Critique de jeu : Sherlock Holmes Détective Conseil

presentation

Sherlock Holmes Détective Conseil (SHDC) est sorti dans les bacs (c’est rétro comme expression) mi-décembre 2011 chez Ystari.

Pour 1 à 8 joueurs, pour une configuration optimale à 2-4 joueurs, d’une durée prévue entre 45 et 75 minutes.

SHDC est paru en anglais en 1981, créé par par Gary Grady, Suzanne Goldberg et Raymond Edwards, puis en vf chez Descartes en 1985.

SHDC est une réédition du »vieux » jeu des années 80, qui a gagné le Spiel en 1985.

extra

Nous avons publié deux enquêtes supplémentaires exclusives et non-officielles écrites par Yann G, Le Pendu, à découvrir ici ainsi que l’Affaire Diavolo, ici

Nous avons aussi développé une extension pour le jeu, Moriarty

Depuis 2012, nous organisons des aventures SHDC live à Genève. Le site officiel du jeu.

theme

Comme l’indique son titre, SHDC propose aux joueurs de s’immerger dans la Londres victorienne du 19ème siècle. Noblesse, pègre, Scotland Yard et fiacres, tout y est pour se sentir propulsé dans une réalité virtuelle, historique et enveloppante.

Rarement un jeu de société n’aura autant plongé ses joueurs dans un thème aussi fort. Habituellement dans le sérail ludique, le thème d’un jeu n’est qu’un pis-aller pour nous servir des mécaniques de jeu, certes ripolinées, mais à l’exploitation thématique ténue et froide.

Dans SHDC, le jeu EST le thème, et il est véritablement passionnant de se sentir ainsi transporté. Beam me up Scotty!

materiel

Le matériel est des plus simples mais des plus efficaces. SHDC ne propose que des documents sur papier: annuaire, carte de Londres, journaux « d’époque », cahier d’enquête.

La qualité des documents est excellente, la plupart sont sur papier glacé (c’est de saison).

Les illustrations sont de plus magnifiques. Bref, du très très bon.

Attention toutefois à la police s’écriture principale dans les enquêtes, pas forcément facile à la lecture, il faudra se concentrer pour y arriver, mais cela ne dérange en rien le jeu car 1. Elle est extrêmement cohérente avec le thème et participe à l’aspect dépaysant du thème 2. Il faut de toute façon se concentrer pour jouer à SHDC

mecanique

Les règles sont über-simples, on doit résoudre un cas le plus rapidement et efficacement possible et confronter ensuite nos résultats avec ce fieffé coquin de Sherlock. Chaque enquête se clôt par des questions, et si les réponses sont correctes on gagne des points.

Pendant la partie, les joueurs sont libres de se rendre où ils veulent et d’investiguer autant de pistes qu’ils le souhaitent, sachant que le total des pistes sera à confronter à la fin avec celui de Sherlock.

Comment jouer / enquêter ? Les carnets d’enquête sont découpés en paragraphes, des minis chapitres qui renvoient tous aux pistes sélectionnées. Oui, vous l’aurez compris, SHDC fonctionne comme un livre dont vous êtes le héros. Si vous avez aujourd’hui plus de 30 ans, vous aurez très certainement été bercé, comme moi, par ces ouvrages mythiques dans votre adolescence. Haaa, le Loup Solitaire et autres Sorcellerie. Mais je m’égare par nostalgie.

Il n’y a pas véritablement de règles ni de mécaniques riches et complexes dans SHDC, ce qui le rend simple et à la portée de tous. Ou presque. Nous aborderons ce sujet dans la conclusion.

interaction

L’interaction est extrêmement forte dans SHDC. Soit on y joue en mode coopératif, tous contre Holmes, soit en semi-coopératif, i.e. que les réponses à l’enquête sont individuelles et comparées au moment du showdown.

Évidemment, ce dernier mode, plus compétitif, s’avère moins intéressant que le premier puisque deviser tous ensemble sur l’affaire est délectable.

Comme dans la plupart des coopératifs, il peut y avoir un « King Speaker », un joueur qui prend tout le temps la parole et toutes les décisions. Mais au contraire d’un jeu de plateau coopératif dans lequel il est important d’établir une stratégie gagnante, dans SHDC on « navigue à vue » et on tente tant bien que mal de dénouer les fils de l’enquête. Plus on discute, échange, et plus on parviendra à trier le bon grain de l’ivraie et parvenir à ses fins.

Bref, SHDC dispose d’une interaction très forte, entre les joueurs mais également avec le jeu lui-même puisqu’on influe sur son déroulement et aboutissement. La fin n’intervient que quand les joueurs se sentent prêts à se mesure contre Sherlock pour alors répondre aux questions finales.

conclusion

On dit que la machine à remonter le temps n’existe pas. C’est faux ! Ystari vient de la créer.

Grâce à SHDC, on se sent littéralement voyager dans l’époque victorienne. On sent presque la fumée des usines dans l’air, le charbon omniprésent, les lampadaires à gaz et l’on entend le claquement des sabots des chevaux martelant les pavés bien avant l’apparition bruyante de la voiture.

SHDC n’est pas un jeu: ni pions, ni dés, ni plateau, ni piste de score, SHDC est une stupéfiante machine à voyager. On voyage dans un autre temps, mais également dans un autre rôle.

Pour autant que vous soyez férus de polars, de films et séries policières, vous vous sentirez comme dans un épisode de CSI, Dexter, Derrick ou Colombo.

Et justement, de télévision parlons-en. Elle abrutit, rend sédentaire, paresseux et passif. Avec SHDC, vous aurez toutes les excuses pour vous en extraire et vous lancer vous-même dans une palpitante enquête.

Car il est toujours de bon ton de formuler quelques critiques négatives à l’égard d’un jeu, pour se montrer soi-même critique, intelligent et… supérieur à l’œuvre elle-même (vous apprécierez ici l’auto-critique), le seul aspect « négatif » que l’on pourrait relever, c’est son public-cible.

En effet, ce jeu n’est clairement pas pour tout le monde, bien que tout le monde puisse y jouer.

Dans SHDC, il faut se concentrer, raisonner, analyser, écouter, lire, prendre des notes. On ne s’adonne pas à SHDC comme on joue à un jeu léger ou à un party game hahaha.

SHDC est riche, profond, exigeant. Voilà, le mot est lâché, exigeant. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c’est Ystari qui s’est lancé dans la réédition de ce dinosaure des années 80. Leur catalogue contient pour la plupart des titres ludiques du même acabit, du « hard fun » plutôt que du « simple fun » (nous reviendrons sur cette distinction dans un prochain article).

SHDC ne conviendra pas à tous les joueurs, justement par l’effort intellectuel qu’il faudra fournir. Comme joueur, ou tout « simplement » être humain, constamment entourés d’appareils qui font tout pour soi et prémâchent toute tâche, n’a-t-on pas perdu le goût à l’effort ? Nous en parlions justement dans notre article sur la « révélation flagrante » au sujet de jeux qui demandaient un certain investissement.

Avec SHDC, il faudra s’investir et réfléchir, deux compétences humaines vitales et fertiles.

Bref, un grand MERCI à Cyril Demaegd l’éditeur pour s’être lancé dans cette réédition qui n’a pas pu dû être une mince affaire.

Cyril Demaegd, l'éditeur, à Essen 2011

like

Un cross-over entre jeu de plateau, sans dés, pions ou plateau, entre un jeu de rôle, sans feuille de personnage ni dés, et entre un livre dont vous êtes le héros, à savourer à plusieurs.

Une redoutable machine à rêver

La forte interaction, surtout en mode coopératif

Vivre un moment fort, au-delà du ludique

Les illustrations, somptueuses, et la qualité du matériel

Un prix doux, à peine 40 euros pour 10 aventures. Donc 4 euros l’heure pour 60 minutes de plaisir. Pas chère la minute…

paslike

La police d’écriture, pas toujours facile à lire, mais tout à fait cohérente avec l’univers. Une autre police d’écriture, plus lisible et plus moderne aurait détonné.

Épilogue

Le jeu est limité, car il ne comporte que 10 enquêtes. Une fois achevées, on ne peut plus les réessayer puisqu’on connaît tout de l’affaire. Mais que cela ne décourage personne, car après tout :

Avez-vous déjà souvent joué 10 fois à un même jeu ?

Avez-vous déjà rechigné à acheter un jeu vidéo à 60 euros pour n’y joueur de toute façon qu’une seule fois ?

En discutant avec l’éditeur à ce sujet à Essen, il semblait dire que si demande il y avait, il pouvait envisager de publier des scenarii supplémentaires individuels pour une poignée d’euros.

Et une fois toutes les enquêtes terminées, rien ne vous empêche de vous montrer créatif et imaginatif et d’en proposer vous-même pour vos amis joueurs. Voire les soumettre à l’éditeur qui se fera certainement un réel plaisir de les éditer.

Vous trouverez ici une aide de jeu fort pratique proposée par Jedisjeux

Depuis juin 2012, des portages live du jeu ont lieu dans la vieille ville de Genève. Des enquêtes grandeur nature à résoudre, comme dans le jeu de société. Plus d’infos sur sherlockgeneve.com

 

La vidéo du Sherlock live à Genève

4 Comments

  1. J’ai joué, que dis-je enquêté, il y a deux jours sur une des affaires proposées dans ce jeu et je dois dire que j’ai beaucoup aimé. Nous avions choisi d’enquêter tous ensemble et pendant l’heure et demie que dura notre enquête, ce fut un réel plaisir de partager nos opinions, ponctuer nos réflexions d’un « oh! écoutez ce que je viens de lire dans le journal ! », de se regarder d’un air entendu quand le témoignage d’untel que l’un de nous lisait à haute voix ne nous convainquait pas (c’est que … on ne nous roule pas aussi facilement non mais!), pester quand nous étions dans une impasse. J’ai aussi aimé le fait qu’en plus de l’enquête principale, d’autres affaires annexes, les fausses pistes, se greffaient et que nous n’avions pas une mais trois enquêtes à résoudre.

    Pour reprendre l’avis d’un joueur, ce jeu a des airs de murder party mais en restant autour d’une table. La même liberté de mouvement, d’action et réflexion selon les indices en main.

    Last but not least : bel article, merci, j’abonde pour les plus et les moins (avec en plus de la police, une écriture un peu trop ampoulée, certes l’époque du jeu diffère mais certaines phrases/figures de style sont maladroites). Et surtout merci pour les extensions, je fais suivre le lien au détenteur dudit jeu qui nous a mené sur cette enquête.

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  2. Très bon jeu de société, nous l’avons testé à deux joueurs contre sherlock et avons hâte de prendre le temps d’enquêter sur une nouvelle affaire qui m’ont l’air de plus en plus en palpitante. Il faut noter que c’est un jeu assez dur mais il en vaut la chandelle!!!

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  3. Juste pour préciser, en fait la police de caractère « tarabiscotée » est indispensable pour éviter une lecture accidentelle du paragraphe d’à côté, quand les yeux glissent ou recherchent le paragraphe à lire. C’est tout à fait voulu et pertinent.

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