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Les Caprices du Roi : Monarque ludique ou tyran de l’ennui ?

👑 Les Caprices du Roi : satisfaire un roi capricieux en 6 tours ? Mission (quasi) impossible ! Notre avis sur ce jeu de draft politique signé Origames.


Les Caprices du Roi : un jeu politique qui fait tiquer

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.


Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :

L’essentiel en 3 points :

  • Draft politique et humour royal ne suffisent pas à masquer un gameplay chaotique et trop dépendant du hasard.
  • Illustrations réussies mais qualité des composants décevante pour un jeu au thème fastueux.
  • Parties rapides et quelques traits d’esprit, mais l’envie d’y revenir s’essouffle vite face aux frustrations répétées. Verdict mitigé (3/5).

On a tous connu ce joueur qui modifie les règles en pleine partie. Imaginez que ce joueur soit roi, et vous avez Les Caprices du Roi.

« Françaises, Français, j’ai décidé de dissoudre l’Assemblée nationale »… Le roi, sur un coup de tête soudain (un caprice, diraient certains ?), renvoie tous ses conseillers et vous charge désormais de vous dépatouiller avec ça pour lui proposer un gouvernement susceptible de lui convenir. C’est avec ce scénario de pure fiction (toute ressemblance avec une situation réelle du 9 juin 2024 est bien sûr fortuite) que débute ce jeu.

Et vous allez voir que tenter de satisfaire les petites lubies de votre souverain ne sera pas une mince affaire… En effet, pas moins de 8 partis… enfin, je veux dire castes, se disputent le pouvoir, avec des intérêts pas forcément convergents ! Dans ces conditions, trouver les bons compromis pour dégager une majorité (de points de victoire) va être une véritable gageure…

Les Caprices du Roi est un jeu mêlant draft et gestion de main, destiné à 2 à 5 joueurs à partir de 10 ans pour des parties de 30 minutes environ.

Caprice à deux (caprice des dieux ?)

Comme toujours, penchons-nous d’abord sur l’objet… La boîte (à camembert) fait dans le sobre et le royal. Origames nous a habitués à du travail soigné sur ses éditions, et Les Caprices du Roi ne déroge pas à cette règle. Une petite boîte format livre broché, facile à emporter, et joliment illustrée par Louis Gennart et Jocelyn Millet dans le style un peu cartoonesque qu’on leur connaît (Insurrection, Guilty).

Ce style graphique colle plutôt très bien à l’ambiance du jeu, qui se veut un peu loufoque et foutraque ! D’ailleurs, dès le visuel de couverture, le ton est donné, avec ce roi aux dimensions exagérées comme son ego (jupitérien), qui semble déplacer ses conseillers comme des marionnettes sur l’échiquier politique…

Il faut dire que l’histoire est pleine de ces souverains lunatiques et, pour tout avouer, psychologiquement instables, ce qui en fait une source d’inspiration bien facile. De George III en Angleterre à Pierre III de Russie, les exemples de dirigeants un peu mégalos et dingos ne manquent pas. À ce sujet, si le thème vous amuse, on ne peut que trop vous conseiller le film « La Folie du roi George » ou la folle série « The Great » (à déconseiller aux âmes sensibles et aux plus jeunes).

Dans la boîte, la sobriété se poursuit. 90 cartes, 5 jetons cartonnés et un carnet de score : on ne fait pas vraiment dans l’opulence et les dorures. Pas d’insert pour le rangement, une épaisseur de cartes un peu légère qui n’évoque ni la qualité ni la durabilité, bref le service minimum, on a l’impression. C’est dommage. Pour un jeu sur ce thème, on espérait davantage de faste, ou du moins l’illusion de celui-ci, ce qu’il ne parvient pas à créer (contrairement à Emblèmes, précédemment testé). Et même si le travail d’illustration est à la hauteur, il ne parvient pas véritablement à retranscrire une atmosphère de cour… Ce n’est bien sûr qu’un ressenti personnel, pourrez-vous dire, certes, mais on a le sentiment que l’on gagne en cocasse ce qu’on perd en noblesse, ce qui n’est pas incohérent vu le thème… Enfin bon, ce n’était pas forcément incompatible, et on n’est pas conquis au final. Pas vilain, mais pas transcendant non plus, ce capricieux roi.

Daddy… Je veux un poney

Mais Les Caprices du Roi, comment ça se joue ?

Eh bien, vous n’allez avoir que 6 tours (et pas un de plus) pour constituer votre meilleure main de 7 cartes par un système de draft ouvert de cartes « sujets » disponibles.

Chaque carte sujet a une valeur allant de 0 à 12, et la répartition suivant les castes est connue (par exemple, il existe 8 cartes « bourgeoise », trois de valeur 3, trois de valeur 4 et deux de valeur 5).

Vous ne pouvez avoir à aucun moment plus de 7 cartes en main, et la valeur de vos sujets s’additionnera en fin de partie pour contribuer à votre score brut.

Toutefois, certaines cartes pourront rejoindre votre assemblée sans encombrer votre main, mais comptent quand même pour le total final : il s’agit des paysannes et des artisanes, que vous pouvez « rallier » à votre cause. Elles sont face visible devant vous et ne peuvent pas être défaussées (contrairement aux cartes « recrutées » dans votre main).

Là où ça se complique, c’est que s’additionnent au scoring final les caprices du roi que vous serez parvenus à satisfaire. Les deux premiers sont toujours identiques d’une partie à l’autre, mais les suivants sont révélés aléatoirement au fur et à mesure de la partie, et mettent un beau boxon dans cette dernière !

Les bonus qu’ils peuvent apporter vont de +10 à +30, et ils sont cumulables, pour peu que vous parveniez à remplir leurs conditions. Ces caprices sont des « contraintes » imposées par le roi à votre assemblée (par exemple, n’avoir aucun ministre mais deux clercs au minimum, ou aucun noble, et j’en passe). Le hasard fera bien sûr que certains objectifs seront contradictoires, et il serait bien surprenant que vous parveniez à tous les remplir. Il va falloir faire des choix, mon bon monsieur / ma bonne dame !

Au début de la partie, 6 cartes sujets sont tirées depuis la pioche et posées face cachée, et 6 caprices également (mais les deux premiers sont toujours les mêmes et visibles, seuls les 4 suivants sont aléatoires et cachés).

À son tour, le premier joueur révèle la première carte de sujet, la place dans la zone de recrutement, et révèle un caprice face cachée (s’il en reste). Ensuite, chaque joueur à son tour doit accomplir deux actions successivement :

– Recruter un sujet (c’est-à-dire mettre dans sa main une carte de la zone de recrutement ou de la pioche) ou rallier un sujet (mettre une paysanne ou artisane devant soi depuis la zone de recrutement).

– Défausser un sujet : si vous avez mis une carte dans votre main, vous devez obligatoirement en reposer une dans la zone de recrutement en échange.

Pour pimenter le tout, chaque caste possède des pouvoirs particuliers, dont certains sont immédiats, d’autres ne se déclenchant qu’en fin de partie. Par exemple, défausser 2 bourgeoises permet de recruter deux cartes en même temps, ou 1 marchand peut faire office de joker de la valeur de votre choix dans une suite, etc.

Lorsque tout le monde s’est exécuté dans le sens des aiguilles d’une montre, le marqueur premier joueur passe à gauche, et on recommence, jusqu’à ce que les 6 tours soient passés (et les 6 sujets face cachée révélés). On compte alors les points à l’aide du petit calepin fourni, en additionnant la valeur totale des cartes récoltées et les bonus des objectifs remplis.

Trois petits tours et puis s’en vont…

Enfin, plutôt six.

D’abord, il faut dire que 6 tours, ça va vite. Très vite. C’est à la fois bien (on sait combien de temps va durer la partie) et pas bien (pas trop la possibilité de rattraper le coup et de se refaire si on se loupe). Et l’on va se retrouver parfois à devoir composer avec une main de départ qui sera assez déterminante, et n’aura rien, mais alors rien à voir avec les caprices que le roi dévoilera au fur et à mesure des manches… Et ça, c’est parfois assez rageant. Il en ressort par conséquent une impression de déroulement chaotique, teinté de coups de chance et d’opportunisme.

De plus, la multiplicité des paramètres à prendre en compte, avec des objectifs contradictoires, peut s’avérer très déconcertante, surtout lors des premières parties. Le fait que ces derniers soient communs n’arrange rien à l’affaire : on a le sentiment régulier de se marcher dessus, et à ce petit jeu, celui qui a de la chance au tirage est quand même assez avantagé.

Enfin, pour finir sur une note positive, on pourra se consoler avec l’idée qu’étant donné la rapidité des parties, on pourra se lancer dans une revanche aisément, en espérant être plus veinard cette fois-ci. Et la découverte des traits d’humour dans les petits textes des caprices apporte un peu de légèreté aux manches disputées… Pour peu qu’on ait envie d’y revenir.

Les Caprices du Roi, verdict

Alors, Les Caprices du Roi, c’est bien ?

Moui. Bof.

Sur le papier, Les Caprices du Roi avait tout pour plaire : un thème séduisant, une mécanique de draft et de gestion de main, de l’humour dans les parties, jouable dès 2 joueurs… Et pourtant, l’alchimie ne se fait pas. On aurait adoré pouvoir aimer ce jeu, et au final, c’est une semi-déception. Non pas qu’il soit mauvais, on ne passe pas un mauvais moment à y jouer, loin de là… Mais a-t-on envie de renouveler l’expérience ? Pas si sûr.

Une fois passé le vernis des apparences plutôt attirantes, on se retrouve donc avec un jeu plutôt moyen, fade et calculatoire, qui peine à convaincre. Cela peut sembler sévère et bien évidemment subjectif, mais en définitive, Les Caprices du Roi apparaît comme dispensable dans une ludothèque… Toutefois, on vous encourage à vous faire vous-même votre propre idée, car il n’y a pas de mauvais jeux, juste des jeux qui ne rencontrent pas leur public (enfin si, il y a des bouses qui ne méritent même pas l’appellation de jeu, mais on n’en parlera même pas)…

Pour finir, on ne vous en voudra pas de lui laisser sa chance, mais sans vouloir faire de… caprice, on préfère le défausser et passer notre tour sur ce coup-là.

On aime

  • L’humour dans la réalisation et le thème (label Chirac & Macron approved)
  • Le calibrage de la durée des parties (promis, on aura fini avant de manger belle-maman !)
  • La promesse d’un jeu de draft dès deux joueurs (les yeux dans les yeux avec du brie)

On n’aime pas

  • Un matériel de qualité moyenne (le plastique c’est pas fantastique, mais le carton mou, c’est pas fou)
  • Un déroulement chaotique et tributaire des tirages (et je pioche… un 6 rouge ! Caramba, encore raté)
  • Des parties très (trop ?) rapides (plus rapide que ta première fois… euh, c’est déjà fini ?)

C’est fait pour vous si…

  • Vous avez toujours rêvé d’être dans la peau de Barnier, Bayrou ou Lecornu (on vous juge pas, bande de coquinous masochistes)
  • Vous voulez avoir des sujets à l’écoute de vos désirs… plein. À tous vos ordres.
  • Vous aimez courir plusieurs lièvres en même temps (et parfois n’en attraper aucun)

Ce n’est pas fait pour vous si…

  • Vous aimez avoir le temps de développer votre stratégie implacable (mouhaha diabolique)
  • Vous êtes un royaliste fervent qui ne supporte pas la moquerie des simples manants
  • Les caprices, ça va cinq minutes, « moi de mon temps, c’était deux claques et au lit »

Les Caprices du Roi, c’est un peu comme une réforme des retraites : ça part d’une bonne intention, ça promet beaucoup, mais à la fin, tout le monde repart frustré en se demandant si ça valait vraiment le coup de se lever.

Sympatoche. Sans plus.

Note : 3 sur 5.

  • Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
  • Création : Derek Croxton
  • Illustrations : Jocelyn Millet, Louis Gennart
  • Édition : Origames
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 5
  • Âge conseillé : Dès 10 ans
  • Durée : 30 minutes 
  • Thème : Politique, Royauté
  • Mécaniques principales : Draft, collection, gestion de main. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

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