Le boom Pokémon a désormais une taxe cachée : les cambriolages
🃏 Six boutiques cambriolées en deux semaines à Houston, 80 000 € volés en Isère : pourquoi les boutiques de cartes Pokémon deviennent des cibles.
Article écrit par :
Loïc
Le boom Pokémon a désormais une taxe cachée : les cambriolages
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L’essentiel en 3 points :
- Au moins six boutiques de collection de cartes Pokémon cambriolées en deux semaines autour de Houston.
- Chères, minuscules, vite revendues : les cartes Pokémon donnent aux boutiques le profil de risque d’une bijouterie.
- Vitrines, caméras, coffres, assurance : un coût de sécurité que les boutiques paient seules.
Une masse, trois vitrines, quelques minutes. À Houston comme en Isère, des boutiques de cartes à collectionner découvrent que leur stock vaut désormais assez cher pour attirer les cambrioleurs. Et que la facture ne s’arrête pas à ce qui a disparu.
Carte Pokémon : 2 h 20, une masse et trois vitrines
Il est environ 2 h 20, dans la nuit du jeudi 17 septembre, quand la vitrine de MadRat Toys, dans l’ouest de Houston, vole en éclats. Selon FOX 26, quatre personnes participent à l’opération : l’une reste au volant, trois entrent après avoir fracassé la vitre à coups de masse. Trois vitrines y passent. Displays scellés, cartes Pokémon gradées PSA et singles finissent dans des sacs-poubelle.
Sam Pacheco, copropriétaire de la boutique, a fait les comptes auprès d’ABC13 : 10 000 à 15 000 dollars de marchandise envolée, plus environ 10 000 dollars de dégâts pour la façade et les vitrines. La police de Houston a interpellé deux suspects à proximité, sans les inculper à ce stade. Les autres courent toujours.
Six boutiques en deux semaines
D’après FOX 26, au moins six boutiques vendant des cartes Pokémon de collection de la région de Houston ont été cambriolés en deux semaines. Elite TCG ouvre le bal le 10 septembre : quatre individus, une plaque d’immatriculation masquée, un pied-de-biche, plus de 20 000 dollars emportés en moins de quatre minutes. Suivent Nakama Collectibles, à Cypress, le 16, MadRat le 17, Kumarama le 21, puis Knight Gaming et Aegis Creative le 22.
Dans au moins deux cas, les voleurs ont coupé le courant avant d’entrer, ce que les employés interprètent comme une tentative de neutraliser la vidéosurveillance. Chez Nakama, le préjudice reste modeste (un peu plus de 1 500 dollars), mais la boutique n’était ouverte que depuis cinq mois environ. Knight Gaming, deux mois d’existence au compteur, a perdu quelque 200 singles ; son patron, Scott Evey, estime les dégâts à environ 6 000 dollars.
Les commerçants soupçonnent un lien entre ces affaires.
L’été avait déjà donné le ton. Le 7 juillet, Cantu Collectibles, à Webster, perdait près de 9 000 dollars de produits. Détail savoureux (si l’on ose dire) : les micros de surveillance auraient capté les cambrioleurs en train de demander où se trouvaient les « slabs », ces cartes gradées sous coque plastique. Deux hommes ont été arrêtés au terme d’une poursuite de 31 miles et la marchandise récupérée, selon ABC13.
Hors du Texas, la Branson Dragon Game Store, dans le Missouri, a reçu une visite nocturne le samedi 29 août : un intrus ganté et masqué a fouillé les lieux pendant une demi-heure avant de repartir avec 1 000 dollars de caisse et environ 10 000 dollars de marchandise, dont les decks personnels du propriétaire, rapportent KY3 et ICv2. Et c’est également arrivé à Tokyo en 2023.
Et on se rappelle également de tout l’épisode de vol de cartes, en plein jour, à la Gen Con 2023, pour un montant d’une valeur de… 300 000 dollars !
Pourquoi voler du carton est devenu rentable
Pour comprendre, il faut oublier une seconde Pokémon comme jeu et le regarder comme ce qu’il est devenu pour une partie du marché : un stock de valeur. Portatif.
Selon les données de Card Ladder citées par CNN en avril, la valeur des cartes Pokémon a progressé de plus de 145 % en un an, et les acheteurs ont dépensé 450 millions de dollars sur le seul mois de janvier 2026. Tout en haut de la pyramide, la Pikachu Illustrator PSA 10 de Logan Paul est partie chez Goldin pour 16 492 000 dollars en février. Personne ne cambriole une boutique de quartier pour elle, évidemment. Mais elle fixe le truc.
Le gradage agit comme un multiplicateur. L’opération peut transformer une carte à 5 dollars en carte à 450 dollars. Ajoutez l’effet des 30 ans de la licence Pokémon et de ses produits anniversaire très recherchés, et vous obtenez une marchandise chère, désirée et sous tension.
Surtout, la carte a une qualité que l’or envierait presque : elle est minuscule. Une poignée de cartes peut valoir des milliers, voire des dizaines de milliers de dollars, et tenir dans une poche, résumait auprès de CNN Nick Jarman, patron de la Certified Trading Card Association, en insistant sur la rapidité de la revente. Un display scellé n’a pas de numéro de série. Un slab en a un, mais il n’existe pas de registre public des cartes volées.
Le rapport valeur-volume d’une bijouterie. La sécurité d’une boutique de quartier. Côté cambrioleurs, le calcul n’a rien de sorcier.
La taxe cachée, ligne par ligne
Elle n’apparaît sur aucune facture sous ce nom. Elle est pourtant bien réelle.
Chez MadRat, elle commence par près de 10 000 dollars de verre et de mobilier, avant même de compter le stock manquant. Ailleurs, elle prend la forme de caméras supplémentaires, de serrures, de coffres, de barreaux, de télésurveillance… et d’un nouveau rituel du soir : vider les vitrines et emporter les cartes de valeur hors du magasin. « Rangez tout, les cartes haut de gamme et l’argent », conseille Aaron Compton, employé de Nakama, à FOX 26.
À New York, la boutique Trainer Court, braquée en janvier en plein événement communautaire (environ 100 000 dollars de cartes emportés, selon Teen Vogue), a renforcé vitrages et portes, réduit ses horaires et cessé de conserver sur place ses pièces les plus chères.
Et a cela il faut encore rajouter l’assurance. Plusieurs commerçants ont confié à CNN que les compagnies rechignent désormais à couvrir les boutiques de cartes. Andrew Engelbeck, patron de Next Level the Gamers Den, à Graham (État de Washington), n’a trouvé qu’un seul assureur prêt à couvrir son stock. Il estime aussi que quelqu’un tente de forcer sa boutique environ une fois par trimestre. Précisons-le : aucun chiffre public ne mesure encore une hausse des primes à l’échelle du secteur.
Le vrai coût d’un cambriolage ressemble donc moins à « stock volé = perte » qu’à une addition beaucoup plus longue : stock volé, dégâts matériels, fermeture, sécurisation, contraintes d’assurance, heures perdues, stock déplacé chaque soir. Et risque humain, quand le cambriolage nocturne devient braquage.
Une vitrine blindée ne vend aucune carte. Une caméra de plus n’organise aucun tournoi. Un coffre ne forme aucun nouveau joueur ou nouvelle joueuse.
Pas qu’une affaire texane
Mais nous, pépouzes en Europe et au Québec, on aurait tort de regarder tout cela comme un gros délire à l’américaine.
Dans la nuit du 12 au 13 août, vers 4 heures, quatre hommes cagoulés ont forcé la porte de Smogtrade, à Bourgoin-Jallieu (Isère). Détecteurs, alarme et fumigènes ont écourté la visite, mais pas assez : plusieurs centaines de cartes, « quasiment toutes » Pokémon, ont disparu, selon franceinfo. La boutique estime le préjudice à près de 80 000 euros ; la police évoquait de son côté plusieurs dizaines de milliers d’euros. « On est aussi sensibles qu’une bijouterie », a résumé la boutique auprès d’ici Isère.
Un mois plus tard, dans la nuit du 15 au 16 septembre, Ludotrotter, à Lomme, près de Lille, se faisait dérober l’intégralité de ses cartes à l’unité, pour un préjudice estimé à environ 40 000 euros, à la veille de la sortie des produits des 30 ans de Pokémon (Seven Radio).
En Belgique, plusieurs boutiques flamandes ont été visées au printemps, à Affligem, Geel et Genk. Yves Bruynen, de Flash-Cards à Hoogstraten, déjà cambriolé pour environ 200 000 euros début 2024, range désormais ses pièces maîtresses dans un coffre et répète, selon la VRT, qu’une alarme silencieuse ou une caméra n’effraient plus personne.
Au Québec, un homme armé a braqué la boutique MissingNo., à Saint-Alexis, en juin, repartant avec environ 30 000 dollars de marchandise dans un sac de hockey et un « Merci. Bonne soirée. » d’une politesse glaçante. Un suspect a été arrêté environ deux heures plus tard, selon Noovo.
Quand la boutique de jeux doit penser comme une bijouterie
C’est peut-être le coût le plus dingue. Une boutique de jeux vit de sa porosité : on y entre, on manipule, on sort ses classeurs, on joue des heures avec des inconnus. Une bijouterie vit du contraire : verre, accès contrôlé, coffre.
Plus les cartes prennent de la valeur, plus les boutiques ont intérêt à en proposer. Plus elles en proposent, plus elles concentrent une valeur facile à emporter. Et plus elles la concentrent, plus elles doivent dépenser pour la protéger. Le boom finit par prélever sa propre dîme.
Ce boom fait vivre nos boutiques, remplit leurs tables de tournoi et ramène des adultes vers le jeu. Il leur impose aussi une prime de risque que personne n’a votée. Tant que certaines cartes se négocieront comme des bijoux, les boutiques qui les vendent devront apprendre à se protéger comme des bijoutiers.« Attrapez-les tous », disait le slogan. Certains l’ont manifestement pris au pied de la lettre.
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