
Voici un nouvel article de Geoffroy. A nouveau super riche et intéressant.
La Question Idiote
Ce samedi, je traîne sur GameOne, chaîne de la TNT française. L’émission en cours est ‘Le Débat’ où Marcus, l’animateur, confronte les idées et opinions de 4 invités (chroniqueurs, présentateurs qui gravitent autour des jeux vidéo, des nouvelles technologies, etc…).
En fin d’émission, c’est l’heure de la séquence « Question Idiote de Marcus ». Il la pose à peu près ainsi : « qu’apporteraient les odeurs dans l’univers des jeux vidéo ?».
Personnellement, je n’ai pas trouvé la question si idiote – le débat ne s’est pas élevé très haut pour autant. Tout en écoutant leurs interventions, j’avais envie de distiller dans les esprits des invités le mythe de la madeleine de Proust. J’avais envie de leur faire évoquer le pouvoir des odeurs sur la mémoire, le voyage, le bien-être. Mais rien à faire, le sujet, voyez-vous, n’était pas sérieux.
Mais alors, le serait-il ailleurs ?
Dans Dr Shark , Bruno Cathala explore les capacités de notre sens du toucher.
Dans bien des jeux de plateau, l’écoute des adversaires et partenaires de jeu est indispensable à la réussite. Et même dans Space Alert, le média audio est crucial car il faut savoir entendre et écouter pour réagir aux événements.
Pourtant, en dehors de la mécanique ‘Observation’, il n’existe pas vraiment de classification propre aux cinq sens (du moins, je n’en ai retrouvée aucune sur BGG, Tric Trac ou ailleurs). C’est un critère inexistant pour qualifier un jeu (il existe pourtant bien des mécaniques artistiques qui font appel aux sens).
En furetant sur le sujet, j’ai découvert une auteure, Véronique Debroise, qui explore dans plusieurs de ses jeux les sens de l’odorat mais aussi du goût . Elle développe un univers autour duquel sa boîte d’édition est créée : Sentosphère.
Goût et odorat sont au cœur de ses créations où règnent pédagogie, découverte et développement des sens.
Qu’en pense-t-on ?
Et dans les communautés, alors ? L’odeur est finalement la plus souvent évoquée lors de l’ouverture de la boîte. Les procédés chimiques d’élaboration, de décoration ou de conservation définissent l’odeur du neuf et laissent leurs empreintes olfactives :
winforlife sur trictrac.be : « Biblios et cette odeur insupportable ? : j’aime beaucoup ce jeu mais y a une odeur pas très catholique qui s’en dégage…. Avez-vous ce problème avec votre jeu ?
Je pensais a l’ouverture que l’odeur allait se dissiper mais ça reste en fait et c’est sur les cartes qu’il y a cette odeur … et après une partie vos mains ont la même odeur… »
Sur Boardgamegeek, des listes de jeux qui sentent mauvais dans le sens premier du terme.
Mais aussi des réactions où l’odeur accompagne un moment de félicité (rendez-vous à la vidéo à 1’50 »)
Exploration olfactive
« Sans la participation de l’odorat, il n’y a point de dégustation complète. »
Anthelme Brillat-Savarin
En éteignant ma TV à la fin du débat, je ne pouvais m’empêcher de penser, qu’à l’instar de Dr Shark, il serait innovant de concevoir un jeu aux mécaniques en partie olfactives.
J’ai donc cherché à en savoir plus sur la fameuse madeleine de Proust. D’après quelques études, sa relation avec la mémoire ne semble pertinente que dans le cas d’émotions fortes. A moins de supposer que toute session de jeu soit génitrice d’une telle émotion, cela reste très aléatoire. Exit donc (ou à réserver aux Jeux de Rôles très immersifs ?).
Puis je me suis dit que l’atmosphère d’un jeu pouvait aussi se créer sur l’aromathérapie (par la diffusion atmosphérique d’huiles essentielles). On y recherchera alors celles qui auraient des propriétés calmantes, hypnotiques ou stimulantes en fonction du jeu joué. Peut-être est-ce un peu trop psychosomatique ?
Que nenni, voyez comme des enseignes, pour faire venir à elles leur clientèle, apprennent étonnamment à utiliser les codes des odeurs. Si les odeurs nous évoquent des envies ou des désirs, peuvent-elles accroître nos expériences ludiques ?
Ainsi au final, je ne peux m’empêcher de rêver qu’un jeu comme Dixit soit fourni avec son extension odorante. J’ose croire que certains jeux d’ambiance peuvent être fournis avec quelques bougies sélectionnées pour répandre tout autour de la table l’atmosphère du jeu. Qu’un simple jeu de coopération comme Ghost Stories soit livré avec ses bâtons d’encens qui pourraient même faire office de sablier en cas de besoin. Je ris d’avance à l’idée jouer à Time’s Up sous hélium (il parait que le gaz hilarant est un peu dangereux).
Je me permets surtout d’imaginer que l’odeur peut enrichir le thème, accompagner l’histoire, nourrir le voyage.
Et vous ? Qu’en pensez-vous?