile spéciale de la la manche suivante (ou inversement si la tuile spéciale ne convient pas au premier joueur : il prendra la tuile premier joueur pour avoir accès à la tuile spéciale suivante…).

    Du coup, le premier joueur tourne mieux d’un joueur à l’autre, gommant le petit souci que je signalai plus haut, mais les deux premiers choix (ou le premier seulement, s’il bloque l’accès à la seconde tuile au second -que le troisième prendra alors-) deviennent alors un peu automatiques, ce qui n’est au final pas mieux (je n’aime pas quand le jeu dirige nos choix).

    M’enfin, tout ça c’est pour chipoter, car pour un jeu de cette durée de partie, on a là une jolie réussite selon moi. D’ailleurs, à mes yeux, c’est justement son renouvèlement des parties qui fait défaut. Mais comme il est super plaisant à jouer, et alors que c’est depuis un certain temps mon critère prioritaire, j’ai fermé les yeux sur ce point sur Quadropolis…

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  2. franchement le jeu ne donne pas envie d’y jouer, c’est pas très joli ! il faut quand même faire des efforts, faut attirer le joueur et moi perso ça prend pas …

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  3. après quelques parties, je me retrouve complètement dans votre critique. on subit le jeu, et il n’est pas assez sadique pour que ca en devienne excitant. pas mauvais non plus, de vrais moments de tension (et de dupe).
    HS : un vrai plaisir de lire vos critiques (je me remets d’un psoriasis contracté après avoir visionné par erreur 2 vidéos TricTrac de suite;)

    Aimé par 1 personne

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