Un joueur à New York, chapitre 2

City_lights

Voici le deuxième chapitre de l’article de PYV.

Alors que dans le premier il nous relatait sa première tentative, foireuse, pour trouver un cercle de jeux, voici la suite, plus fructueuse cette fois-ci.

Vous pouvez retrouver le premier chapitre ici.

Chapitre 2

Nouvelle tentative

Revenant à Google, je tape « boardgame new york ». Un clic et me voilà redirigé vers Meetup.com (pour ceux qui ne connaissent pas, ce site permet de réunir des personnes aux intérêts communs via des groupes autonomes). Un clic de plus et je trouve un groupe sur Manhattan qui se définit comme suit : ”Nous sommes dévoués à jouer à des jeux de cartes et à s’amuser”. Sympa non? Je créé un compte. La liste des prochaines rencontres s’affiche : samedi 13h dans une cafétéria de supermarché bio Whole Foods Market. Tiens-tiens, y-aurait-il un lien culturel entre le jeu et le bio? A suivre. Je m’inscris et c’est parti, je suis déjà virtuellement connecté à un groupe de joueurs dont je ne connais rien, mais qui partage visiblement un intérêt commun. Le tout en 5mn. Vive les réseaux sociaux.

Samedi 14h (je suis constamment en retard ce qui fait enrager notamment Gus, et je tiens donc à conserver cette bonne habitude), je rentre dans ce temple du bio qu’est Whole Foods Market. Au pays de la malbouffe, tous les bobos de New York et tous ceux pour qui le bio veut dire quelque chose se retrouvent là-bas : c’est grand, c’est beau, c’est bien achalandé, on a envie de tout manger, de tout acheter, sauf que c’est hors de prix bien sûr.

J’appréhende un peu la rencontre : qui sont ces gens ? A quoi jouent-ils ? Trouverai-je ma place ? La langue sera-t-elle un problème ? J’hésite un peu. Et puis zut, n’ai-je pas franchi ce même pas lorsque j’ai sonné un vendredi soir d’été 2008 à une certaine maison blanche de Satigny en Suisse (récit véridique de ma rencontre avec Gus).

On m’indique la cafétéria au 2ème étage (1er pour nous puisque les américains comptent les étages différemment). Je rentre. Beaucoup de tables. Beaucoup de gens. Beaucoup de bruit. Parmi les pique-niqueurs (on peut acheter des produits cuisinés au supermarché et les consommer sur place), j’aperçois des joueurs – une quarantaine – concentrés sur des divers plateaux. Il y a là pratiquement tous les styles vestimentaires de la planète réunis. C’est new York, c’est normal.

Très vite, des objets familiers accrochent mon regard: une boite d’Agricola, une boite de Battlestar Galactica. On dirait qu’ils ont les mêmes gouts que nous ici. Toutes les tables sont prises. Je circule et regarde les jeux en cours, montrant mon intérêt. C’est la partie désagréable de la rencontre, mais il faut passer par là.

Très vite on me repère, et on m’invite à partager une partie de Tsuro, un jeu bizarre où il faut prolonger une ligne pour faire avancer son pion dans un grand carré, et être le dernier à s’en faire éjecter. Mes adversaires sont sympas et se prénomment Steve, Maria et Bill (OK c’était pas ces noms-là, mais clairement des noms américains)! On m’explique les règles en 1mn (vite fait – ca plairait à Gus). Me voilà dans le groupe, l’intégration est facile car on se concentre sur le jeu. Pas besoin de plus de questions.

On n’a pas encore fini que quelqu’un d’origine asiatique lance «Quelqu’un intéressé par un Game of Thrones – deuxième édition ?». Des joueurs lèvent la main. J’en suis ! Je finis le Tsuro, remercie mes adversaires et on s’attable. Je salue Danny, Ajay, David, etc. Mon accent ne semble choquer personne mais l’explication des règles avec l’accent américain est ardue…. Je rate quelques points. On verra bien. Là encore, pas besoin de beaucoup plus que le jeu lui-même pour me connecter : nous avons notre langage commun. La partie est excellente et mortelle. 3h plus tard (et une amère défaite navale pour ma part- pensez à occuper les cases de mer à ce jeu), on débriefe.

C’est l’heure de la pause ! Comment fait-on pour manger ? RDV au catering du magasin. Tout le monde descend pour acheter la délicieuse nourriture bio un étage plus bas. Quelques minutes plus tard, on revient et on relance un nouveau jeu tout en mangeant. On croirait que j’ai fait ça toute la vie! Les gens me posent quelques discrètes questions sur les raisons de ma présence à New York, mais sans plus.

23h, le magasin ferme et nous invite à aller nous entretuer ailleurs. Je rentre avec Danny en métro tout en débriefant les parties de la journée, un peu grisé par tant de jeux et de rencontres. Il faudra que je corrige ça. Dans la rame, des noctambules en habits de sortie partent pour les clubs et bars de New York. Cette ville ne s’arrête jamais, mais ce soir, ce sera sans moi car là j’avoue que j’ai besoin de dormir. Je réalise que je viens de passer 10h avec des gens sans en savoir beaucoup plus sur eux que leur prénom et qu’ils sont joueurs.

La suite dans le 3e et dernier chapitre, On y retourne

3 Comments

  1. Très intéressant comme reportage, j’aime beaucoup la façon de voir de ce jeune homme et l’intrigue new yorkaise !

  2. merci pour la suite de ce récit (j’aime beaucoup le style, simple et fluide).
    Je jalouse un peu cette belle histoire ludique!
    et bravo pour ce nouveau Cliffhanger 😉 « On y retourne »

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