Non, les jeux de société ne sont pas réservés qu’aux adolescents attardés

Caution: Teenagers, Flickr, CC, by www.CGPGrey.com
Caution: Teenagers, Flickr, CC, by www.CGPGrey.com

Est-ce que ça vous est déjà arrivé qu’on vous dise que les jeux de société étaient réservés aux adolescents attardés? Que seuls les adultes qui n’avaient pas grandi faisaient encore du jeu de rôle?

Jusque dans les années 2000, les jeux de société souffraient d’un déficit d’image. De deux mauvaises images en fait: soit ils étaient réservés aux dimanches pluvieux avec mamie, soit on pensait, à tort, qu’ils étaient surtout pratiqués par des ados et des ados attardés un rien marginaux. Mais depuis les années 2000, les jeux de société, et les jeux de rôle, ont entamé une mue pour proposer des expériences intelligentes et immersives.

Les jeux de rôle connaissent aujourd’hui un second âge d’or après celui des années 90, et jamais dans toute l’histoire de l’humanité les jeux de société n’ont été aussi nombreux, intéressants et beaux, un véritable boom économique et créatif.

Les jeux de société sont devenus tellement intéressants et répandus que les médias traditionnels, i.e. pas que les blogs spécialisés, s’y intéressent de plus en plus. Et quand je parle de jeux de société, je parle évidemment des jeux de société modernes, ceux des années 2000, opposés aux jeux de société traditionnels aujourd’hui largement dépassés. Pas une semaine, un mois ne passe sans qu’une émission de radio ou un journal ne parle d’un jeu, d’une tendance, d’un phénomène lié aux jeux de société.

Et si les médias traditionnels s’y intéressent, cela signifie que le jeu de société est véritablement parvenu à s’ancrer dans la société auprès du grand public.

Alors certes, il faut encore être un spécialiste chevronné pour suivre toute l’actu, guetter les sorties, lire les critiques, le grand public ne se contentera bien souvent que d’acheter les blockbusters, ces titres primés et buzzés qui parviennent à dépasser la fameuse règle des 16% bien connue en marketing.

N’empêche, je ne sais pas pour vous, mais ça fait quand même du bien de voir une certaine confirmation sociale que son loisir, passion et/ou intérêt gagne enfin ses lettres de noblesse.

Mais en avions-nous véritablement besoin? Pour la grande majorité d’entre nous, nous avons commencé de jouer aux jeux de rôle et aux jeux de société étant ados, au collège, au lycée / gymnase / CEGEP, et nous avons ensuite tout simplement continué. Gênés? Marginalisés? Et si c’est peut-être justement ce que nous recherchions, non pas la différence, mais de sortir d’une certaine convention sociale qui veut que suivre un match de foot à la télé, c’est « normal » et accepté, ce qui n’est pas vraiment le cas quand on pousse des cubes en bois. Vous ne trouvez pas cela bizarre, vous?

C’est ce qu’on appelle la masse critique. Si beaucoup de monde se retrouve dans une pratique, une activité, elles deviennent alors acceptées, normalisées, banalisées. C’est justement ce qui est en train de se passer avec les jeux de société. En tant qu’organisateur du Bar à Jeux de Genève, je vois débarquer toutes sortes de joueurs, des plus passionnés aux plus néophytes, et c’est ce qui fait justement le charme du lieu, il n’y a pas un public spécifique, c’est ouvert à tout le monde. Et le fait qu’il y ait justement tout le monde qui s’y retrouve prouve bien que les jeux de société, et les lieux similaires publics de jeux, sont véritablement devenus mainstream. Et plus réservés aux ados attardés.

Après, oui, bon, faut pas pousser non plus, les sempiternels loto et autres tournois de jass ou de bridge villageois ne sont de loin pas encore remplacés par des tournois de Magic ou 7 Wonders.

Si la période de l’adolescence a aujourd’hui furieusement tendance à s’allonger, entre indépendance financière tardive, premier appartement pris beaucoup plus tard, relatif aux coûts et aux problèmes de logement, et entre études de plus en plus rallongées, les jeux de société et les jeux de rôle ne sont en rien le témoignage d’un manque de maturité ou d’une « peterpanisation ».

Depuis les années 2000, avec l’effervescence des jeux de société modernes, on joue comme on pratique du sport, comme on regarde la télé, comme on lit ou comme on va au cinéma. Le jeu de société et de rôle est devenu partie intégrante des offres de loisir, ni plus ni moins. Oui, clairement la revanche des geeks.

Et vous, est-ce que vous vous sentez un ado attardé quand vous jouez?

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