Des odeurs et des jeux

Flickr – Éventail – by Charlotte Ségurel

Voici un nouvel article de Geoffroy. A nouveau super riche et intéressant.

La Question Idiote

Ce samedi, je traîne sur GameOne, chaîne de la TNT française. L’émission en cours est ‘Le Débat’ où Marcus, l’animateur, confronte les idées et opinions de 4 invités (chroniqueurs, présentateurs qui gravitent autour des jeux vidéo, des nouvelles technologies, etc…).

En fin d’émission, c’est l’heure de la séquence « Question Idiote de Marcus ». Il la pose à peu près ainsi : « qu’apporteraient les odeurs dans l’univers des jeux vidéo ?».

Personnellement, je n’ai pas trouvé la question si idiote – le débat ne s’est pas élevé très haut pour autant.  Tout en écoutant leurs interventions, j’avais envie de distiller dans les esprits des invités le mythe de la madeleine de Proust. J’avais envie de leur faire évoquer le pouvoir des odeurs sur la mémoire, le voyage, le bien-être. Mais rien à faire, le sujet, voyez-vous, n’était pas sérieux.

Mais alors, le serait-il ailleurs ?

Dans Dr Shark , Bruno Cathala explore les capacités de notre sens du toucher.

Dans bien des jeux de plateau, l’écoute des adversaires et partenaires de jeu est indispensable à la réussite. Et même dans Space Alert, le média audio est crucial car il faut savoir entendre et écouter pour réagir aux événements.

Pourtant, en dehors de la mécanique ‘Observation’, il n’existe pas vraiment de classification propre aux cinq sens (du moins, je n’en ai retrouvée aucune sur BGG, Tric Trac ou ailleurs). C’est un critère inexistant pour qualifier un jeu (il existe pourtant bien des mécaniques artistiques qui font appel aux sens).

En furetant sur le sujet, j’ai découvert une auteure, Véronique Debroise, qui explore dans plusieurs de ses jeux les sens de l’odorat mais aussi du goût . Elle développe un univers autour duquel sa boîte d’édition est créée : Sentosphère.

Goût et odorat sont au cœur de ses créations où règnent pédagogie, découverte et développement des sens.

Qu’en pense-t-on ?

Et dans les communautés, alors ? L’odeur est finalement la plus souvent évoquée lors de l’ouverture de la boîte. Les procédés chimiques d’élaboration, de décoration ou de conservation définissent l’odeur du neuf et laissent leurs empreintes olfactives :

winforlife sur trictrac.be : « Biblios et cette odeur insupportable ? : j’aime beaucoup ce jeu mais y a une odeur pas très catholique qui s’en dégage…. Avez-vous ce problème avec votre jeu ?
Je pensais a l’ouverture que l’odeur allait se dissiper mais ça reste en fait et c’est sur les cartes qu’il y a cette odeur … et après une partie vos mains ont la même odeur… 
»

Sur Boardgamegeek, des listes de jeux qui sentent mauvais dans le sens premier du terme.

Mais aussi des réactions où l’odeur accompagne un moment de félicité (rendez-vous à la vidéo à 1’50 »)

Exploration olfactive

« Sans la participation de l’odorat, il n’y a point de dégustation complète. »
Anthelme Brillat-Savarin

En éteignant ma TV à la fin du débat, je ne pouvais m’empêcher de penser, qu’à l’instar de Dr Shark, il serait innovant de concevoir un jeu aux mécaniques en partie olfactives.
J’ai donc cherché à en savoir plus sur la fameuse madeleine de Proust. D’après quelques études, sa relation avec la mémoire ne semble pertinente que dans le cas d’émotions fortes. A moins de supposer que toute session de jeu soit génitrice d’une telle émotion, cela  reste très aléatoire. Exit donc (ou à réserver aux Jeux de Rôles très immersifs ?).

Puis je me suis dit que l’atmosphère d’un jeu pouvait aussi se créer sur l’aromathérapie (par la diffusion atmosphérique d’huiles essentielles). On y recherchera alors celles qui auraient des propriétés calmantes, hypnotiques ou stimulantes en fonction du jeu joué. Peut-être est-ce un peu trop psychosomatique ?
Que nenni, voyez comme des enseignes, pour faire venir à elles leur clientèle, apprennent étonnamment à utiliser les codes des odeurs. Si les odeurs nous évoquent des envies ou des désirs, peuvent-elles accroître nos expériences ludiques ?

Ainsi au final, je ne peux m’empêcher de rêver qu’un jeu comme Dixit soit fourni avec son extension odorante. J’ose croire que certains jeux d’ambiance peuvent être fournis avec quelques bougies sélectionnées pour répandre tout autour de la table l’atmosphère du jeu. Qu’un simple jeu de coopération comme Ghost Stories soit livré avec ses bâtons d’encens qui pourraient même faire office de sablier en cas de besoin. Je ris d’avance à l’idée jouer à Time’s Up sous hélium (il parait que le gaz hilarant est un peu dangereux).

Je me permets surtout d’imaginer que l’odeur peut enrichir le thème, accompagner l’histoire, nourrir le voyage.

Et vous ? Qu’en pensez-vous?

6 Comments

  1. J’adore l’idée !
    Ensuite, bah un jeu basé sur uniquement ou partiellement sur celle ci aura une durée de vie pas forcément très longue….

    Bon, sinon j’ai déjà joué à un jeu qui pue: Drakon (http://www.boardgamegeek.com/boardgame/23107/drakon-third-edition). très très désagréable, mais ça redevient supportable après des traitements aux déodorants WC et bicarbonate.

    Pour revenir aux bonnes odeurs, j’avoue apprécier jouer avec une ambiance sonore qui sied au jeu (si c’est possible), donc pourquoi pas une odeur ^^

  2. Merci Geoff pour cet article extrêmement intéressant!

    Qui tombe pile poil avec notre actu, puisque nos deux prochains jeux, le Sherlock Holmes et un Pirates Live le 25.9 pour 2’000 personnes incluront justement des odeurs, nous avons voulu jouer avec ce paramètre pour offrir une expérience totale et intense aux participants.

  3. Même si l’idée est séduisante au premier abord, en réalité, c’est probablement une fausse bonne idée : les odeurs ca se stocke difficilement, c’est difficile à contrôler et à utiliser.

    Je me rappelle qu’un numéro d’un magazine de bd jeunesse était sorti avec un « gadget » inhabituel : des cartes qui puent pour faire des blagues. Très bien, sauf que le magazine s’était imprégné des odeurs et je l’avais jeté. Le mois suivant, la rubrique courrier des lecteurs était remplie de plaintes et d’expériences similaires à la mienne.

    Vous me direz qu’on peut faire un truc à base d’odeurs agréables mais ca ne règle pas le problème : une odueur agréable pour quelqu’un peut être désagréable pour quelqu’un d’autre. Un collègue à moi par exemple ne supportait pas l’odeur de cannelle, j’avais donc ramené chez moi mon thé à la cannelle. On peut éviter de voir un truc derangeant, on peut réduire un son gênant, mais on peut difficilement éviter une odeur qu’on aime pas (seule la fuite est possible).

    Au delà de ce problème de conception, un problème pratique se pose : comment stocker l’odeur pour qu’elle ne disparaisse pas, comment faire pour qu’elle ne soit pas corrompu par les odeurs externes. Là encore l’expérience du buveur de thé parle : il faut stocker dans des contenants bien fermés et ca finira de toute façon par diminuer avec le temps.

  4. Plus accessible que le sens olfactif, l’ouie n’est pas non plus souvent sollicitée … Pour autant, elle peut facilement créer une ambiance (de là à en faire le sujet central d’un jeu … mais pourquoi pas).

    Toujours est il que même facile d’accès, je n’ai à ce jour jamais profité de musique ou d’ambiance sonore lors d’une partie. Et je n’ai pas l’impression que ce soit très courant, même sur du jeu de rôle où pourtant on recherche plus systématiquement l’immersion.

    Ce qui me rappelle un petit podcast sur le sujet : http://cellulis.blogspot.com.es/2012/01/musique-et-jeu-de-role-avec-macha.html

    1. Bonjour Aurèle,

      merci pour votre commentaire.

      Oui, vous avez amplement raison, le Loto des Odeurs est justement un jeu qui exploite les senteurs. En fait Geoffroy en parle dans son article, Sentosphère est justement l’éditeur du Loto des Odeurs 😉

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