2012, une nouvelle année ludique commence : J’ai un rêve

J’ai un rêve

OK je l’admets, commencer cet article ainsi paraît quelque peu présomptueux, surtout en reprenant la formule de Martin Luther King Jr dans son discours de 1963.

J’ai un rêve, que l’année ludique 2012 soit plus innovante.

Dans son édito du numéro 6 de 2011 dans le magazine allemand Spielbox, Matthias Hardel cite Uwe Rosenberg (Agricola, Ora et Labora) : « You can copy the little details from other games, because where would we be otherwise ? » => vous pouvez copier les petits détails d’autres jeux, car où serions-nous sinon ?

« nanos gigantium humeris insidentes », des nains sur des épaules des géants. Cette expression, datée du XIIe siècle est utilisée pour montrer l’importance pour tout homme ayant une ambition intellectuelle de s’appuyer sur les travaux des grands penseurs du passé (géants). L’auteur de jeux français Bruno Faidutti en parlait déjà en février 2009 dans son édito, il est très difficile pour un auteur d’être original. Il se faisait même le chantre d’une non-originalité, prônant un succès des mécaniques indémodables.

Mais j’ai un rêve, que 2012 soit plus innovant. Les 1’400 jeux sortis en 2011 n’ont en effet pas vu de véritable innovation ni de création originale. Majorité, enchères, bluff, placements d’ouvriers, objectifs secrets, combinaisons, deck-buildings, gestion, la grande majorité des jeux de 2011 ont exploité des recettes bien connues. Certes, on a vu la réédition de Sherlock Holmes Détective Conseil par Ystari, un jeu n’utilisant ni pion ni cubes ni mécaniques ordinaires, mais il s’agit toutefois d’une réédition d’un jeu de 1982.

Est-ce que l’innovation ludique est morte ? Faut-il faire son deuil de voir des jeux originaux & surprenants ? Je ne le pense pas. Si aujourd’hui l’expression des nains et des géants est devenue commune, je suis sûr que l’année 2012 pourrait se montrer inventive, créative, dynamique. Et que de nouveaux géants fassent leur apparition.

J’ai un rêve, que les éditeurs en 2012 soit plus responsables.

Le 7 décembre 2011, nous évoquions un label écologique ludique. Avec la crise écologique, et économique, que nous sommes en train de traverser, les éditeurs pourraient se montrer plus éthiques et écologiques, délaisser la Chine pour favoriser l’Europe.

Comme le dit mon collègue webludique Yannick dans son édito du 30 décembre 2011 : « Cela pourrait paraître complètement absurde actuellement, mais 2012 va réserver de grands changements dans les comportements d’achat. Et ce sera la première année où le « Made in China » ne va peut-être plus être dignement « ignoré », cela va devenir l’un des critères à prendre en compte ».

Pourquoi alors ne pas développer une charte écologique dans la production ludique, comme il en existe dans d’autres domaines ? J’ai un rêve, que cette charte écologique se développe en 2012.

J’ai un rêve, que le consommateur en 2012 soit plus responsable

Tant qu’il y aura des acheteurs, il y aura des vendeurs. Et des producteurs. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, 1’400 jeux ont été publiés en 2011, un chiffre ébouriffant! Culte de la nouveauté, le consommateur surfe sur les flots et continue d’en acheter pour maintenir cette excitation.

J’ai un rêve, qu’en 2012, le consommateur achète beaucoup moins, mais joue beaucoup plus. Si tant d’auteurs et éditeurs inondent le marché de jeux, c’est qu’il y a un marché. A titre d’exemple, en 2011, ce ne sont pas moins de 5327 bandes-dessinées qui ont été publiées, une hausse de 3.04%. Verra-t-on une telle augmentation de la production ludique en 2012 ? Encore une fois, tant qu’il y aura des acheteurs, il y aura des vendeurs.

Comme le disait lui-même le petit éditeur de Krok Nik Douil Alain Epron sur notre site le 24 novembre 2011 : « Y’a une date de péremption sur les jeux ? Une date limite de consommation ? Non. ». Arrêtons-nous, joueurs, consommateurs, quelques instants sur nos « vieux » jeux ; rejouons-y, redécouvrons-les. La durée de vie d’un jeu est celle qu’on lui confère.

Je ne parle pas de boycotter les sorties, mais d’apprécier les jeux que l’on possède déjà. Acheter des nouveautés, continuellement, nous empêche de rejouer aux nouveautés précédentes. L’avantage avec la nouveauté, c’est qu’elle ne reste jamais neuve. A force de courir toujours derrière les sorties et diverses extensions, attardons-nous et apprécions (enjoy, en anglais, terme pertinent selon moi) ce que nous avons déjà. Le fait de jouer à ses « vieux » jeux rendra alors l’achat moins compulsif et « nécessaire ».

Et si les acheteurs ne se jettent pas sur un nouveau jeu, les éditeurs vont certainement suivre le trend : proposer moins pour proposer mieux, au lieu du contraire, constat accablant actuel.

J’ai un rêve, que le webludique en 2012 soit plus communautaire

Le nombre actuel de sites ludiques francophone est impressionnant, et de nombreux jeunes webmasters se lancent régulièrement dans l’aventure pour y rédiger critiques et annonces de sorties. Abondance de bien nuit ? Non.

L’auteur et webmaster ludique de renom François Haffner en parlait il y a une année en décembre 2010 dans son article « un site de référence pour les jeux de société ? »: « et si plusieurs sites sérieux se décidaient enfin à travailler ensemble pour construire une grande base de référence des jeux de société ? ».

Personnellement, je ne pense pas qu’une seule grande base commune soit possible, ni même souhaitable, c’est dans la diversité que l’on reconnaît la richesse.

Ce qui serait au contraire envisageable, et bienvenu, c’est de tisser des ponts, et pas seulement des plateformes neutres d’annonces d’articles. Les liens sur tous les sites sont déjà un pas. Pourquoi ne pas enrichir ce procédé ordinaire et faire une revue hebdomadaire ou mensuelle des articles d’horizons divers ? Voire même lancer des discussions inter-sites ?

Bref, plutôt qu’un seul site global comme le propose François Haffner, je rêve que le webludique 2012 soit plus solidaire. Une loop mensuelle des sites ludiques par exemple.

Bonne année 2012 à vous tous, et surtout, surtout, encore une fois, BONNES PARTIES !!!

3 Comments

  1. De beau rêves…

    Sinon un WebLudique Solidaire ?

    Difficile d’y arriver un jour, l’article que tu cites de François Haffner commence déjà mal puisqu’il est négatif par rapport au site moteur du WebLudique, TricTrac. Attention, il a raison sur de nombreux points, je n’en disconvient pas.

    Aussi, il ne faut pas oublier que Twikin a vocation e-commerce, que TricTrac n’est plus un site amateur mais devenu professionnel. Jedisjeux est une association. Donc voici déjà 3 sites où l’argent entre en compte. Donc, …

    Ensuite, reste les amateurs comme toi et nous. On fait en fonction de nos moyens, de nos envies, de notre temps surtout.

    Il y a eu des bonnes idées tel Ludorama qui n’a jamais décollé, il y a eu une idée de base de liens que tout le monde aurait pu exploiter, cela n’a pas abouti …

    Pour moi Boardgamegeek reste le site Web du jeu de société, il est moche mais efficace et offre une vraie base de données avec un max d’informations. Il a un avantage dans le monde anglophone, c’est le seul.

    Après, les sites amateurs doivent subsister car ils présentent une information sous une forme différente plus personnelle dans laquelle certains joueurs se retrouveront et trouveront plus de confort.

    Alors un jour une grande base francophone du jeu de société ? Non je n’y crois pas, c’est trop tard. Car les sites existants subsisteront toujours et même si certains seront près à partager, ils souhaiteront persister donc…

    Alors perso je n’ai pas d’idée pour faire interagir les sites entre eux à part le partage de liens et parfois citer l’un ou l’autre article.

    Ceci est mon impression.

    Mr LudiGaume

    PS: Solidaire ? J’ai découvert un nouveau site amateur qui ne s’est pas gêné pour copier les documents partagés par LudiGaume et de les proposer comme si c’étaient sa propre production. Alors solidaire ?

    1. Merci François pour ton commentaire éclairé.

      Dans mon article je ne parle justement pas d’établir un site commun, générique et global, au contraire même. J’apprécie la diversité qui implique une richesse d’avis.

      Échanger les liens, des articles, citer justement, plutôt que prêcher pour sa paroisse tout seul devant son écran. Établir une confrérie plutôt que fonctionner en autarcie endogène & hermétique.

      Si si, on peut rêver. Oublie de rêver et la vie va t’oublier (proverbe genevois).

  2. L’innovation a été débattue récemment par Geoff Engelstein et Ryan Sturm dans leur podcast Ludology : Episode 21 – Innovation vs Reinterpretation (http://www.ludology.net/)
    On y voit que l’innovation est un concept très personnel qui dépend à la fois de l’histoire et des goûts de chacun (certaines innovations peuvent sembler des régressions pour certains). D’ailleurs les débats qui s’en sont suivis sur BGG ont été très… riches ;-), et durent encore !
    (http://boardgamegeek.com/thread/729760/ludology-episode-21-innovation-and-reinterpretat)
    Je suis preneur de l’innovation, et je la cherche en tant que créateur de jeux, mais c’est plus souvent, comme en cuisine, un nouveau mélange de composants que l’utilisation de découverte (la cuisine moléculaire : innovation certes, mais intéressant ?).

    On pourrait aussi créer des Think Tanks sur certains sujets liés aux jeux ?!? (en utilisant le Gamestorming !?!)

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