Critique de jeu : Mascarade

mascaradepresentationMascarade (ME) est paru fin juin chez les Belges de Repos Prod, créé par Bruno Faidutti (Citadelles, Ad Astra). D’une durée variable comprise entre 15′ et 30′ pour 2 à 13 joueurs.

themeEuh… Thème? Dans ME on incarne des personnages de la cour, roi, reine, juge, etc, cherchant à se faire le plus d’argent.

Non, il n’y a pas vraiment de thème, ce sont plutôt les illustrations qui placent l’univers. Au moins on peut applaudir les éditeurs qui n’ont même pas essayé de s’embarrasser d’une pseudo-description d’un pseudo-thème (le cas de Love Letter par exemple, à la limite du ridicule).

materielLa boîte est petite, légère et condensée, bravo à Repos Prod d’avoir résisté à la tentation de vendre une grosse boîte (chère) pleine de vide (exemple Augustus…).

Les illustrations sont colorées, riches et baroques.

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Le matériel est très bon mais attention toutefois, on passe sa partie à manipuler les cartes, à les plier-triturer-mélanger, il est impératif de les sleever (mettre dans une pochette en plastique) pour ne pas les marquer. Car une fois une carte marquée, tout le bluff perdra son intérêt puisqu’on la reconnaîtra, le jeu deviendra donc tout à fait inutilisable.

Mais voilà, gros hic, le grand format original des cartes, le même que Dixit, rendra l’exercice très difficile car les sleeves de cette taille (80x120mm) sont plutôt rares.

Quatre possibilités s’offrent alors à soi:

  • Repos Prod propose bientôt des sleeves spécifiques au jeu, et pourquoi pas au dos illustré reprenant l’univers du jeu. Groovy. Cédrick, Thomas, si vous m’entendez…
  • On rapetissit les cartes sous Photoshop puis on les imprime pour les rendre sleevo-compatibles. Moyen.
  • On lamine / plastifie les cartes, en arrondissant les coins des cartes. Bof.
  • On commande des sleeves Mayday Games Magnum Large 80x120mm, la taille idéale, celle de Dixit en fait. On peut les trouver sur le net pour 2-3 euros sur Philibert par exemple. Pratique.

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mecaniqueChaque joueur reçoit un personnage face visible, puis on le cache. Les quatre premiers tours sont passés à échanger, ou pas, sa carte avec celle des autres.

Pour cela on en prend une autre qu’on ajoute à la sienne, et sous la table, sans regarder, on choisit laquelle s’attribuer et laquelle redonner, sachant qu’on peut donc tout à fait décider de garder sa carte en faisant croire à l’échange. Oui, il faut jouer avec une table opaque 😉 (précisé en page 2 des règles quand même)

On peut également regarder sa carte secrètement, ou alors, le nerf de la guerre, annoncer son personnage pour espère l’activer. Espérer, en effet, car on ne révèle pas son personnage / carte, on ne fait que l’annoncer / prétendre. Mais si un ou plusieurs joueurs suivants en contestent la véracité et affirment le posséder, chacun retourne sa carte. Ceux qui se sont trompés, volontairement ou pas, paient une pièce, et celui qui a eu raison active ainsi son personnage, même en-dehors de son tour.

Comment gagner? Le premier joueur à posséder 13 pièces gagne. Ou si un joueur n’a plus de pièces c’est celui qui en a le plus qui gagne.

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La mécanique est über-simple, on apprend à jouer à ME en 1 minute montre en main. Reste ensuite à maîtriser les pouvoirs des différents personnages ainsi que la saveur-même du jeu, i.e. Le bluff.

interactionME est extrêmement interactif puisqu’on est toujours à piquer la carte des autres ou à les bluffer / réfuter leur bluff.

conclusionAvec ME on se situe à la croisée entre un Sultans de Karaya pour l’aspect chaos et transfert constant de personnages, et le récent Coup pour le bluff/contre-bluff. La sortie de ME est presque maladroite car la VF de Coup chez Ferti (Complots) est sortie pratiquement en même temps, deux jeux très similaires dans leur gameplay. Lequel acheter? Les deux si vos finances le permettent, pourquoi se priver…

Pour peu que l’on connaisse Citadelles, Sultans de Karaya ou Coup on risque d’être déçu du manque d’originalité de ME.

Mais peut-on, aujourd’hui, encore innover dans le jeu de société? Est-ce que toutes les mécaniques et thèmes n’ont pas été exploités? Peut-on encore faire preuve d’originalité? En octobre 2012 nous avions publié un article avec une question simple, créer=copier? Nous n’allons pas ici refaire le débat, mais innover signifie en fait reprendre des mécaniques, des idées, les associer à d’autres, personnaliser le tout pour proposer une nouvelle œuvre, différente au final. C’est ceci qui devient alors original. Comme disait le scénariste américain Wilson Mizner, « copier sur un seul, c’est du plagiat. Copier sur deux, c’est de la recherche. »

Si ME reprend plusieurs précédents jeux, même Citadelles du même auteur, ME parvient toutefois à se différencier. Le contre-bluff est malin car on ne peut pas tout simplement réfuter le bluff d’un autre joueur, encore faut-il être persuadé, ou pas, d’avoir la bonne carte pour pouvoir le prouver.

ME est un très bon jeu, tout public aux règles simples et à la forte interaction. Pas simpliste pour autant car ME fera méchamment appel à la mémoire puisqu’il faudra constamment tenter de se souvenir de sa carte et de celle des autres, et plus il y a de joueurs à la table et plus ça deviendra évidemment difficile. Ou on ne se fie pas pas à sa mémoire mais à sa capacité de bluffer pour faire croire que l’on sait.

Tout public certes, encore faut-il apprécier les jeux chaotiques de bluff. Chaotique dans le sens que l’on ne contrôle pas grand-chose car les cartes ne cessent de bouger, et toujours face cachée. On a parfois l’impression de jouer au bonneteau (sous quelle carte se cache le roi?), le bluff en plus.

likeUn jeu simple, rapide, fluide. A peine une partie finie qu’on en relance une, deux, trois derrière.

La possibilité d’y jouer de 2 à 13.

L’appropriation possible.

Le bluff, malin et taquin.

Un jeu qui s’apprend en 1 minute.

La mécanique de « j’échange-j’échange pas mais je fais croire que ».

Les illustrations baroques.

Un « petit » jeu promis à un beau succès.

Mascarade rentre pile poil dans notre sélection des jeux de société de voyage.

Retrouver l’univers Citadelles.

Retrouver la « patte » de Faidutti au meilleur de sa forme (quel est, pour vous, le meilleur jeu de Faidutti?)

Un jeu produit en Espagne et pas en Chine. Moins de pollution et économiquement intéressant pour ce pays durement touché par la crise. Kudos Repos Prod!

La règle d’appropriation, le tendance 2013, par les joueurs page 4, autres choix / combinaison de personnages, ainsi qu’un personnage vierge invitant les joueurs à en inventer un. Bientôt un concours de création???

paslikeUn gros mélange entre Sultans de Karaya, Coup, Love Letter et… Citadelles. Le manque d’originalité. Mais encore faut-il définir l’originalité. Cf plus haut.

Le chaos constant à la table, l’impression de ne pas contrôler grand-chose, pas un aspect qui plaira à tous les joueurs.

Un thème inexistant. Mais bon.

Fait méchamment appel à la mémoire. Mais au pire ce n’est pas grave, on peut tout à fait jouer au bluff. Et être grandement surpris de sa carte quand il faut la révéler.

Des règles pour 2 à 3 joueurs indigestes, réservées aux joueurs expérimentés, et des parties à 9-13 joueurs pires que chaotiques. L’optimum est à 6-8 joueurs.

Le risque que les cartes soient marquées / endommagées à force de les triturer, ce qui nuirait au jeu puisqu’on pourrait ainsi deviner le personnage. Il faut impérativement les sleever!

extra

Dans quelques mois (pour Essen?) sortira chez Matagot une extension officielle « pont » entre leurs deux jeux à succès Cyclades et Kemet, avec la possibilité d’utiliser les créatures d’un jeu à l’autre. Et bien pourquoi ne pas envisager un « pont » entre ME et Coup? Que les personnages puissent « naviguer » entre l’un et l’autre jeu? C’est pas une bonne idée qu’elle est bonne ça?

Martin Vidberg, le papa de Monsieur Patate, parle du jeu sur son site dans Le Monde. Belle (et visuelle) présentation.

Il existe (déjà) un goody pour le jeu, un personnage supplémentaire, l’Usurpateur, gratuit en téléchargement ici

Usurpateur

L’Usurpateur désigne un autre joueur et annonce ce qu’il pense être son personnage. La carte du joueur désigné est ensuite révélée. Si c’est effectivement le personnage annoncé par l’Usurpateur, l’Usurpateur utilise son pouvoir, comme s’il était le sien (tiens, ça me rappelle un peu le Garde de Love Letter…)
Et sinon, l’auteur lui-même propose 4 variantes sur son blog ici.

Cette conférence TED est excellente et reprend cet aspect d’originalité publié dans créer=copier? Pour le conférencier, rien n’est original, tout est un remix

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