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Jeux de plateau

Petersen Games : Cthulhu Wars dans la tourmente financière

📉 400K$ de perte dès le 1er Kickstarter ! Analyse de la chute de Petersen Games et des marges massives qui ont causé le désastre.


Comment le géant Petersen Games s’est effondré malgré des millions sur Kickstarter

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L’essentiel en 3 points :

  • Petersen Games a perdu 400 000 $ sur son premier Kickstarter (Cthulhu Wars) malgré 1,4 million $ levés, créant une dette massive cachée dès le premier jour.
  • L’éditeur fonctionnait avec des marges suicidaires de 4 à 5 %, utilisant l’argent des nouveaux projets pour financer les anciens.
  • Réduit à 3 employés, l’éditeur n’a pas livré 17% de ses projets et son plan de sauvetage par Quimbley’s vient d’échouer, laissant les backers dans l’incertitude totale.

Et si je vous disais que le plus grand succès Kickstarter de 2013 était en réalité un désastre financier monumental, endetté de 400 000 dollars dès le premier jour ?

L’image d’Épinal du crowdfunding réussi vient de se fissurer (une nouvelle fois) de manière spectaculaire. Petersen Games, l’éditeur légendaire derrière le mastodonte Cthulhu Wars, est au bord du gouffre. Financier.

Mais ce n’est pas juste une histoire de retards post-Covid ou de crise du fret. C’est l’histoire d’un géant aux pieds d’argile, dont les fondations étaient moisies dès le premier jour.

Le « Péché Originel » à 400 000 dollars

On se souvient tous de 2013. Sandy Petersen, le pape du JdR L’Appel de Cthulhu, lance Cthulhu Wars sur Kickstarter. Un carton absolu : 1,4 million de dollars. Le jeu est une claque visuelle, avec ses figurines titanesques de 18 cm. Petersen Games devient synonyme de luxe, la « Ferrari » du jeu de plateau.

Sandy Petersen Chtulhu Wars

Pendant dix ans, l’industrie a connu un beau succès. Mais dans une confession stupéfiante publiée ce mois-ci (7 novembre 2025), Sandy Petersen a révélé la vérité cachée. Ce premier Kickstarter triomphal ? Un désastre financier absolu.

L’équipe avait mal estimé les frais de port, oublié la TVA européenne, et n’avait pas anticipé l’impact des stretch goals sur le poids (et le coût) des boîtes. Le résultat est hallucinant : une perte nette de 400 000 dollars.

Dès le premier jour, Petersen Games n’a pas démarré avec un trésor de guerre, mais avec une dette massive.

La fuite en avant et le modèle… suicidaire

Cette révélation change tout. Les 28 campagnes Kickstarter réussies qui ont suivi n’étaient pas là pour construire un empire, mais pour combler ce trou initial. Pire encore, Petersen admet que ces campagnes fonctionnaient sur des marges ridicules de 4 à 5 %.

C’est un modèle suicidaire. Dans une industrie complexe, avec une production internationale et des délais de 18 mois, une telle marge ne laisse aucune place à l’erreur. Le moindre grain de sable suffisait à effacer tout profit.

L’entreprise fonctionnait en « cavalerie » : utiliser l’argent frais des nouveaux projets pour livrer les anciens.

En 2020, face aux retards croissants, Petersen Games prend une décision éthique, mais fatale : arrêter les nouveaux Kickstarters. Sans cet afflux d’argent, la trésorerie est instantanément à sec. C’est le début de ce que Sandy appelle l' »Intérim Sombre ».

L’effondrement et le sauvetage qui fait pschitt

L’entreprise frôle la faillite. L’équipe est décimée. Sandy Petersen injecte plus d’un million de dollars de sa fortune personnelle (en liquidant sa retraite) pour maintenir le navire à flot. L’éditeur est même contraint de demander aux backers de repayer les frais de port, provoquant une colère noire.

En 2025, la situation reste critique : 17 % des backers attendent toujours leurs jeux. Hyperspace (extensions), The Gods War 2, Dinosaur 1944… tous sont développés, mais l’argent manque pour lancer la production des figurines.

L’espoir renaît à l’été 2024. Un nouvel acteur, Quimbley’s Toys & Games, annonce reprendre la fabrication. Petersen Games deviendrait un simple studio de création.

Hélas, l’idylle tourne au vinaigre. Novembre 2025 : le partenariat est rompu pour des « problèmes juridiques ». Pire, ce partenaire censé résoudre la crise est maintenant cité comme un « obstacle majeur » à la livraison de certains jeux. Le sauvetage a viré au fiasco.

Le réveil douloureux

Aujourd’hui, Petersen Games est réduit à une équipe squelettique de trois personnes et quelques bénévoles. La confiance de la communauté est brisée.

Au-delà du drame personnel, c’est tout le modèle du crowdfunding XXL qui est interrogé. Quand des géants vacillent (CMON) ou s’effondrent (Mythic Games), l’âge d’or du « pledge facile » semble révolu.

La saga Petersen Games est un avertissement, brutal : la passion et les figs géantes ne suffisent pas face aux réalités économiques et aux erreurs de gestion. L’avenir dira si Sandy Petersen parviendra à aligner les étoiles à nouveau, ou si Cthulhu Wars restera le symbole d’une aventure grandiose qui a fini par dévorer son créateur.

Un éditeur en difficulté financière doit-il demander aux backers de payer un supplément pour la livraison ?

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One Comment

  • Nicolas

    J’ai l’impression qu’on a ce genre d’article de plus en plus souvent.
    Un pledge pour un jeu avec un paquet de figurines, qui ne tourne pas financièrement avec des campagnes suivantes pour boucher les trous et au bout d’un moment ça ne tient plus.

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