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Netflix mise sur Ravenloft : Dracula plutôt que Tolkien

🦇 Netflix développe une série Ravenloft sur les origines de Strahd. Un pari gothique pour D&D, après l’arrêt de Forgotten Realms. Notre analyse du projet.


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Dracula plutôt que Tolkien. Netflix entre dans la brume

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L’essentiel en 3 points

  • Netflix développe une série Ravenloft autour de la transformation de Strahd.
  • John August écrit et produit ; Alfonso Cuarón est producteur exécutif.
  • Forgotten Realms est abandonné chez Netflix.

Le meilleur atout télévisuel de D&D n’est peut-être pas son immense univers, mais un vampire incapable d’accepter qu’on lui dise non.

Netflix développe une série Ravenloft centrée sur les origines de Strahd. Une chouette porte d’entrée dans D&D, à condition de ne pas confondre monstre tragique et amoureux incompris.

Selon les informations publiées par Deadline le 3 septembre, Netflix développe une série en prises de vues réelles autour de Ravenloft. John August est annoncé à l’écriture et à la production exécutive, Alfonso Cuarón à la production exécutive. Le récit suivrait les origines de Strahd von Zarovich, sa quête de pouvoir et sa transformation en vampire.

De quoi aiguiser les crocs. Mais le mot important reste « développement » : les informations publiées ne font état ni d’une commande ferme, ni d’un casting, ni d’un calendrier de diffusion. Et Cuarón n’est pas annoncé à la réalisation.

Gardons une main sur le dé à vingt faces avant de crier au coup critique.

Les Royaumes oubliés ne manquent pas d’histoires

Netflix ne poursuit plus The Forgotten Realms, le projet préparé par Shawn Levy et Drew Crevello. Ce n’est pas l’abandon de cet univers par Hasbro : une série Baldur’s Gate reste en développement chez HBO.

La tentation serait d’en conclure que les Royaumes oubliés sont trop vastes pour la télévision. Ce serait aller vite. Leur difficulté tient plutôt au choix : quelle histoire raconter pour donner envie d’entrer dans ce monde (et de continuer à payer son abo) ?

En novembre 2025, Shawn Levy expliquait devoir adapter un univers, un vocabulaire et un esprit, tout en construisant une intrigue originale. Rien ne permet d’affirmer que cette difficulté explique l’arrêt du projet. Elle aide cependant à comprendre l’intérêt narratif de Ravenloft.

« On adapte les Royaumes oubliés. » Très bien. Mais avec qui ? Pour raconter quoi ?

Avec Strahd, une partie de la réponse est déjà sur l’affiche.

Un château vaut parfois mieux qu’une carte

Un conquérant jaloux conclut un pacte monstrueux, devient vampire et règne sur un pays dont il est aussi le prisonnier. Voilà, à grands traits, le moteur du personnage.

C’est ici que « Dracula plutôt que Tolkien » prend son sens. OK j’avoue, la formule force le trait : Ravenloft n’est pas Dracula, et les Royaumes oubliés ne sont pas Le Seigneur des Anneaux. Elle désigne surtout deux manières d’inviter le public : par l’ampleur d’un monde ou par la force d’une figure.

Un château, des brumes, une malédiction. Pas besoin de connaître les règles de D&D pour saisir la menace.

Strahd apparaît dans le module Ravenloft de 1983, signé Tracy et Laura Hickman. Le décor s’est ensuite élargi aux Domaines de l’Effroi, ces territoires gouvernés par des seigneurs maudits. Wizards of the Coast poursuit leur exploration en 2026 avec Ravenloft: The Horrors Within.

De quoi imaginer d’autres horizons après la Barovie. Mais c’est une possibilité offerte par l’univers, pas un programme de saisons annoncé par Netflix.

Comprendre Strahd n’est pas lui donner raison

Le projet est présenté comme une rencontre entre aventure, horreur gothique et « romance tragique ». Cette dernière expression mérite qu’on s’y arrête.

Raconter Strahd avant ses crocs peut donner une tragédie passionnante : comment un homme transforme-t-il ses frustrations en droit de dominer les autres ? Cela peut aussi devenir une machine à excuses, où chaque atrocité serait atténuée par un regard blessé et une musique triste.

Dans le jeu, son obsession pour Tatyana est liée à sa jalousie envers son frère et à son refus d’accepter les désirs d’autrui. Ce n’est pas simplement une histoire d’amour qui finit mal.

Comprendre sa chute ne doit pas revenir à l’absoudre.

La série gagnerait à donner une existence pleine à celles et ceux qu’il poursuit, manipule ou détruit. Tatyana, notamment, mérite mieux que le rôle de blessure fondatrice dans la biographie d’un grand homme devenu méchant.

Un personnage peut être fascinant, séduisant, même bouleversant, sans que le récit lui donne raison. Le vrai test ne sera pas la beauté du comte sous la lune. Ce sera la place accordée au refus de celles et ceux qu’il veut posséder. J’espère juste qu’ils ne vont pas en faire un personnage de dark romantasy YA (cheap).

Garder le gothique, pas les préjugés

Autre espoir : que Netflix laisse dans les Brumes les clichés discriminatoires visant les Roms et les gens du voyage. Le point sensible, ce sont les Vistani. Dans la version initiale de La Malédiction de Strahd, la représentation de ce peuple fictif reprenait des stéréotypes sur les Roms, mêlant itinérance, tromperie, alcool et malédictions.

Le problème n’est pas qu’un personnage vistani soit malhonnête ; c’est d’associer ces traits à l’identité d’un peuple.

Wizards of the Coast avait d’ailleurs reconnu ces stéréotypes dès 2020, annoncé des corrections à la campagne et le recours à une personne rom pour conseiller l’écriture de futurs ouvrages. L’adaptation n’arriverait donc pas sur un terrain vierge.

Nous espérons qu’elle prolongera cet effort si elle met les Vistani à l’écran. Pas en les effaçant, ni en les rendant irréprochables, mais en leur donnant des personnalités, des désaccords et des trajectoires propres, avec la participation de voix roms à l’écriture. Un peuple n’est pas un accessoire d’ambiance.

Gardons les vampires. Pas les préjugés.

Et nous, dans tout ça ?

Ce choix pose aussi une question de rôliste : que reste-t-il de D&D quand on place le monstre au centre ?

À la table, une bonne partie du plaisir vient du groupe : les alliances bancales, les décisions imprévues, le plan impeccable ruiné par une idée beaucoup trop enthousiaste. Une série consacrée à la chute d’un tyran promet autre chose.

Ce n’est pas un défaut. Adapter n’oblige pas à reproduire une partie. Mais un château reconnaissable et quelques streumons familiers ne suffiront pas, à eux seuls, à retrouver ce plaisir collectif.

Le déplacement est intéressant : là où les joueureuses cherchent une issue, Strahd construit sa propre prison.

Castle Ravenloft revient. Mais les crocs ont un prix

Sur plateau, les aventurières et les aventuriers reprennent du service. Le 2 septembre 2026, Renegade Game Studios a annoncé le retour de Dungeons & Dragons: Castle Ravenloft pour février 2027, en partenariat avec Wizards of the Coast et Hasbro. Ce jeu coopératif, sorti en 2010, était devenu difficile à trouver selon l’éditeur. Le communiqué précède donc d’un jour les révélations sur le projet Netflix.

Il ne s’agit pas d’une refonte annoncée du système : Renegade conserve le D&D Adventure System et modernise les illustrations, les logos et le graphisme. Pour 1 à 5 personnes, la boîte propose 13 aventures rejouables, avec des parties d’environ une heure.

Côté tarifs, l’édition standard est annoncée à 100 dollars américains avec 42 figurines non peintes. L’édition premium passe à 200 dollars avec les mêmes figurines prépeintes. Oui, ça pique.

Le supplément de 100 dollars ne donne donc pas accès à davantage d’aventures : il achète une finition et du temps de peinture économisé. Deux publics visés, un même jeu. La montée en gamme se fait ici sur l’objet, pas sur l’accès aux scénarios.

Ravenloft, une marque dans la marque

Pris isolément, ce retour pourrait passer pour une simple réédition nostalgique. Mais rapprochons-le de Ravenloft: The Horrors Within, le supplément de jeu de rôle publié en 2026, et de Horrified: Dungeons & Dragons Ravenloft, le jeu coopératif de Ravensburger qui oppose notamment les joueureuses à Strahd. Ajoutons le projet Netflix : le même décor se décline pour des publics et des pratiques différents.

Et l’idée d’une stratégie de gamme ne repose pas seulement sur cette juxtaposition. Wizards explique que sa Season of Horror articule le supplément, des produits sous licence et des événements en boutique. La première campagne de Dungeon Masters, sa série de parties filmées, se déroulait elle aussi dans Ravenloft, avec un lien explicitement revendiqué vers The Horrors Within.

Ce qui se dessine, à nos yeux, c’est Ravenloft comme marque dans la marque D&D. Un univers gothique identifiable, avec plusieurs portes d’entrée : le jeu de plateau pour une soirée, le jeu de rôle pour une campagne, et potentiellement la fiction télévisée. Hasbro et ses partenaires peuvent ainsi vendre autre chose que le grand ensemble « Dungeons & Dragons » : une promesse d’horreur précise, sans demander au public de connaître tout Faerûn.

Le comte n’a peut-être pas encore sa série. Il a déjà plusieurs rayons à hanter.

Un pari plus clair, pas une victoire acquise

Ravenloft paraît plus facile à présenter. Pas nécessairement moins cher à produire, ni plus simple à réussir. Une fantasy gothique peut engloutir beaucoup d’argent ; une origine de méchant pas très gentil peut aussi épuiser le mystère qui faisait sa force.

Le choix reste prometteur parce qu’il donne immédiatement une direction au récit. On ne nous demande plus seulement d’admirer un monde. On nous invite à regarder quelqu’un s’y perdre.

Encore faut-il que ce projet atteigne les écrans. L’arrêt de The Forgotten Realms suffit à rappeler qu’une annonce n’est pas une garantie.

Netflix semble avoir trouvé une porte d’entrée convaincante : un personnage, un château, une malédiction. Reste à ouvrir la porte sans transformer le monstre en victime de sa propre histoire.

Nous, les rôlistes, savons que c’est généralement là que les problèmes commencent.


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