Critique de jeu : Quantum

Temps de lecture: 5 minutes

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Quantum (Q) est sorti en octobre 2013 chez Fun Forge (The Phantom Society), créé par Eric Zimmerman, pour 2 à 4 joueurs d’une durée de 60 minutes.

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Q est un pur jeu de space opera, à comprendre par-là découverte et colonisation de planètes, extraction de minerai, races extraterrestres et combats spatiaux avec des vaisseaux méchamment placés à la casse.

Le matériel, nous en parlerons plus bas, place vraiment le thème. Et les combats sont assez « réalistes », les vaisseaux les plus rapides sont les moins puissants / résistants. Le thème est assez bien exploité. Pour les fans de sci-fi Q est un excellent jeu.

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Les illustrations sont superbes, vraiment. Les cartes, la boîte, les plateaux de joueurs, les planètes, tout est, oui je vais l’écrire, chatoyant. Les illustrations placent vraiment le thème et sont aussi riches que dépaysantes.

Quantum

Les vaisseaux sont représentés, symbolisés par des dés 6 faces en plastique qu’on passe sa partie à manipuler / déplacer / relancer / augmenter / diminuer / jeter à la casse.

En fait, pour être honnête, si les illustrations m’ont fait rêver, les dés, eux, m’ont rapidement ramené à la surface de la planète Terre et ne m’ont pas véritablement transporté. Certes, le système de dés est extrêmement pratique, mais au final il y a une grosse contradiction entre le déluge d’illustrations fines et riches et les dés, simples. Si les dés ne me dérangent pas dans Yspahan ou Troyes, là dans Q je les ai trouvés… plats.

Enfin, à rajouter, après The Phantom Society et sa boîte extrêmement pratique et bien pensée, avec Q, Fun Forge cogne encore plus fort avec un thermoformage hyper efficace.

mecaniqueA son tour on a droit à 3 actions. En gros : relancer les dés, ramener un vaisseau de la casse, déplacer un vaisseau / dé, faire de la recherche = augmenter son dé de recherche. A rajouter également que chaque vaisseau possède un pouvoir spécial particulier qu’on peut utiliser gratuitement en plus de ses 3 actions.

Comment gagner? Le premier joueur à placer tous ses cubes de Quantum, 5 à 7, selon les parties, a remporté la partie. Comment les placer ? Soit en cognant 5 vaisseaux ennemis sans essuyer d’attaques (ce qui ferait perdre des points à son dé de domination / combat), soit en plaçant des vaisseaux / dés autour des planètes, la somme des dés devant égaliser le nombre de la planète. Voilà.

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La mécanique du jeu est extrêmement fluide et simple, Attention, ce qui ne veut pas forcément dire simpliste non plus. Les cartes « technologies » (obtenues grâce à son dé de recherche) viennent apporter encore plus de peps à la partie puisqu’elles apportent quelques pouvoirs spéciaux funky.

interactionPuisqu’on peut chaleureusement se tataner les gencives dans l’espace, l’interaction est évidemment très forte. Et puisqu’il s’agit aussi d’une course pour placer tous ses cubes, il faut constamment garder ses partenaires à l’œil pour ne pas se laisser distancer.

Le risque de « tir au pigeon » est toutefois très présent. Tir au pigeon, mais qu’est-ce que c’est? C’est quand un joueur a de l’avance et que tous les autres se liguent contre lui pour le freiner et l’empêcher de gagner. Et que pendant ce temps il y a toujours un petit malin, un joueur « dans l’ombre » qui tirera son épingle du jeu et qui raflera la victoire… C’est un peu ce qui peut se passer dans Small World, sauf que dans SW les points de victoire sont cachés, donc on n’est jamais trop sûr.

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Casual Gamers : Q n’est pas excessivement compliqué, les règles sont simples et fluides, donc un public familial-casual pourra très vite y jouer. Soulignons quand même que comme le jeu est un jeu d’affrontement, et violent parce que simple, Q risque bien de jeter un peu le froid à une table familial quand junior va latter pépé. Q pourrait même être un bon Getaway Game pour un jeu de conquête spatiale plus conséquent (Eclipse, Twilight Imperium). En fait, d’après moi, Q est véritablement LE jeu idéal pour les Casual: règles simples, parties relativement courtes, fluides et nerveuses.

Party Gamers : euh non.

Hobby Gamers : oui, absolument. Le Hobby Gamer trouvera même passionnant de découvrir le jeu autrement en modifiant les constellations de départ, ce qui change radicalement les sensations et les parties.

Core Gamers : en fait pas forcément, car Q est peut-être trop simple pour ces joueurs qui lui préféreront des jeux plus riches, plus complexes, plus immersifs, avec plus de contrôle et plus profonds aussi.

conclusionQ est un bon jeu, léger, tendu, nerveux, épuré. Faut-il se développer technologiquement et acquérir des cartes techno puissantes, ou est-il préférable de cogner sur ses voisins pour avancer en domination?

Les illustrations sont elles aussi superbes, et l’ergonomie du jeu bien pensée, notamment les plateaux de jeu très clairs et pratiques.

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La durée de vie est également extrêmement forte puisque la config des vaisseaux change à chaque fois, mais surtout l’éditeur propose 200’000 constellations différentes, ce qui change radicalement les parties: plus d’affrontement, ou au contraire moins.

Ce qui décontenance quand même dans Q c’est la contradiction entre un jeu qui propose un thème fort, riche, complet, et un matériel simpliste: les dés. Avec de vrais vaisseaux, à la Eclipse par exemple, on se sentirait un peu plus jouer à un jeu space op et moins à un jeu abstrait. Car au final, manipuler des dés dans l’espace pour représenter des vaisseaux n’est pas très sexy. Est-ce à dire que des figurines en plastique est plus sexy? Disons que ça aide plus à l’immersion du thème. Oui bon d’accord les vaisseaux sont représentés sur l’aide de jeu fournie aux joueurs, mais entre une illustration et la « réalité » il y a quand même un pas.

Un autre travers du jeu est le côté extrêmement tactique et opportuniste du jeu. Certains diront même chaotique. Car tout change constamment. Les vaisseaux se transforment à volonté, relancer un dé voire même certains pouvoirs gratuits, donc au final on ne peut préparer aucune stratégie, et les dominations évoluent également très rapidement. A 4 cela devient encore plus flagrant. Cet aspect-là risque fort bien de déplaire aux Core Gamers qui préfèrent pouvoir développer des stratégies complexes. Au final, le joueur qui parviendra à gagner aura réussi le mieux à s’adapter et à exploiter ce chaos constant.

Qui dit dés dit également hasard. Est-ce un souci dans Q? En fait non, pas vraiment, puisque les dés peuvent constamment être relancés, moyennant une action, et tous les vaisseaux ont des pouvoirs spéciaux adaptés. Et si les vaisseaux puissants sont lents, les rapides sont faibles, donc le hasard s’équilibre entièrement. Les combats se jettent quand même au dé, mais les échecs ne freinent pas tellement son avancée du jeu, ce qui m’a clairement dérangé dans Eclipse par exemple.

like

Les illustrations, le thème sci-fi pur geek

La mécanique extrêmement fluide

Des parties tendues

Un système de combat simple et peu handicapant en cas d’échec, on revient vite en jeu

Les cartes technologies

La boîte, pratique et efficace

L’aide de jeu aux joueurs, extrêmement claire et pratique

Les différentes constellations de départ qui proposent des parties radicalement différentes

paslikeLes dés pour représenter les vaisseaux, bof, pas très sexy, même s’ils sont représentés sur l’aide de jeu.

L’impression au final de jouer à un jeu abstrait auquel on a essayé de coller un thème.

Le chaos constant, donc un peu l’impression de subir le jeu plus que de le contrôler, puisque tout est pratiquement permis à son tour, les pouvoirs et actions sont au final hyper ouverts et permissifs. Trop? En tout cas du coup les parties sont über-opportunistes. Ca peut plaire, ou pas.

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L’auteur de Q, Eric Zimmerman, signe ici son tout premier jeu de société. Mais Eric n’est pas un « newbie » pour autant, il est professeur de game design à l’université aux USA et l’auteur / co-auteur de trois livres en game design ainsi que de projets de jeux vidéo. Un VRAI pro du jeu. Son site ici.

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