Photo by Quino Al on Unsplash smartphone article bannière
Analyses & psychologie du jeu,  Jeux de plateau,  Technologie

Smartphone : Débranchez pour mieux jouer

📵 Vous scrollez pendant vos parties ? Pourquoi ranger votre smartphone peut tout changer et redonner du peps à vos jeux de société favoris.


Pose. Ton. Smartphone. Et. Joue !

En bref :

  • La présence d’un smartphone détourne l’attention et brise le “flow” de la partie
  • L’usage du téléphone casse la dynamique de groupe et peut frustrer les autres joueurs
  • En délaissant les écrans, on profite d’une meilleure immersion et d’une convivialité renforcée

Vous alliez lancer le dé quand, soudain, une notification a détourné les regards : bienvenue dans l’ère du smartphone qui parasite nos soirées ludiques.

Comment faites-vous pour ne pas dégainer votre téléphone en pleine partie ? Et vos potes de jeu, est-ce qu’ils passent leur temps à pianoter sur l’écran ?

Je vais vous partager une petite anecdote qui vous parlera sûrement (vous l’avez peut-être vécue vous aussi). L’autre soir, pendant une soirée jeu Gus&Co, j’ai remarqué que tout le monde (moi y compris, je l’avoue…) avait du mal à résister à l’appel de son smartphone. Que ce soit entre deux parties (au lieu de discuter tranquillement) ou carrément pendant la partie, les portables apparaissaient sans arrêt. Franchement, c’était super relou !

Pourtant, dans notre monde où les écrans sont partout et où le téléphone règne en maître, on assiste à un retour en force des jeux de société. On a de plus en plus envie de contacts réels, de passer de vrais moments ensemble, et pas seulement de scroller en solo. Mais même si on aime sortir nos dés, nos plateaux et nos cartes, on se retrouve parfois (souvent, toujours ?) à jeter un coup d’œil à nos applis ou nos notifications… Et ça fait déjà 9 ans qu’on en parle ici. Sans grand changement !

Dans un monde dominé par les écrans, téléphone portable en empereur, les jeux de société connaissent un retour en force surprenant. Alors que nos smartphones semblent avoir capturé toute notre attention, un mouvement de fond ramène les joueurs et joueuses vers les plateaux, les dés et les cartes.

Nous allons donc examiner comment et pourquoi le téléphone portable, même posé sagement à côté de nous, peut parasiter l’attention et l’ambiance d’une soirée jeux. Nous verrons aussi comment le fait de “débrancher” pendant quelques heures peut renforcer le plaisir de jouer et la convivialité, et nous explorerons des méthodes concrètes pour se libérer de cette dépendance aux notifications.

Portables voraces

Ces petites bêtes sont devenues indispensables, mais aussi dévoreuses… d’attention. Regardez autour de vous dans le bus, au resto, ou même à l’arrêt de bus : tout le monde a la tête baissée sur son écran. Bien sûr, on avait déjà le journal dans le métro autrefois, mais on ne le sortait pas au milieu d’un dîner entre amis ! Aujourd’hui, sortir son téléphone pendant qu’on discute est devenu banal. Et quand on entend : « T’inquiète, je t’écoute, je fais juste un truc vite fait sur Insta », on sait très bien que l’écoute est à moitié faite.

D’ailleurs, la science le dit : faire deux choses en même temps, c’est illusoire. On peut “switcher” très vite, mais on ne peut pas réellement se concentrer sur deux tâches à la fois. Donc, quand quelqu’un scrolle pendant une partie, ça veut simplement dire qu’il est ailleurs. Pire, ça renvoie le message : « Désolé, mais mon téléphone est plus intéressant que toi ». Avouez que ça pique.

Les effets des smartphones sur l’attention et la concentration

Lorsqu’on joue à un jeu de société, on a souvent besoin d’une attention soutenue, surtout pour des titres stratégiques ou immersifs. Or, la présence du smartphone mobilise inconsciemment une partie de nos ressources mentales : même posé sur la table, il occupe un petit coin de notre cerveau qui reste en alerte, attendant la moindre notification. C’est en partie lié à la FOMO (“Fear of Missing Out”), la peur de rater une info vitale en ligne.

Tout signal sonore ou visuel – un petit “bing” ou un écran qui s’allume – interrompt aussitôt notre concentration. Une étude a même montré que la seule réception d’une notification perturbe presque autant que si l’on manipulait directement le téléphone. On perd alors le “flow” de la partie, on rate des informations importantes (règles, indices, signaux tactiques), et ça crée des erreurs et des ralentissements.

Pour les autres joueurs et joueuses, c’est aussi frustrant : ils doivent répéter ce qu’ils viennent de dire, attendre que la personne “revienne” dans la partie… C’est ainsi qu’une soirée fluide et sympa peut se transformer en enchaînement de micro-pauses pénibles pour tout le monde.

Le scrolling infini : un piège neurologique et social

Le fameux “scrolling” infini exploite notre cerveau et son besoin de récompenses : chaque nouveau post peut être la pépite qu’on espère, comme une machine à sous qui pourrait afficher le jackpot au prochain clic. On se laisse happer, on perd la notion du temps… et on oublie parfois qu’on est là pour passer un vrai moment avec des gens en chair et en os.

Le scrolling infini est conçu pour exploiter les failles de notre système de récompense cérébral. Comme l’explique Sébastien Bohler, rédacteur en chef de Cerveau et Psycho, notre cerveau est doté d’un système de motivation, notamment le striatum, qui libère de la dopamine en réponse à des stimuli gratifiants. Ce système, essentiel à notre survie dans des environnements ancestraux pauvres en informations, se trouve aujourd’hui surexploité par les technologies numériques.

Le scrolling joue sur ce qu’on appelle le « renforcement positif intermittent ». Comme dans les machines à sous, l’utilisateur ne sait jamais quand il va tomber sur un contenu particulièrement intéressant, ce qui le pousse à continuer indéfiniment.

Plus on scrolle, plus on perd notre capacité à nous concentrer sur une seule tâche. On fuit l’ennui, alors que s’ennuyer de temps en temps, c’est utile pour laisser notre esprit vagabonder et consolider nos idées. Heureusement, il existe des moyens de reprendre la main :

  • Se fixer des règles claires (pourquoi, quand et combien de temps on utilise son portable).
  • Pratiquer la « pleine conscience » : être plus conscient de l’appel des applis et de leurs techniques pour nous retenir.
  • Mettre son cortex préfrontal au boulot : se donner des objectifs, s’engager à plusieurs dans une démarche de déconnexion.
  • Exiger des applis moins addictives (notifications maîtrisées, design moins incitatif), plus respectueuses de notre temps.

Les conséquences sur les interactions sociales et la dynamique de groupe

Au-delà de l’aspect purement cognitif, utiliser son smartphone en pleine partie soulève un enjeu social : jouer, c’est avant tout une expérience de partage. Regarder son téléphone revient à dire aux autres : « Ce qui se passe ici ne suffit pas à m’occuper ». Même si ce n’est pas l’intention, le message est clair et peut être perçu comme un manque d’intérêt ou de respect.

Au-delà de la dimension cognitive, l’usage du smartphone en pleine partie soulève des enjeux sociaux. Un jeu de société n’est pas qu’un ensemble de règles et de pions : c’est avant tout une expérience humaine, où la communication entre joueurs est primordiale. Or, rester penché sur son téléphone envoie un message clair aux autres : « ce qu’il se passe sur mon écran est plus intéressant que vous ». Ce détournement d’attention peut vexer les coéquipiers, même s’il n’est pas intentionnel.

Les psychologues ont étudié ce phénomène connu sous le nom de phubbing (mot-valise associant “phone” et “snubbing”, c’est-à-dire snober avec le téléphone). Le phubbing désigne le fait d’ignorer des personnes physiquement présentes pour se concentrer sur son mobile. Les études montrent que cette attitude a un impact tangible sur la qualité des interactions. Utiliser son téléphone en présence d’autrui est perçu comme impoli et nuit à la qualité de la relation​. Autrement dit, si un joueur ou une joueuse décroche de la partie pour consulter son téléphone, les autres risquent d’en faire autant, et la dynamique collective s’effondre : on ne joue plus ensemble, mais chacun de son côté.

La présence de téléphones finit par créer un climat de déconcentration générale. Moins de rires partagés, moins de discussions animées, et une complicité qui peine à s’installer. À l’inverse, sans ces distractions, les interactions redeviennent plus naturelles : on célèbre ensemble les réussites, on compatit aux échecs, on se taquine, bref on vit pleinement la partie de façon synchronisée.

Deux petits exemples qui parlent d’eux-mêmes

  1. Ralentissement et perte de fluidité
    Imaginez une partie de Catan ou des Aventuriers du Rail. Cindy (nom connu de la rédaction) scrolle Instagram au lieu de suivre les tours précédents. Quand vient son tour, elle ne sait plus où on en est, oblige les autres à réexpliquer les derniers mouvements, etc. Le rythme est brisé, les autres joueureuse s’agacent, et la partie s’étire en longueur… Sans parler du fait que Julie risque de se faire une réputation de “joueuse à éviter”.
  2. Rupture de l’immersion et de l’ambiance
    Dans un jeu d’enquête narrative comme Sherlock Holmes Détective Conseil (ou un jeu de rôle), l’ambiance est primordiale. Tout le monde est à fond dans l’histoire, jusqu’à ce qu’un joueur ou une joueuse décide de répondre à un WhatsApp ou autre. Le suspense tombe d’un coup, les autres attendent en silence… C’est un peu comme appuyer sur “pause” en plein moment tendu. Difficile de retrouver la même intensité après.

Stratégies pour renouer avec les jeux de société (et moins scroller)

Si vous sentez que vous passez trop de temps sur votre portable et plus assez autour d’un plateau, voici quelques pistes pour (re)trouver l’équilibre :

  1. Créez un espace dédié au jeu
    Aménagez un endroit cosy chez vous avec une table bien éclairée. Rien que le fait de passer devant vous donnera envie de vous installer pour lancer une partie.
  2. Allez-y progressivement
    Planifiez des sessions courtes mais régulières : 30 minutes de jeu, trois fois par semaine, puis augmentez la durée au fil de l’eau si vous y prenez goût.
  3. Choisissez des jeux adaptés
    Choisissez des titres simples et passionnants (il vous suffit de taper dans nos recos). Faciles à expliquer, fun, et pas trop longs.
  4. Rejoignez une communauté de joueurs et de joueuses
    Les clubs ou bar à jeux (oui, comme le nôtre) sont idéaux pour découvrir des nouveautés et rencontrer d’autres passionnés. La Fédération Française des Jeux de Société en recense plus de 500 en France. Trouver des partenaires réguliers, c’est la clé pour jouer souvent.
  5. Misez sur l’aspect éducatif
    Les jeux de société développent la stratégie, la négociation, la gestion des ressources… Antoine Bauza (créateur de 7 Wonders) rappelle souvent à quel point ils sont aussi de formidables outils pédagogiques, de plus en plus utilisés dans les écoles.

Comment éviter d’utiliser son portable pendant les parties

Même en étant fan de jeux de société, la tentation de regarder son téléphone peut être forte. Voici quelques astuces pour déjouer ce piège :

  1. Instaurer une zone sans téléphone
    On peut définir un espace où tout le monde dépose son portable avant de commencer. Ça crée un petit rituel qui marque le début de la soirée (pour peu que tout le monde soir prêt à… jouer le jeu. C’est le cas de le dire).
  2. Utiliser des applis pour contrôler le temps d’écran
    Ironiquement, certaines applis vous encouragent à ne pas toucher à votre smartphone en vous récompensant si vous résistez.
  3. Transformer ça en jeu
    Le premier qui touche son téléphone a un gage : il saute un tour, paie les boissons, etc. On dédramatise en en faisant un défi goleri.
  4. Employer un vrai sablier
    Besoin d’un chrono ? Optez pour un sablier ou une minuterie physique. Plus aucune excuse pour tripoter son smartphone.
  5. Créer une ambiance immersive
    Misez sur la déco, la lumière, la playlist, les snacks thématiques… Quand on est bien dans l’ambiance, on oublie plus facilement son écran.
  6. Prévoir des “pauses téléphone”
    Sur une longue session, on peut faire une ou deux micro-pauses “smartphone” : chacun vérifie ses messages en même temps, puis on le range à nouveau.
  7. Communiquer sur l’importance de décrocher / responsabiliser
    Rappelez gentiment (avant la partie) comment les portables nuisent à l’expérience de jeu. Quand on réalise pourquoi on le fait, on a plus de chances de s’y tenir.

Recommandations supplémentaires pour un jeu sans distraction

En complément, d’autres conseils simples peuvent renforcer cette démarche :

  • Annoncer la couleur dès le début
    « On profite du moment, pas des écrans ». Mettre ça au clair avant de commencer évite les malentendus en cours de partie.
  • Utiliser un “panier à portables”
    Placez un panier hors de vue de la table de jeu. Chacun y dépose son téléphone en mode silencieux. Effet garanti.
  • Donner l’exemple
    Si vous êtes l’organisateur ou l’organisatrice, coupez ou éloignez votre propre téléphone. Le leadership par l’exemple est toujours le plus efficace.

Si un(e) ami(e) prend son téléphone en pleine partie, comment réagissez-vous ?

Conclusion : le jeu, un antidote à l’hyperconnexion

Dans une époque où l’on est bombardés de notifs et où la tentation du scrolling est permanente, les jeux de société offrent un véritable bol d’air. Ils nous rassemblent autour d’une table, nous font rire, réfléchir et communiquer “en vrai”. Sans téléphone pour nous distraire, on se plonge corps et âme dans le suspense d’un Backstories, la tension d’un Sankoré ou l’ambiance collective d’un Daybreak.

En posant vos smartphones, vous ne ratez rien d’important en ligne. Au contraire, vous gagnez en immersion, en convivialité et en plaisir de jouer. Après tout, une bonne partie vaut bien qu’on s’y consacre pleinement : quelques heures déconnectées vous permettront de vous reconnecter avec ce qui compte vraiment… les gens qui sont là, autour de vous, prêts à partager un moment de complicité.

Enfilez vos pantoufles, posez votre smartphone et préparez-vous à lancer les dés : la vraie vie vous attend autour de la table !


Rejoignez notre chaîne WhatsApp


Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité

Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).

Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :

Le soutien direct : Rejoignez nos mécènes sur Tipeee pour le prix d'un café par mois.

☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee

Votre réaction sur l'article ?
+1
5
+1
2
+1
0
+1
0
+1
1
+1
0

2 Comments

À vous de jouer ! Participez à la discussion

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur Gus & Co

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture