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Jeux de plateau

Trêve tarifaire de Trump : Cephalofair Games en colère

🇺🇸 Cephalofair Games réagit face à la pause tarifaire de Trump avec la Chine : entre soulagement et critique, l’industrie du jeu ne décolère pas.


Cephalofair Games fustige la suspension des tarifs douaniers par Trump comme un « strict minimum »

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En bref :

  • Cephalofair Games (Gloomhaven), dénonce la suspension partielle des tarifs douaniers de Donald Trump comme un geste insuffisant.
  • Les droits de douane élevés freinent l’importation de jeux produits en Chine et mettent en péril les éditeurs indépendants.
  • Malgré un répit de 90 jours, l’incertitude demeure et l’industrie du jeu de société cherche des solutions pour survivre à cette guerre commerciale.

Vous pensiez que les conflits commerciaux n’avaient aucun impact sur vos soirées jeux ? Détrompez-vous, Gloomhaven en paye le prix fort.

Après les discussions menées dans notre ville (Genève) ce week-end entre Scott Bessent, le secrétaire du Trésor des États-Unis, et He Lifeng, l’un des quatre vice-Premiers ministres du Conseil des affaires de l’État de la république populaire de Chine, l’annonce surprise de Donald Trump, le 11 mai 2025, de suspendre temporairement certains droits de douane sur les importations en provenance de Chine fait vivement réagir le monde du jeu de société américain.

La mesure – une trêve de 90 jours ramenant les taxes de 145 % à 30 % – est accueillie avec un soulagement prudent. Parmi les voix qui s’élèvent, celle d’Isaac Childres, créateur du best-seller Gloomhaven, se montre particulièrement critique : il qualifie cette concession de « strict minimum » et refuse de s’en réjouir.

« Pas de quoi nous remercier »

Isaac Childres, fondateur de l’éditeur indépendant Cephalofair Games, n’a pas tardé à commenter la nouvelle via son équipe. Par la voix de son directeur des opérations Price Johnson, l’éditeur de Gloomhaven a publié le 12 mai sur Facebook un message sans ambiguïté : « Cela ne mérite ni louanges ni remerciements. C’est tout au plus le strict minimum pour éviter une perturbation commerciale digne d’une pandémie ».

En d’autres termes, ce répit n’est pour eux qu’un pis-aller limitant temporairement la casse. Johnson souligne qu’avec une taxe maintenue à 30 %, les coûts d’importation restent très élevés : ce niveau demeure « 10 % plus haut que lors de l’embargo de fait entamé il y a un mois, et 30 % au-dessus des niveaux du début d’année ».

Cephalofair Games se félicite donc modérément de la suspension partielle des tarifs. « Ce n’est ni une victoire ni un “accord historique” », tranche Price Johnson, en référence au triomphisme affiché par la Maison-Blanche. En effet, le communiqué officiel du 12 mai qualifie l’entente avec Pékin de « win-win » historique pour l’économie américaine, Donald Trump se targuant d’avoir obtenu des concessions sans précédent de la Chine. Mais du point de vue des éditeurs de jeux, la réalité est bien moins glorieuse : « 90 jours, c’est juste assez pour sortir les stocks en attente de Chine, mais cela nous laisse toujours dans l’impossibilité de planifier le reste de l’année », explique Johnson, soulignant l’épée de Damoclès qui persistera une fois l’été passé.

Une guerre commerciale aux conséquences lourdes

La réaction cinglante de Cephalofair s’explique par le contexte des derniers mois. Depuis début 2025, l’administration Trump a engagé une escalade tarifaire drastique dans son bras de fer commercial avec la Chine. Les droits de douane sur de nombreux produits ont grimpé à des niveaux prohibitifs, culminant à 145 % voire plus en avril. Le secteur du jeu de société, qui dépend largement des usines chinoises pour la fabrication de ses boîtes et figurines, s’est retrouvé en première ligne de ce conflit économique. « Ces tarifs sont un scénario apocalyptique », alertait Childres en avril, pour qui importer des jeux avec de telles taxes n’était tout simplement « pas viable » et risquait d’avoir un impact « pire que le COVID ».

Les faits lui donnaient raison. Cephalofair Games a dû laisser bloqués en entrepôt, en Chine, près de 60 000 exemplaires de Gloomhaven: Second Edition et d’autres jeux destinés au marché américain. En cause : une facture douanière exponentielle que le petit éditeur était incapable d’acquitter. Cette charge représentait des millions de dollars de taxes imprévues – un montant insoutenable pour Cephalofair.

Cephalofair Games n’est pas un cas isolé comme vous le savez. Début avril, Greater Than Games a même suspendu ses activités et licencié du personnel face à la crise tarifaire. La plupart des autres éditeurs ont également gelé leurs sorties et décalé leurs jeux à paraître, dans l’espoir d’un retour à la normale.

Éditeurs en crise et stratégies d’adaptation

Avant même l’annonce de la trêve tarifaire, la crise avait poussé certains acteurs du milieu à des mesures radicales. L’éditeur CMON a par exemple interrompu tous ses développements de jeux à venir, mettant en péril 11 projets initialement prévus. De son côté, Stonemaier Games, le studio derrière Wingspan, s’est déclaré prêt à poursuivre l’administration Trump en justice pour contester la légalité de ces taxes démesurées. « Nous ne resterons pas les bras croisés pendant que nos moyens de subsistance – ainsi que ceux de milliers de petits entrepreneurs et les clients dont nous chérissons la quête de bonheur – sont traités comme les pions d’un jeu politique », a écrit Jamey Stegmaier, cofondateur de Stonemaier, dans un billet de blog. Le message est clair : l’industrie du jeu refuse d’être sacrifiée sur l’autel d’un affrontement commercial qui la dépasse.

Parallèlement, les organisations professionnelles tirent la sonnette d’alarme à Washington. La principale association du secteur, la Game Manufacturers Association (GAMA), dénonce des tarifs « désastreux » qui feront flamber les prix pour les consommateurs, tout en étranglant les petits éditeurs.

Malgré la morosité ambiante, certains éditeurs cherchent des parades pour faire survivre leurs créations. Évoquant un tarif de 54 %, Stegmaier admet qu’« il n’y a aucune formule miracle » et prédit que le crowdfunding et la vente directe « deviendront l’épine dorsale » de la plupart des éditeurs, ces canaux limitant l’impact des tarifs sur le prix final et réduisant la dépendance aux intermédiaires. Autant de solutions temporaires en attendant une accalmie durable sur le front commercial.

Effet domino

La suspension partielle des tarifs douaniers ne touche pas que les jeux de société : l’industrie du jouet tout entière, très dépendante des chaînes d’approvisionnement chinoises, accueille la nouvelle avec un mélange de soulagement et de prudence. Selon un article paru sur CNBC.com ce 12 mai, les actions des principaux fabricants de jouets ont bondi à l’annonce de la réduction temporaire des tarifs de 145 % à 30 %.

« Shares of major toy makers rallied on Monday after the U.S. agreed to temporarily reduce tariffs on China », précise le média. Mattel a ainsi enregistré un bond de plus de 10 %, Hasbro de 6,5 %, Jakks de 15 % et Funko a atteint un spectaculaire +46,4 %. La mesure de la Maison-Blanche, qualifiée de “trêve” par la presse, doit durer 90 jours et permettra aux entreprises de souffler un peu, bien qu’elles restent loin de leurs niveaux de valorisation pré-crise.

Le secteur du jouet subissait une forte pression de la part des investisseurs, inquiets des conséquences des tarifs de 145 % sur les coûts de production et donc sur les résultats annuels. Hasbro estimait par exemple que la surtaxe chinoise pourrait coûter 300 millions de dollars à l’entreprise. Quant à Mattel, la société avait prévenu qu’elle devrait augmenter les prix de ses jouets, faute de pouvoir absorber de telles hausses. Les deux géants tablaient initialement sur une taxe de 25 % et ont été durement frappés par la multiplication des annonces de Donald Trump depuis avril.

Conclusion

La suspension des droits de douane décidée par Donald Trump offre un bol d’air bienvenu mais modeste à l’industrie du jeu de société, frappée de plein fouet par la guerre commerciale sino-américaine. Pour Isaac Childres et ses pairs, ce geste reste insuffisant et sa portée éminemment précaire. Si les prochains mois apportent un répit pour écouler quelques stocks urgents, l’avenir du secteur ludique demeure suspendu aux négociations entre Washington et Pékin.

Les éditeurs abordent cette trêve comme une bataille de gagnée dans une guerre loin d’être terminée. Leur souhait ? Qu’en haut lieu, on prenne pleinement la mesure des (en)jeux et qu’une solution pérenne voie le jour. Pérenne, c’est le mot clé. Car il y a bien une chose que l’économie déteste, c’est l’incertitude. Et le chaos. Tout ce que Trump apprécie. Une solution pérenne pour que la passion du jeu de société continue de prospérer, à l’abri des soubresauts tarifaires.


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4 Comments

      • julien

        L article indique que malgré cette treve les droits de douanes restent plus élevés qu’ils ne l’étaient à la base donc est ce que la baisse est suffisante pour que le rapatriement redevienne viable ? Cela ne me parait pas si évident…
        L entreprise pourrait aussi vouloir attendre pour espérer mieux et un vrai retour a la normale

  • Olivier.

    Sans soutenir la politique commerciale de Trump je ne peux que m’inquiéter de la dépendance du secteur du jeu à l’appareil productif chinois… Pour créer vraiment des emplois ne faudrait-il pas relocaliser dans nos pays dits développés ? La course démente à la surproduction et à la consommation de jeux de société aussi vite déballés qu’oubliés ne doit pas avoir de fin ? Et le coût environnemental de ces jeux bourrés de plastiques ? Les barrières douanières sont indispensables pour se protéger du dumping social de pays aussi agressifs commercialement que la Chine. C’est de la folie pour la pérennité de nos systèmes socio-économiques et même démocratiques de considérer que la Chine ne peut être entravée dans ce projet de domination mondiale de l’appareil productifs.

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