MoonsterGames, le marché ludique asiatique & Essen 2012

Décidément, la Gus&Co Team ne cesse de croître, et c’est tant mieux.

Fendoel, notre ami et grand joueur parisien, vient de rejoindre notre équipe tonitruante. Occupés à organiser notre Zombies Invasion de ce week-end, nous ne pouvons malheureusement pas nous rendre à Essen, ce n’est que « partie remise » (c’est le cas de le dire). Mais du coup, c’est Fendoel qui « s’y colle », il sera l’envoyé spécial de Gus&Co pour couvrir l’événement interplanétaire.

Voici le tout premier article de Fendoel, une interview extrêmement intéressante de Manu Beltrando, l’éditeur de MoonsterGames, qui parle du jeu de société en Asie.

Manu Beltrando, éditeur de MoonsterGames

L’éditeur Moonster Games, par la voix de son fondateur, Emmanuel Beltrando, a bien voulu nous accorder une interview juste avant Essen afin de nous parler des éditeurs asiatiques. Emmanuel est sans doute actuellement LE spécialiste de ce marché méconnu du public français.

Fendoel: Peux tu nous présenter Moonster Games pour ceux qui ne connaîtraient pas ?

Emmanuel Beltrando: Moonster games est une boite qui existe depuis maintenant 3 ans qui a commencé avec le jeu Gosu et qui s’oriente de plus en plus vers des jeux “modernes”, c’est à dire avec des explications de règles très courtes (entre 1 et 3 minutes) et des parties de moins d’un quart d’heure. Nous nous orientons de plus en plus vers de jeux grand public mais pas forcément des jeux simples. Nos prochains jeux seront dans l’esprit de Streams, d’Hattari qui sont malins, voire un peu plus compliqués mais accessibles au nouveau public. Sauf l’exception de Ryo qui sort l’année prochaine, 80% de nos jeux seront dans cette veine là maintenant.
Il existe également Moonster Games Asia dont le siège social est à Séoul en Corée du Sud où nous faisons de l’édition et nous signons des contrats de traduction de jeux avec des éditeurs en Corée. Pour le moment, nous avons 2 jeux au catalogue qui sont Dooble et Streams. Moonster Games France c’est moi et un associé tandis que pour Moonster Games Asia, je suis associé avec Mathieu Depenoux. C’est d’ailleurs pour cela que les 3 prochains jeux de Mooster games Asia sont Speech, Rythm and boulet et Tweegles.

Fendo: Dans quels pays trouve-t-on des éditeurs de jeux ? Chine ? Japon ? Corée ? autre ?

Manu: Il y a très peu d’éditeurs en Chine. Ils fabriquent les jeux mais il n’y a essentiellement que des copies. Les 2 gros pays pour les jeux sont le Japon et la Corée. Ensuite, il y a pas mal d’endroits avec des éditeurs de petite taille comme Taïwan, Vietnam, Singapour, etc. Notamment Taïwan où les ventes ne sont pas négligeables du tout. Le jeu est aussi en train de se développer dans tous les autres pays d’Asie en ce moment par exemple en Thaïlande qui commencent à avoir de la demande.
Au Japon et en Corée du Sud, on va retrouver 2 marchés très différents. Au Japon, on est sur un marché très joueur, core gamer avec une grosse empreinte du jeu allemand, de l’améritrash et des cartes à collectionner. En Corée c’est l’inverse, le jeu core gamer est peu présent et une grosse présence du jeu famille et casual. Très peu de jeux pourront fonctionner sur les deux pays en même temps.

Fendo: Aurais-tu des noms d’éditeur Japonais ou Coréens qui seraient représentatifs ?

Manu: Pour le japon, on va parler de Arclight qui est à la fois un éditeur et un distributeur qui édite pas mal de petits jeux de jeunes auteurs japonais dont surtout des jeux de cartes. A côté, il va y avoir Hobby Japan qui va traduire tous les gros titres européens et américains pour le japon et les distribuer. A côté de ça, il existe énormément de nouveaux jeunes éditeurs car il est très facile de monter sa boite. Je pense par exemple à OINK Games qui est la société de Jun Sasaki (l’auteur d’Hattari) qui en est à 5 ou 6 jeux en 2 ans. Mais le jeu n’est pas encore très implanté et reconnu pour que plusieurs sociétés en vivent très bien. Aujourd’hui, au Japon, il y en a 2 qui en vivent bien et une vingtaine qui essayent.

Fendo: On peut penser que le marché est énorme au Japon …

Manu: Beaucoup moins qu’en Corée en fait car le Japon est un marché Core gamer et qu’ils ont en concurence le jeu vidéo donc ce n’est pas toujours évident. Malgré tout, on le voit sur les salons, le Game Market de Tokyo a une augmentation de 20 à 30% de visiteurs chaque année. C’est un marché qui grossit mais n’atteint pas 5% du marché français. Pour l’instant, ça reste un marché où un très bon jeu va se vendre à 2000 exemplaires.

Fendo: Et la Corée du Sud ?

Manu: Il y a un peu plus de boites telles que Deinko, Gemblo, Happy Baobab et Korea Boardgames. Korea Boardgames par exemple traduit tous les titres américains et européens et les autres sont plutôt des boites qui éditent leurs jeux à eux et qui les distribuent. En Corée, on est sur un marché beaucoup plus grand public, familial, voire jeu ludo-éducatif. Sur les salons, les joueurs ont plutôt entre 6 et 12 ans et ils viennent avec les parents. Il n’y a pas du tout de marché pour les 13-25 ans qui est complètement pris par le jeu vidéo qui est roi en Corée. C’est un très gros marché mais il est déjà occupé par des grosses maisons d’édition et des gros distributeurs. C’est un marché où il est très difficile de rentrer mais qui grossit énormément. Il a un vrai potentiel d’évolution surtout depuis 2-3 ans où ils se sont mis au jeu d’ambiance.

Fendo: Un petit mot sur Taïwan ?

Manu: A Taïwan, il y a des boites comme Swan Panasia. C’est un pays qui consomme beaucoup, avec beaucoup de petits salons. C’est un pays plutôt en avance par rapport aux autres nouveaux (Vietnam, Singapour…) et qui commence à s’y mettre un peu à fond. Alors ce n’est pas des ventes “à la française” mais ça laisse présager dans les 5-10 ans à venir un marché secondaire qui ne serait vraiment pas négligeable.

Fendo: Y a-t-il des éditeurs asiatiques à aller voir à Essen cette année ?

Manu: Oui bien sur ! Il faut aller voir le grand stand Coréen (NdR: Hall 4 et hall 7) qui représente l’intégralité des grand éditeurs coréens importants. Je ne connais pas toutes les nouveautés mais il y aura des jeux très sympathiques. En face des Coréens, tu trouveras 2-3 stands japonais dont Arclight qui nous amène toujours de bonnes surprises chaque année. Par exemple, Trains que j’ai pu essayer et qui est pas mal du tout. Je recommande d’acheter les premiers jours car les japonais vont être en rupture comme d’habitude le premier jour sur leurs produits phare donc ne pas hésiter à courir pour aller prendre 2-3 jeux car ils seront introuvables dès vendredi. Profitez en pour les essayer car c’est la seule occasion chaque année de les rencontrer en Europe.

Fendo: Dernière question: C’est quoi Essen pour Moonster Games et pour toi ?

Manu: Alors cette année, c’est un peu particulier : je ne présente aucun jeu car nous ne faisons pas Streams avec Asmodee Allemagne, mais c’est l’occasion de rencontrer l’auteur de Steams et de discuter avec des japonais et des coréens de contrats en cours. Un salon plutôt relax en fait cette année. Ce n’est de toute façon pas le salon le plus palpitant pour moi. Je n’ai jamais signé un jeu à Essen, les jeux que je fais ne sont pas vraiment des jeux allemands donc ça me sert surtout à rencontrer d’autres éditeurs.

Fendo: Dernière dernière question: Quel est le salon que tu préfères ?

Manu: D’un point de vue éditeur, le salon le plus intéressant pour moi à été le Game Market à Tokyo (juin) et la New York TOYFAIR (février) par rapport à ce que je fais.

Fendo: Merci Manu.

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