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Jeux de plateau

On a rétréci les joueurs : Quand le jeu de société devient XXL

🕵️‍♂️ Des megagames à 300 joueurs aux Cluedo dans des châteaux, le jeu de société grandeur nature est la nouvelle tendance XXL !


Jeux XXL grandeur nature : Pourquoi le jeu de société a décidé de quitter la table

L’essentiel en 3 points :

  • Les adultes fuient les écrans pour des expériences physiques et tangibles.
  • Les jeux grandeur nature deviennent tendance. Du Monopoly Lifesized londonien facturé à prix d’or aux redoutables « Megagames » à 300 joueurs, sans oublier les fameux jeux en bois massifs.
  • Derrière le fun ludique, organiser ces événements grandeur nature est un véritable enfer administratif.

On a passé 20 ans à nous vendre des univers virtuels infinis dans des casques VR, mais aujourd’hui, notre plus grand kif, c’est de courir en transpirant sur un Monopoly en plastique de 15 mètres carrés.

Vous l’avez forcément vue, cette image. Des trentenaires, en costard ou en baskets fluo, penchés sur une carte gigantesque, en train de hurler pour négocier un traité de paix contre une invasion extraterrestre. Ou alors, c’est cette autre équipe qui retourne frénétiquement une pièce pour trouver le mobile d’un meurtre, avant de se faire lamentablement éliminer.

Le truc, c’est qu’on n’est plus du tout autour d’une table avec une bonne IPA (ou une tisane bio, on ne juge pas). On est dans le jeu. Littéralement. Le meeple, maintenant, c’est vous.

Ce délire porte un nom un peu fourre-tout, un peu valise : le jeu de société grandeur nature. The Economist s’est lui aussi intéressé à ce phénoméne ce mercredi 11 mars. L’idée est simplissime. Prendre tout ce qu’on aime sur nos plateaux en carton, le bluff, la coop’, les coups en traître, la gestion d’objectifs, et le balancer dans l’espace physique. Votre environnement devient l’interface. Votre corps devient le pion. Et oui, le phénomène est en train de tout rafler.

Mais pourquoi on s’inflige ça maintenant ?

Parce que le marché a muté. Et nous avec. Regardez nos festivals ludiques. Le FIJ de Cannes ou le FLIP de Parthenay (qui draine 200 000 visiteurs), ce sont des dizaines de milliers de mètres carrés et des foules immenses. On ne va plus juste là-bas pour empiler des boîtes sous cello dans un sac en tissu. On veut vivre un truc. Une vraie expérience.

Et soyons lucides : on sort d’une décennie où tout s’est digitalisé à l’extrême. On passe nos journées affalés devant des écrans. Paradoxalement, on crève d’envie de jouer ensemble. En vrai. C’est ce que les pros appellent le segment « kidulte« . Rien qu’en France, les adultes qui s’achètent des jeux pèsent 1,3 milliard d’euros. Presque un tiers des ventes totales ! On veut de nouveau courir, manipuler du matériel géant, se parler face à face et voir la panique dans les yeux de nos potes.

D’ailleurs, la science l’explique très bien. Déplacer un bloc d’un Jenga de deux mètres de haut, tiré par un tractopelle (oui, ça existe), ça libère bien plus de dopamine et d’ocytocine qu’un clic de souris. C’est viscéral. Pareil pour incarner PacMan. En vrai. En ville.

Concrètement, à quoi ça ressemble ?

Ça part un peu dans tous les sens. Mais on distingue quelques grandes écoles.

D’abord, le grand show à l’anglo-saxonne. Le fameux Monopoly Lifesized à Londres. Vous ne lancez pas mollement des dés avec tante Mathilde en espérant tomber sur la Rue de la Paix. Là, vous courez sur un plateau de 15×15 mètres, vous réussissez des défis physiques pour l’acheter, et vous finissez au bar thématique. C’est facturé au prix fort (genre 60 balles l’entrée minimum, quand même), mais c’est plein à craquer. Hasbro l’a bien compris et décline le concept partout. Et préparez-vous : Netflix et la chaîne CW bossent carrément sur des émissions télé façon Cluedo ou Scrabble géant. L’hallu totale.

Ensuite, vous avez les Mégajeux (ou Megagames). Là, on passe dans une autre dimension. Imaginez 300 personnes enfermées toute une journée dans un gymnase pour une simulation de crise politique façon Watch the Skies. Vous avez des infos incomplètes, des alliances de couloir, des trahisons honteuses et des arbitres épuisés qui courent partout. Un croisement complètement ouf entre un gros jeu de plateau et un GN. C’est épuisant. Et absolument passionnant.

Impossible de zapper les enquêtes géantes et Murder Parties. Dont nos Sherlock Live à Genève qui attirent plusieurs centaines de personnes (dont le prochain aura lieu sur trois dates. Et sur le… lac) Le bon vieux Cluedo, mais à l’échelle d’un musée, d’un château ou d’un centre-ville. Les boîtes adorent ça pour le team-building. Mais les villes s’en servent aussi pour valoriser leur patrimoine. Jouer pour redécouvrir l’histoire d’un lieu, avouez que c’est hyper malin.

Et enfin, l’exception culturelle bien de chez nous : le jeu en bois XXL. Pendant que les Américains font des versions géantes en plastique fluo, nous, on sort les Quarto, Katamino ou Puissance 4 massifs taillés dans le Jura. Posez ça dans un parc, une cour d’école ou un mariage, et les adultes s’agglutinent en cinq minutes chrono.

L’enfer du décor

Sauf que oui, il y a un « mais ». Organiser tout ça, c’est très vite un cauchemar absolu.

Sortir une boîte de Terraforming Mars, ça demande juste une (très) grande table. Faire courir 200 personnes dans une rue ou installer un Mégajeu ? C’est de la logistique militaire. Déclarations en préfecture, normes incendie (les fameux ERP), occupation du domaine public, assurances qui coûtent un bras, gestion des foules… Faire asseoir 4 joueurs est un loisir, fun. Gérer 200 personnes en sueur qui cherchent un indice, c’est un métier.

Bref. Les adultes ont décidé de devenir eux-mêmes les pions. Ce n’est pas juste une mode instagrammable. C’est notre nouvelle façon de sortir et de retrouver ce bon vieux monde physique. Le jeu de plateau n’est pas mort, il a juste décidé que nos tables étaient devenues beaucoup trop petites pour lui.


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One Comment

  • Christelle

    On retrouve aussi un peu de cette tendance dans les parcs d’attraction Universal. Dans les mondes Super Nintendo World (Osaka, Orlando, Los Angeles), on devient soi-même une manette grâce à un bracelet connecté pour activer des tas de mini-jeux dans le monde Mario plus vrai que nature. Ultra fun !

À vous de jouer ! Participez à la discussion

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