Mais au fond, pour rester objectifs, est-ce que les médias ne devraient pas éviter les freebies?

Decorative Scales Of Justice

Vous rentrez dans un magasin. On vous offre un échantillon. Pour goûter un fruit ou découvrir un nouveau produit. Vous vous sentez bien accueillis, considérés. Importants, même.

Résultat? Les études le prouvent, les clients auront tendance à consommer plus. C’est ce qu’on appelle l’effet d’appréciation, l’effet de réciprocité, même. On vous offre un cadeau, vous vous sentez alors redevables. C’est la bouteille de vin ou la boîte de chocolat qu’on offre aux hôtes quand on est invité à manger. Pour remercier. Pour équilibrer.

Les médias, presse, sites, blogs, podcasts, chaînes vidéo, ont parfois accès à des exemplaires-presses. Un service-presse. Des jeux offerts dans l’espoir d’une chronique en retour.

Est-il alors facile pour les médias de rester objectifs et de soumettre des articles, des critiques neutres et indépendantes? Sans le biais de l’effet d’appréciation ou de réciprocité? Ou autrement dit, peut-on rester un journaliste crédible quand on reçoit des freebies et ne pas se transformer en homme-sandwich?

Comment alors concilier les deux. Le travail de journaliste, qui est de couvrir l’actu, ludique en ce qui nous concerne, et l’accès aux service-presses?

Faut-il alors refuser tout cadeau des éditeurs et distributeurs pour aspirer à une totale indépendance? Ou au contraire jongler avec les relations humaines, son lectorat et sa déontologie slash conscience.

Cet article rebondit sur la discussion que nous avons menée avec quatre éditeurs de jeux, pour échanger autour de leur politique d’envoi de jeux gratuits aux médias. Un article qui présentait le côté des éditeurs, leurs attentes, leurs espoirs, mais aussi leurs déceptions. Penchons-nous aujourd’hui sur l’autre facette, celle du destinataire de ces exemplaires-presses. Les médias, donc.

Nous avons envoyé un questionnaire anonyme à plus d’une vingtaine de médias qui traitent de la chose ludique.

Pourquoi… anonyme, me demanderez-vous? Parce que nous avons jugé que certains préféraient s’exprimer sous le couvert de l’anonymat pour s’exprimer plus librement. Le sujet pouvant parfois être considéré comme délicat par certaines rédactions. Nous ne citerons donc pas les médias contactés.

Nous avons soumis un questionnaire semi-ouvert, avec des questions précises à choix multiples dégageant des données quantitatives, avec la possibilité laissée aux médias de développer certaines réponses de manière plus qualitative. Voici la compilation des résultats:

Des chiffres

Sur les vingt questionnaires envoyés, nous en avons reçu huit en retour.

mediaSur les huit médias interrogés, 2 (25%) ont dit ne jamais demander ou recevoir d’exemplaires-presses de la part d’éditeurs. 6 (75%) en demandent ou en reçoivent.

Et pourquoi? Nous leur avons demandé, et voici leur réponse qualitative:

  1. Nous faisons des articles de critiques et beaucoup d’éditeurs nous proposent des exemplaires de presses. Nous sélectionnons ceux que nous désirons traiter, en refusant de faire des articles de complaisance.
  2. Nous souhaitons avoir le moins de dépendances possibles aux éditeurs. Pour nous, ce fonctionnement est le gage de notre impartialité. L’autre problème auquel nous ne souhaitons pas nous exposer est l’obligation de rendu d’une review/critique/[choisissez votre terme] dans un délai court qui ne nous laisserait pas toujours le temps nécessaire pour prendre du recul. Sans compter la question de « que fais-je si le jeu ne me plaît pas ». Notre expérience nous a prouvé que même argumenté avec les éléments les plus solides, un avis négatif peut susciter des réactions virulentes de la part de l’éditeur alors, nous n’osons même pas imaginer comment ce serait si c’était l’éditeur qui nous avait envoyé le jeu. Pour autant, nous ne sommes pas totalement fermés sur la question qui s’est reposée récemment (avant ton article, qui a bizarrement fait écho à la question – les idées dans l’air du temps, sans doute) pour tout un tas de raisons qui te seront exposées par ceux qui demandent/reçoivent des jeux😉
  3. Nous sommes des bénévoles nous ne pouvons pas acheter toutes les sorties de jeux.
  4. Pour pouvoir y jouer, les chroniquer et les proposer ensuite dans notre ludothèque.
  5. Il sort des milliers de jeux chaque année. Acheter tout ce qui sort n’est pas possible. Si on nous donne une boîte, le jeu a 95% de chance de plus d’avoir un contenu, mais on ne s’engage pas à ce qu’il soit positif.
  6. Pour pouvoir rédiger une critique du jeu. Donc apporter une certaine visibilité au jeu. Donc un exemplaire-presse a du sens. Le lectorat apprécie, le jeu est chroniqué. C’est du win-win. Logique que les jeux soient offerts.

Nous avons ensuite voulu savoir combien de jeux ils avaient reçu en 2016. Voici le décompte:

exemplaires

Avec une majorité de plus de 51 jeux pour trois médias. Ça fait en tout cas un jeu par semaine. Et on peut s’y attendre, avec évidemment des pics « saisonniers » lors des gros jalons du calendrier ludique: Cannes, Essen, Gen Con…

Et qu’en est-il du traitement réservé aux jeux offerts?

Il y avait quatre réponses disponibles: oui, non, peut-être, et « nous ne recevons aucun exemplaire-presse ». Nous avons choisi de proposer la mention « peut-être », pour laisser un certain flou, une possibilité.

Les réponses quantitatives sont mitigées:

traitementSi aucun média n’avoue réserver un traitement différent aux jeux reçus, 25% affirment que l’éventualité existe.

Et qu’en est-il des réponses qualitatives?

  1. Les jeux que nous traitons hors revue de presse sont des jeux que l’on n’a pas demandé à l’éditeur au moment de leur sortie (pour divers raisons). nous n’avons aucune obligation à les traiter et, paradoxalement, ils sont souvent bien mieux traiter que les revues de presses classiques, car ce sont des coups de cœur et des jeux dont on se méfiait avant leur sortie (l’effet négatif du buzz à outrance).
  2. Pas de différence entre un exemplaire presse et un autre jeu.
  3. Non je ne fais pas de différence.
  4. Généralement, on fait remonter les exemplaires-presse en haut de la pile, pour qu’ils soient traités en priorité, on sait que l’éditeur nous a donné la boîte car il veut du contenu rapidement (qu’il soit positif ou négatif, pourvu qu’on en parle). Mais dans les faits, beaucoup mettent quand même des semaines ou des mois avant d’être traités.
  5. Aucune différence.

Nous voulions ensuite également connaître les relations que les médias entretiennent avec les éditeurs, selon les critiques publiées:

relation

50% reconnaissent entretenir de bonnes relations avec les éditeurs. Et 37,5% connaître des relations houleuses selon les critiques publiées.

Nous avons à nouveau permis aux médias de s’exprimer sur le sujet:

  1. Je suis surpris de voir de plus en plus d’éditeurs ou distributeurs qui veulent nous presser pour réaliser des articles, parfois ne nous laissent même pas une semaine entre la réception et l’article lui-même. Cette tendance relativement récente est assez irrespectueuse de notre mode de travail qui est entièrement basée sur le bénévolat. Quand il y a ce genre d’exigence, nous refusons et nous traitons le jeu avec nos propres moyens. Mais globalement, cela se passe plutôt bien pour le traitement des revues de presses et les acteurs du jeu acceptent généralement la critique argumentée. Il y a bien eu quelques râleurs, mais sur plus de 620 critiques et au moins autant d’article, nous n’avons eu que très peu de soucis (2 ou 3 mécontents à tout casser).
  2. Concernant la dernière question, au global j’aurais dû répondre « Excellentes » car la réponse « Mitigées » est un peu forte. Dans les faits, les choses finissent toujours bien, mais il nous est arrivé 2-3 fois d’avoir des réactions virulentes de la part d’éditeurs suite à des critiques formulées sur leurs jeux. Ça reste très marginal cela dit. Je pense que la plupart des éditeurs, s’ils font une revue de presse, n’écoute pas de podcast. On se rend bien compte que la plupart du temps ils ont été orientés chez nous par une tierce personne et qu’ils ne nous écoutent pas régulièrement, ce qui est un tord, évidemment :p
  3. Je pense qu’il y aurait matière à réaliser un article intéressant sur le « poste » de rédacteur ludique. Surtout par rapport aux autres métiers de l’écriture ou journalistique et nous autres qui ne sommes pas du métier, mais sommes malgré expérimenté dans le sujet, bien plus que les journalistes qui écrivent un peu n’importe quoi sur le sujet. C’est un milieu encore très « amateur » qui tend à se professionnaliser sur certains points mais pas forcément celui-là.
  4. La majorité des éditeurs acceptent plutôt bien le jeu de la critique, du moins publiquement ! Les réactions les plus violentes nous sont venues d’auteurs.
  5. Certains éditeurs se sont fâchés suite à des critiques négatives. Mais fâchés. A tel point de ne plus vouloir nous parler et de nous éviter sur les salons. Une attitude très pro…

Et alors?

Il est intéressant de relever que tous les médias qui ont participé au sondage confirment conserver leur indépendance et ne pas traiter les jeux reçus (parfois plus de 51 par année) avec un ton différent. Nous pouvons interpréter cette raison de trois manières différentes:

soit c’est véritablement le cas, et ils parviennent à conserver leur indépendance et honnêteté,

soit ils ne se rendent pas forcément compte d’un biais de traitement. D’où la mention « peut-être » à cette question, retenue quand même par 2 médias sur 8.

soit, enfin, ils préfèrent ne pas (se) l’avouer.

Alors évidemment, le panel de 8 réponses est extrêmement mince. On pourrait remettre cette étude en question. Pour l’améliorer, on devrait certes augmenter le nombre de données.

Encore faudrait-il surmonter deux difficultés:

  1. L’offre en matière de médias francophones ludiques (sites, blogs, podcasts, vidéos) n’est pas pléthorique. S’il y a énormément de blogs de passionnés, peu avancent une démarche pro ou semi-pro.
  2. 12 médias sur les 20 contactés ont choisi de ne pas participer au sondage. Par manque de temps. Par manque d’intérêt. Ou parce que le sujet est sensible et qu’ils préfèrent ne pas communiquer sur la question.

Pour obtenir un échantillon plus pertinent, il faudrait pouvoir ouvrir la recherche aux médias anglophones et germanophones, deux autres communautés linguistiques extrêmement actives dans le hobby.

N’empêche, le bilan est plutôt positif. En reliant les deux articles, on constate que les éditeurs acceptent plutôt volontiers d’envoyer des exemplaires-presses aux médias plus ou moins importants en terme de lectorat. Ils admettent pouvoir encaisser les critiques négatives, pour autant qu’elles soient cohérentes et pertinentes. Les médias, eux, avancent conserver leur autonomie et objectivité malgré les service-presses.

Que de bonnes nouvelles pour le lecteur, le dernier maillon de la chaîne, celui qui décidera de procéder à l’achat, ou pas. Les éditeurs assurent une visibilité à leurs jeux, cruciale en 2016-2017 avec un marché des plus abondant.

Et maintenant?

Pour les médias, il y a plusieurs pistes à explorer pour traiter des jeux reçus par les éditeurs-distributeurs:

Ne demander aux service-presses que les jeux qui vous intéressent. Pour être sûrs de n’écrire que des critiques plutôt positives. Et ainsi ne pas perdre de temps ou de risquer de fâcher l’éditeur. Win-Win.

Ne jamais, jamais demander de jeux. Et rester ainsi indépendants. Point. Barre.

Conserver sa plume critique, parfois acerbe mais « juste » (encore faudrait-il s’attarder sur ce terme…). Et risquer de fâcher les éditeurs-distributeurs. Tout en se préparant à en assumer les conséquences potentielles: se faire des « ennemis » dans le milieu, et devoir désormais dégager un certain budget pour acheter ses prochains jeux…

Ménager la chèvre et le choux. Grâce notamment aux maths. Sur une échelle prédéfinie, 6, 10 ou 20, ou des couleurs, ne jamais donner d’évaluation tranchée, calamiteuse. Rester dans un flou positif. Profiter de toujours nager entre deux eaux. En soumettant à chaque critique une note plutôt positive. Autrement dit, tendre au minimum à la médiane supérieure. Sur 10, un minimum de 7.5 par exemple. Ou sur 6 couleurs, la 5e la meilleure. Cela laissera une certaine latitude critique et objective, tout en ne fâchant par l’éditeur-distributeur. Celui-ci sera satisfait d’avoir son jeu plutôt bien évalué. Win-Win.

La pluralité. Proposer plusieurs critiques en même temps du même titre, critiques rédigées par plusieurs personnes. Avec ainsi la possibilité de s’entendre en amont. L’un des rédacteurs proposera une critique virulente, pertinente, et les autres de nuancer le premier propos. Un compromis, somme toute. Pour l’éditeur-distributeur, c’est un peu l’écran de fumée. Son jeu est vertement critiqué, mais pas vraiment non plus puisqu’on y appose un autre point de vue. Et le média y gagne, en conservant en même temps ses relations, ses freebies, le cas échéant ses rentrées publicitaires et son lectorat fidèle qui trouvera le média honnête, intelligent.

Servir le jeu des éditeurs-distributeurs et pousser leurs titres. Ces jeux seront alors tous présentés comme excellents. Essentiels. Le média agissant de la sorte deviendra alors leur meilleur ami! Son lectorat aura bien saisi le manque flagrant d’objectivité, mais sera disposé à faire l’impasse pour continuer à bénéficier d’une vitrine commerciale essentielle.

Journaquoi?

Il aurait peut-être fallu commencer par-là. Nous avons décidé de clore le débat ainsi.

Quels sont les buts, les tenants et les aboutissants du métier de journaliste? Et peut-on comparer un journaliste professionnel, formé, avec une ribambelle de passionnés, très souvent bénévoles, devenus influenceurs avec le temps grâce à leur communauté foisonnante?

Mais au fond, est-ce que la question essentielle n’est pas la suivante: doit-on véritablement chercher l’objectivité là elle n’a pas lieu d’être?

Quand on consomme un titre de média dit traditionnel (TV, presse, radio) et géré par une équipe de professionnels, on est en droit d’attendre un traitement objectif. Encore que, me direz-vous, l’objectivité parfaite n’existe peut-être pas. Comparez plusieurs quotidiens qui traitent du même sujet et vous pourrez apprécier leurs différences, leur orientation politique. Orientation qu’ils ne cachent d’ailleurs pas: conservatrice, progressiste ou extrémiste. Un exercice d’analyse intéressant souvent pratiqué dans les formations de journalistes.

Le terme de « journaliste » vient bien sûr de « journal ». Un print qui est peu à peu en train de disparaître au 21 siècle, devenu moins lucratif. Le numérique et les réseaux sociaux, plus réactifs, plus massifs, plus viraux, sont en train de chambouler toute la profession. « Journaliste », qui traite du jour. Un journaliste devrait traiter l’information, la faire passer à travers un certain filtre de curation, d’agrégation, d’analyse. Et pas juste un relais. Pour ça, il y a les agences de presse.

Un journaliste est un professionnel formé. A la rédaction. A la recherche, au traitement et à l’analyse de l’information.

A ma connaissance, aucun média ludique contemporain ne compte à l’heure actuelle de véritables journalistes avec une véritable formation, un véritable diplôme et une véritable carte de presse. TricTrac, Boardgamegeek, Ludigaume, Ludovox, Plato, Cliquenabend, Vin d’Jeux, Yahndrev, JedisJeux, Gus&Co, tous fourmillent de rédacteurs aux professions diverses. Tous se sont improvisés médias et le sont devenus à la sueur du clic.

Années après années ils se sont familiarisés avec des outils journalistiques. Ils ont affiné leur style, développé des compétences et agrandi leur communauté. Alors oui, ils (nous) sont devenus des médias au sens propre, média, au milieu, entre. Entre le produit, qui peut être un objet, un service, un événement, une information, et les lecteurs.

Les lecteurs, justement. Car la vocation première et noble d’un média est de créer du lien social. De mettre en lien une communauté. Les lecteurs vont consommer l’information parce qu’elle est issue d’un média qu’ils partagent, avec lequel ils ressentent une certaine forme d’appartenance. C’est ce qui explique le (tout relatif) succès des médias (TV, presse, radio) régionaux. On se sent appartenir à la même communauté ancrée sur un territoire partagé.

Dans notre dispositif, le territoire partagé, ce sont les jeux de société. Et la communauté, les joueurs. Les journalistes font plus que rédiger des articles, ils participent à la vie d’une communauté, la co-construise. Encore faut-il nuancer notre propos et peut-être remettre l’église au milieu du village. Aujourd’hui, avoir un blog, un podcast, un site, une chaîne YouTube, un compte Instagram ne fait pas de vous un véritable journaliste. Ça serait un peu comme dire qu’un coiffeur est aussi neurochirurgien. Parce que tous deux triturent la tête…

Est-ce à dire qu’il faudrait plus de vrais journalistes dans le milieu, formés à la déontologie, à l’objectivité, pour éviter toute forme d’instrumentalisation par les éditeurs? Ou pire, que tous les médias ludiques précités n’ont aucune valeur?

Ni l’un.

Ni l’autre.

Un blogueur ou une podcasteuse, passionnée de jeux de société et qui passe plusieurs heures par jour, par semaine, par mois pour alimenter son fil d’actu apportera son propre point de vue unique, personnel, subjectif.

Demander aux médias dans cette enquête s’ils parviennent à rester objectifs malgré les exemplaires-presses devient alors… insolite. A la limite de l’incohérence. Oui, on peut s’astreindre à l’objectivité. Mais tous ces organes médiatiques jaillissent de la passion, de l’intérêt, de la curiosité personnels. Il n’y a aucun critique professionnel et formé en tant quel dans le milieu ludique.

Et tant mieux.

C’est justement ce qui rend le hobby beau et passionnant. Avec sa touche amateur. Autodidacte. Touche-à-tout. Passionné.

C’est au lecteur que reviendra alors la lourde tache de trier le bon grain de l’ivraie. De découvrir les influences. Pour enfin se laisser tenter par un jeu après sa découverte via un média. Ou pas.

Au final, même une critique professionnelle et journalistique sera empreinte d’une certaine forme de subjectivité. Tout en rappelant que le jeu de société, comme tout objet de consommation culturelle, littérature, cinéma, s’adresse à nos sentiments, à nos émotions, à nos passions. Reste à déterminer alors dans une critique la part d’influence de l’exemplaire offert par l’éditeur. De l’ambiance de la partie, partagée avec d’autres. Et des goûts personnels de son rédacteur. Car au final, on finira toujours pas dire: j’aime, j’aime pas.

Si aujourd’hui les médias ludiques ne veulent pas être instrumentalisés par les éditeurs et les freebies, le temps est peut-être enfin venu pour eux d’embrasser leur statut. Jamais objectifs. Sans compromis. Celui de vitrine du jeu de société qui tissent du lien social. Un média passionné. Passionnant.

Et vous, lecteurs, trouvez-vous que les médias devraient éviter de recevoir des jeux gratuits pour conserver une part d’objectivité?

Mais au fond, combien de jeux est-ce que les éditeurs doivent offrir aux médias?

img_4353

Dans le monde du livre, à chaque rentrée littéraire, les éditeurs doivent offrir entre 800 et 1’000 copies d’un nouveau livre à la presse. Comprenez par-là, la presse élargie. Médias traditionnels, mais également nouveaux, tels que les blogs, et bien sûr les BookTubers. Autant d’exemplaires-presses, pour espérer une critique, une visibilité. Un certain budget à provisionner pour les éditeurs.

Avec plus de 3’000 jeux de société qui sortent chaque année, comment faire pour que les éditeurs obtiennent une certaine visibilité? Est-ce que l’envoi gratuit d’exemplaires à la presse représente un passage obligé? Avec un espoir de retour sur investissement? Quelle est leur politique? Combien de jeux est-ce que les éditeurs de jeux de société envoient? A qui? Et qu’espèrent-ils? Y a-t-il une tyrannie de l’influenceur?

Nous avons voulu en savoir plus et avons interviewé quatre éditeurs. Quatre structures différentes. De la structure la plus modeste, Helvétia Games, à la structure la plus importante, Space Cowboys, écurie Asmodée, en passant par IELLO et Morning, deux éditeurs et distributeurs qui pèsent lourd sur le marché du jeu de société.

Voici leurs réponses.

logo-vertic-for-white-background

 

Bonjour Morning. Et bonjour Lila, chargée de communication auprès de Morning, éditeurs et distributeurs toulousains. Merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Racontez-nous comment ça se passe pour vous avec les copies que vous envoyez gratuitement à la presse (journaux, podcasts, blogs, sites internet). Combien de copies-presses envoyez-vous par jeu?

En tant que distributeur, lors de notre commande auprès d’un fournisseur, il est rare que des copies presse soient prévues. C’est donc au distributeur de prévoir la marge d’exemplaires achetés au prix fort et destinés au retail, c’est-à-dire à la vente, qu’il souhaite envoyer aux reviewers. Dans ce cas de figure, nous limitons généralement les copies à une quarantaine d’exemplaires : ce chiffre peut bien sûr varier en fonction de la demande, du prix du jeu, du nombre de pays dans lesquels nous le distribuons. Il est donc très difficile de te donner un chiffre précis.

En tant qu’éditeur, nous avons davantage de marge de manœuvre puisque nous pouvons prévoir une certaine quantité d’exemplaires presse dès le lancement de la production. On en distribue généralement davantage lorsqu’il s’agit de notre propre jeu, et s’ajoute à cela les dotations de concours, les exemplaires gratuits pour les auteurs, illustrateurs, traducteurs…, qui doivent aussi être pris en compte, faisant souvent monter le total à plus d’une centaine d’exemplaires.

A qui en envoyez-vous? Comment dressez-vous une liste?

La plupart du temps, nous communiquons en amont auprès des reviewers sur les salons ou au moyen d’une newsletter sur nos sorties à venir, et les intéressés se manifestent donc dès le début. Pour les « gros » médias, une copie est automatiquement mise de côté et envoyée à la réception des jeux. Pour les reviewers ayant une communauté plus modeste ou que nous ne connaissons pas, nous avons un formulaire de demande presse qui existe : celui-ci nous permet d’en savoir davantage sur le média en question, sur le format de ses reviews, le nombre d’abonnés ou de lecteurs, etc. Une fois que nous avons toutes ces informations, il est beaucoup plus facile pour nous de sélectionner les reviewers qui recevront le jeu.

Quel budget est-ce que cela représente pour vous?

Encore une fois, cela diffère selon les jeux. De manière générale, je dirais que pour un jeu édité, faire parvenir un exemplaire presse à un reviewer nous coûte le prix de production plus les coûts d’envoi, sans oublier le temps passé à bichonner nos reviewers (rires)…

La question principale: quand vous envoyez une copie-presse, quelles sont vos attentes?

Comme tout le monde je pense, nous cherchons avant tout de la promotion ! Envoyer ces copies presse a un coût pour tout éditeur, et nous attendons naturellement une contrepartie, c’est-à-dire que le reviewer qui la reçoive fasse connaître le jeu à ses lecteurs / abonnés. C’est pour nous notre principale attente, offrir un jeu en échange d’une review. Bien sûr, c’est toujours plus agréable lorsque la personne a apprécié le jeu et que la critique est positive, mais ça ne peut pas être une attente à proprement parler : à partir du moment où l’on décide d’envoyer un jeu à un reviewer, on s’expose nécessairement au risque que celui-ci ne l’apprécie pas, c’est un pari à faire. Tant que le jeu ne reste pas dans son emballage sur une étagère, c’est le plus important.

Vous est-il déjà arrivé de refuser d’offrir une copie-presse? Pourquoi?

Je te mets au défi de trouver un éditeur qui répondra non à cette question ! Bien sûr, c’est arrivé à tout responsable presse je pense, particulièrement sur les salons lors desquels on découvre chaque année une bonne dizaine de personnes tentant de se faire passer pour des blogueurs, qui nous présentent souvent des cartes de visite à l’origine douteuse et des sites très peu alimentés. C’est dommage car ça pousse les éditeurs à être davantage vigilants, et pas très honnête vis-à-vis des reviewers qui font réellement leur travail…

Pour la première fois cette année à Essen, il m’est également arrivé de devoir refuser pour des raisons de stock : pour Scythe, j’ai reçu plus de 200 demandes de copies presse, et malheureusement nous n’avions pas assez de copies presse pour satisfaire tout le monde. Une bagarre a presque éclatée sur notre stand le dernier jour entre une douzaine de reviewers étant venu récupérer les quelques exemplaires de démo restants…

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir déçus à la suite d’un envoi? Pourquoi?

Très rarement, mais cela arrive. La plupart du temps, les reviewers sont de bonne foi et publient réellement une critique du jeu, qu’elle soit bonne ou mauvaise, ils remplissent leur part du « contrat ». Il m’est toutefois arrivé d’envoyer un exemplaire de jeu et de ne jamais obtenir de réponse de la part du reviewer par la suite, qui voulait sûrement un cadeau de Noël à moindre frais… Que ceux à qui cela donnerait des idées se rassurent tout de suite d’ailleurs, on a prévu un super concours de Noël, pas besoin de passer par le service presse cette année (rires).

Merci Lila pour toutes vos réponses. On se réjouit déjà pour le concours!

logo_helvetia_games_2

 

Bonjour Pierre-Yves, patron des éditions Helvétia Games,

Bonjour Gus, en forme je vois !

Oui, toujours. C’est le tofu Merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Racontez-nous comment ça se passe pour vous avec les copies que vous envoyez gratuitement à la presse (journaux, podcasts, blogs, sites internet). Combien de copies-presses envoyez-vous par jeu?

Je n’ai pas de volume clairement planifié. Et je n’ai que 4 jeux qui sont sortis, donc on cherche un peu la bonne manière de faire. En préambule, je dirais que beaucoup, mais vraiment beaucoup de monde aimerait recevoir gratuitement des boîtes. La majorité  demande des exemplaires de « presse », certains pour leur club. Il est certes important de donner une visibilité à nos sorties. Mais il faut aussi garder à l’esprit que l’on fait des jeux pour que le public les achète, histoire de pouvoir rembourser nos frais, et de payer les auteurs, les illustrateurs, et toute la bande qui a travaillé sur un jeu.

A qui en envoyez-vous? Comment dressez-vous une liste?

En premier lieu, aux journalistes, blogueurs ou gens de la presse « importants ». Je ne parle pas forcément de la taille du partenaire, mais plutôt du rapport de confiance qui s’est établi entre nous. Ensuite, si nous voyons des opportunités de placer nos produits dans des secteurs où nous n’avions pas accès, comme la grande distribution par exemple, nous faisons de notre mieux pour fournir des jeux. Enfin, il y a les pays où nos jeux ne sont pas distribués, plus précisément la presse de ces pays. Dans ce cas-là, c’est toujours un lancer à l’aveugle, on ne sait jamais si cela débouchera sur quelque chose de concret.  Tout le monde vous fait croire que d’être présent dans la presse déclenche plein de contrat de distribution… ce que je n’ai pas vraiment constaté. Donc je suis un peu plus frileux dans ces cas-là.

Quel budget est-ce que cela représente pour vous, Helvétia Games, éditeur suisse (et Valaisan)?

Cela représente environ 10% de la production d’un jeu. On sous-estime le prix du transport pour un Suisse qui envoie à l’étranger (rires)

La question principale: quand vous envoyez une copie-presse, quelles sont vos attentes?

J’attends plusieurs choses assez simples: Déjà que le jeu soit jugé objectivement. Qu’on voie que la personne qui écrit l’article a joué. J’espère aussi qu’il m’appelle pour qu’on en parle. Ensuite que le jeu soit mis en avant. Enfin, j’attends que la personne qui a reçu le jeu me fasse un petit compte-rendu de ce qu’il a fait concernant mon jeu: a-t-il joué une ou plusieurs parties? A-t-il fait jouer ses amis? Où en a-t-il parlé? Etc.

Vous est-il déjà arrivé de refuser d’offrir une copie-presse? Pourquoi?

Oui, soit parce que la personne qui le demande est active dans une région où je ne suis pas distribué, soit parce que j’ai un doute sur la pertinence du média en question. Et enfin, je suis limité par le budget, ce qui m’oblige à restreindre le nombre de copie-presse que j’offre.

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir déçus à la suite d’un envoi? Pourquoi?

Non, je ne crois pas.

Merci Pierre-Yves. Et bonne suite avec votre tout nouveau jeu Sabbat Magica!

LOGOIELLO

Bonjour Matthieu, chargé de communication chez IELLO. Racontez-nous comment ça se passe pour vous, éditeurs, avec les copies que vous envoyez gratuitement à la presse (journaux, podcasts, blogs, sites internet).

On n’envoie quasiment aucun service presse automatiquement : quand un journaliste ou un blogueur nous contacte, on l’invite à s’inscrire sur notre liste de diffusion presse pour recevoir les communiqué sur nos nouvelles sorties. Par la suite, si une nouveauté leur semble intéressante pour leurs lecteurs, ils peuvent en faire la demande. Après, on ne peut pas toujours se le permettre, mais si ça nous semble pertinent, on le fait avec plaisir.

Et combien de copies-presses envoyez-vous par jeu?

C’est très variable, en fonction des demandes, du potentiel du jeu, de son prix, etc. Je dirai entre 0, pour les petits tirages d’extensions ou de réédition, par exemple, et 20, pour les jeux les plus prometteurs, à la sortie. Et peut-être autant dans les mois qui suivent, pour la presse moins spécialisée.

A qui en envoyez-vous? Comment dressez-vous une liste?

On ne pratique généralement pas d’envois systématiques, à part aux 3 ou 4 sites et magazines les plus influents. C’est donc en fonction des demandes. On préfère une critique écrite par un petit site motivé que par un « gros » qui n’en a pas forcément envie…

Quel budget est-ce que cela représente pour vous?

Le coût des jeux n’est pas vraiment significatif, mais celui de l’envoi un peu plus. C’est notamment pour ça qu’on privilégie les envois groupés et les rencontres sur les festivals.

La question principale: quand vous envoyez une copie-presse, quelles sont vos attentes?

On attend 2 choses en particulier :

Une critique juste et argumentée. Peu importe si la personne n’a pas apprécié, si elle trouve des défauts au jeu, tant qu’elle lui fait un procès juste et qu’elle ne le juge pas qu’en fonction de ses goûts personnels. En tant qu’éditeur, on sait que nos jeux ne peuvent pas plaire à tout le monde, on a une bonne idée du public auquel ils sont destinés et du type de joueurs qui accrochera moins, et on connait globalement les qualités et les défauts de nos titres. Quand un critique explique clairement pourquoi un jeu n’est pas pour lui, ça ne nous pose pas de souci. Au contraire, ça évite les acheteurs déçus. Mais il faut aussi qu’il explique pour qui le jeu est destiné, et s’il pense que c’est un bon jeu, ou pas, pour ce public-là. Il m’est arrivé de trouver excellentes des critiques au final pas très positives de nos jeux : mais du moment que les critiques font de bonnes analyses, c’est à nous de faire de bons jeux… (rires)

Un minimum de visibilité. La meilleure critique du monde ne vaut rien si elle n’est lue par personne. Bien entendu, on peut la partager sur nos réseaux sociaux, la faire connaître aux joueurs qui s’intéressent à nous, mais l’intérêt d’une critique, c’est aussi de faire connaître nos jeux à des gens qui justement ne nous suivent pas sur Facebook. J’apporte par exemple une attention particulière aux demandes issues de la presse généraliste ou spécialisée dans les jeux vidéo, par exemple…
Aujourd’hui on a tellement de demandes d’exemplaires presse qu’on peut être un peu sélectif et se concentrer sur les sites et les chaînes vidéos qui attirent le plus d’audience. Ça ne nous empêche pas de soutenir des nouveaux qui se lancent, ou des plus petits qui font un travail qu’on apprécie particulièrement, mais on ne peut pas non plus se permettre d’envoyer des centaines de jeux, pour au final peu de retombées…

Vous est-il déjà arrivé de refuser d’offrir une copie-presse? Pourquoi?

Oui, ça nous arrive souvent, la plupart du temps parce qu’on estime que les retombées pour le jeu n’en valent pas le coût : média trop confidentiel, public inadapté, jeu déjà bien connu, plus d’exemplaires dispo pour la presse, etc. Mais je précise toujours que ça ne signifie pas qu’on n’enverra jamais de jeux à ce critique. On étudie vraiment les demandes au cas par cas…

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir déçus à la suite d’un envoi? Pourquoi?

Ça m’arrive régulièrement d’être un peu déçu du traitement réservé au jeu en question, quand un magazine réserve juste un tout petit encart alors que je m’attendais à un article plus conséquent, quand une critique est publiée très longtemps après la sortie du jeu, ou, et c’est le pire pour moi, quand j’ai l’impression que le critique n’a pas compris un choix ergonomique ou est passé à côté de l’intérêt d’un point de règle. C’est plus rare que je regrette vraiment l’envoi, mais je me souviens notamment d’une critique pas vraiment argumentée dont le conseil final était d’acheter le jeu pour l’offrir… à son pire ennemi ! Dans ces cas-là, on se dit qu’on aurait mieux fait d’économiser les frais de port…

Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions Matthieu!

space-cow-boy

Bonjour les Space Cowboys. Et merci Vincent et François, chargés de communication auprès des Spaces. C’est vous qui vous y collez. Racontez-nous comment ça se passe comme éditeur avec les copies que vous envoyez gratuitement à la presse (journaux, podcasts, blogs, sites internet).

D’accord. Alors on prend un jeu, on le met dans un carton, et on scotche… Là, le truc : TOUJOURS scotcher D’ABORD les côtés opposés à la rainure du carton. Puis…comment ça, c’est pas le sujet ?

Super clair. Super pratique. Merci. Combien de copies-presses envoyez-vous par jeu?

Lors de la sortie, entre 15 et 20. Par la suite, on nous demande régulièrement des copies-presse et le compte peut donc rapidement monter.

A qui en envoyez-vous? Comment dressez-vous une liste?

En fait, nous avons une liste d’Usual Suspects à qui nous envoyons nos jeux quasi systématiquement. Mais nous vérifions qu’une critique est bien publiée pour le jeu que nous avons envoyé ! Et si rien ne vient… nous affinons la liste.

Quel budget est-ce que cela représente pour vous?

Le prix de jeu plus le prix des envois. C’est simple, la vie. Sérieusement, ce n’est pas énorme. Les éditeurs de livres doivent avoir dix fois plus de budget pour ça. Disons que par rapport au budget général des animations, du budget reptile de Croc ou des manucures de Julien, ce n’est pas grand-chose .

La question principale: quand vous envoyez une copie-presse, quelles sont vos attentes?

Juste qu’il y ait une critique, la plus objective et la mieux écrite possible. Si ça va vite, c’est mieux.

Vous est-il déjà arrivé de refuser d’offrir une copie-presse? Pourquoi?

Oui, pour les raisons citées ci-dessus. Si nous ne connaissons pas la personne, l’organe de presse ou le site qui fait la demande, nous l’ « essayons » avec un jeu. Si ça se passe bien, nous répondons positivement par la suite.

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir déçus à la suite d’un envoi? Pourquoi?

Ah, on te voit venir… Les « mauvaises » critiques ne font pas plaisir, les « bonnes », oui. Nous sommes (presque tous) humains, c’est normal. Pour autant, les avis négatifs donnent du crédit aux avis positifs et chacun est libre de penser et d’écrire ce qu’il veut. En fait, ce qui compte, c’est que le jeu ait la possibilité d’être connu du plus grand nombre.

Toute critique, qu’elle soit négative ou positive, contribue à la notoriété d’un titre. De plus, une critique défavorable mais bien étayée et argumentée est préférable à une critique dithyrambique qui ne va pas plus loin que « c’est super, jouez-y ! ». Mais quand même, nos jeux sont supers, jouez-y (rires).

Non, la vraie déception, c’est quand on envoie un jeu à quelqu’un, suite à une demande…et qu’il n’y a aucun retour. Ni « Bien reçu, merci », ni article, ni critique… Mais en général, c’est l’exception et ça se passe plutôt bien.

Voilà, comme ça c’est clair. Merci Vincent, merci François. Je vous laisse à la manucure de vos reptiles.

Conclusion

Pour résumer les réponses des éditeurs, tous envoient volontiers des exemplaires-presses. Mais tous attendent un traitement correct de leurs jeux. Ils disent accepter les retours et critiques négatives. Pour autant qu’elles soient cohérentes et construites. Côté chiffres, cela varie évidemment en fonction de la sortie (plus ou moins attendue, intéressée) et de l’éditeur. Si un grand éditeur aura une plus grande marge comptable pour éponger les coûts, offre & envoi, cela peut devenir compliqué pour une plus modeste structure. Et tous les éditeurs jugent normal de traiter avec les médias. Cela leur permet en effet d’espérer un retour sur investissement, en visibilité et publicité.

Alors oui, nous sommes loin du marché du livre, avec les chiffres faramineux présentés en ouverture d’article. Non, les éditeurs de jeux n’offrent pas entre 800 et 1’000 jeux aux médias. Il faut dire que d’habitude, les éditeurs font produire entre 4’000 et 5’000 exemplaires pour leur toute première sortie afin d’éviter de trop gros risques financiers. Et si le jeu se vend bien, un retirage est aussitôt lancé, doublé, souvent de 10’000 unités. Donc 800 à 1’000 exemplaires-presses sur… 4’000, cela paraît exagéré! Mais y a-t-il vraiment 800 à 1’000 médias, presse, blogs, sites, podcasts, vidéos, qui traitent du jeu de société? L’engouement pour les jeux de société n’est pas (encore?) similaire à celui d’autres produits de consommation culturels, littérature ou cinéma.

Puisque nous nous sommes maintenant intéressés à la partie « éditeurs », dans un prochain article nous nous pencherons sur les médias pour leur demander quelle est leur pratique. Combien de jeux ils demandent, et s’ils traitent ces jeux de manière différente. A venir tout prochainement.

 

Lançons le débat. 

Et vous, qu’en pensez-vous? Est-ce que vous trouvez normal, correct, inacceptable, que les éditeurs envoient leurs jeux aux médias (presse, blogs, YouTubers?). Ceux-ci devraient-il acheter leur propre copie?

Going Cardboard, un film sur les jeux de société

Décidément, le jeu de société est en pleine effervescence, les médias se sont saisis du sujet.

Après les journaux (à lire, un article dans la Tribune de Genève)

Après la radio (une émission de la Radio Suisse Romande avec Bruno Cathala en invité sortie jeudi 22 mars 2012)

et TableTop, une websérie qui commence le 1er avril et qui présentera des jeux en présence d’acteurs,

Voici Going Cardboard, un documentaire américain sur les jeux de société.

Des tonnes d’auteurs de jeux ont été interviewés pour présenter leur travail: Reiner Knizia, Friedemann Friese, Klaus Teuber, etc (mais pas d’auteurs francophones…).

Le documentaire présente le processus d’édition et la fabrication d’un jeu, mais également « l’univers du jeu ».

Démarche cohérente, et ludique, le DVD vient accompagné de Shoot Out, un petit jeu à 2 de Reiner Knizia qui fait largement penser à En Garde.

Nous n’avons pas encore vu le documentaire, mais ça ne saurait attendre.

L’extrait

Une interview de Lorien Green, la réalisatrice, dans Wired

Lorien Green, invitée dans l’excellentissime podcast The Dice Tower #248

Le lien officiel du film