Photo by Ling Tang on Unsplash Article guandan bannière
Jeux de plateau

Le guandan : La révolution cartes en main qui secoue la Chine

🎴 Guandan : le jeu entre passion populaire et menace politique, la folie des cartes qui embrase l’empire du Milieu.


L’impact social et politique du guandan

tournoi guandan Photograph: NurPhoto/Getty Images

Si je vous dis qu’il existe un jeu de cartes capable de faire et défaire des carrières, d’inquiéter un gouvernement et de captiver 140 millions de personnes ? Bienvenue dans le monde du guandan. Un jeu de cartes qui combine poker, Kem’s et… UNO. Mais oui, tout ça en un seul jeu !

Imaginez un instant : vous êtes dans un parc de Pékin, le brouhaha des conversations est soudain interrompu par une exclamation. « Bombe ! » crie un joueur en abattant ses cartes. Non, vous n’assistez pas à un exercice anti-terroriste, mais à une partie de guandan, le jeu de cartes qui fait trembler la Chine jusque dans ses plus hautes sphères.

Un jeu vieux comme Mao… ou presque. Le guandan n’est pas né de la dernière pluie. Inventé dans les années 1960 dans la province du Jiangsu, ce jeu est presque aussi vieux que la Révolution culturelle. Mais contrairement à cette dernière, il a su traverser les époques pour connaître aujourd’hui un succès fulgurant. Comment expliquer cet engouement tardif ?

Tout a basculé en janvier 2023, lorsque le guandan a fait son apparition lors du Gala du Nouvel An lunaire, l’équivalent chinois de notre réveillon télévisé. Un coup de projecteur qui a propulsé ce jeu régional sur le devant de la scène nationale. Depuis, c’est l’explosion : 140 millions de joueurs et de joueuses et des chiffres qui donnent le tournis. De quoi faire pâlir d’envie les auteurs et autrices de jeux de société ! Vous vous imaginez, vous, 140 millions de personnes qui jouent à 7 Wonders ?

La recette du succès du guandan ? Un savant mélange de simplicité et de profondeur stratégique. Le guandan oppose deux équipes de deux joueurs qui doivent se débarrasser de leurs cartes en formant des combinaisons appelées « bombes ». Un concept simple sur le papier, mais qui cache des subtilités dignes des plus grands jeux de stratégie.

C’est comme un poker version échecs, avec des combinaisons, chaque carte jouée peut avoir des répercussions jusqu’à la fin de la partie. J’ai vu des matchs se gagner sur la dernière carte, après deux heures de jeu acharné. Une dimension stratégique qui séduit toutes les générations, des retraités dans les parcs aux jeunes loups de la finance. Le guandan est souvent comparé au Daifugo (ou Président, ou… Trou du Cul), un autre jeu de cartes bien connu en Asie de l’Est, mais le Guandan est généralement joué par quatre personnes en équipes de deux. Si ça vous intéresse, nous vous fournissons les règles complètes du guandan en toute fin d’article.

D’ailleurs, savez-vous que certains joueurs et joueuses professionnelles de guandan peuvent gagner jusqu’à 10 000 yuans (environ 1 300 euros) par mois grâce aux tournois ? Pas mal pour un jeu qui ne nécessite qu’un simple paquet de cartes !

Cartes guandan

Crédit photo : Jade Gao/AFP/Getty Images

Le nouveau terrain de jeu des élites chinoises

Mais le guandan n’est pas qu’un simple divertissement. Il est en train de devenir le nouveau terrain de jeu (oui, c’est le cas de le dire) des élites chinoises. Fini le golf ou le mahjong, place au guandan pour tisser des liens et conclure des affaires ! Le guandan crée une ambiance détendue qui facilite les négociations. Le jeu, comme plateforme de recrutement et de PR !

Des patrons de start-up aux hauts fonctionnaires, tout le gratin chinois s’est mis au guandan. Certains vont même jusqu’à embaucher des coachs pour perfectionner leur jeu. Des clients paient 1 000 yuans de l’heure pour apprendre les subtilités du guandan. Ils voient ça comme un investissement. Une bonne main de guandan peut rapporter gros en termes de contrats ou de promotions. Une bonne main, un bon jeu, et paf, un bon job. Why not.

Cette tendance n’a pas échappé aux géants de la tech chinoise. Alibaba a récemment lancé une application de guandan en ligne, tandis que Tencent organise des tournois virtuels avec des prix pharaoniques. Le guandan 2.0 est en marche.

Quand Pékin s’en mêle : le guandan sous surveillance

Mais attention, tout n’est pas rose au pays du guandan. Depuis quelques mois, le jeu fait l’objet d’une attention particulière de la part des autorités chinoises. Et pas dans le bon sens du terme…

Tout a commencé en janvier dernier, lorsque le Beijing Youth Daily, le journal officiel du Comité municipal de Pékin de la Ligue de la jeunesse communiste de Chine, a publié début août trois articles au vitriol contre le guandan. Le jeu y était accusé de favoriser la corruption et le « trafic d’influence ». Depuis, c’est l’escalade : le guandan est qualifié de « bombe empoisonnée » qui « corrompt le style de travail des fonctionnaires » dans certains médias d’État.

Alors oui, c’est peut-être un poil exagéré. Le guandan n’est qu’un révélateur des dynamiques sociales déjà existantes. Si l’on reprend l’argumentaire du journal officiel du parti, ce n’est pas le jeu qui crée la corruption, mais le système qui la favorise. Une analyse qui fait écho aux travaux du politologue Francis Fukuyama sur l’importance des réseaux informels dans les sociétés à forte hiérarchie.

Mais alors, pourquoi une telle volte-face de la part du gouvernement ? Le Parti communiste chinois a toujours eu peur des réseaux informels qui échappent à son contrôle. Le guandan, en favorisant ces connexions, est perçu comme une… menace potentielle. Et pas (seulement) parce qu’on lance des bombes (dans le jeu).

Une crainte qui n’est pas sans fondement historique. Souvenez-vous de Deng Xiaoping, l’ancien dirigeant chinois qui a utilisé ses parties de bridge pour tisser le réseau qui l’a mené au pouvoir. Une leçon que Xi Jinping, l’actuel président, n’a pas oubliée.

Le guandan, miroir d’une Chine en mutation

Au final, que nous apprend cette histoire de cartes sur la Chine d’aujourd’hui ? Logiquement, beaucoup de choses !

D’abord, elle illustre la capacité du pays à créer des phénomènes culturels massifs en un temps record. Du jour au lendemain, un jeu régional peut devenir une obsession nationale. Une dynamique qui rappelle l’essor fulgurant des réseaux sociaux chinois ou de l’e-commerce.

Ensuite, elle met en lumière les tensions qui traversent la société chinoise. D’un côté, un désir croissant de loisirs et de connexions sociales, notamment chez les jeunes générations. De l’autre, un pouvoir qui cherche à tout contrôler et qui voit d’un mauvais œil tout ce qui pourrait échapper à son emprise.

Le guandan cristallise les contradictions de la Chine moderne. C’est à la fois un symbole de liberté individuelle et un outil de networking capitaliste, dans un pays officiellement communiste. Ce paradoxe en dit long sur les défis auxquels la Chine est confrontée.

Le futur du guandan : entre tradition et innovation

Alors, quel avenir pour le guandan ? Malgré les vents contraires, le jeu semble avoir encore de beaux jours devant lui.

D’abord, parce qu’il a su s’adapter à l’ère numérique. Des applications de guandan en ligne fleurissent, permettant aux joueurs et aux joueuses de s’affronter à distance. C’est peut-être l’avenir du jeu. Imaginez des tournois internationaux, des ligues professionnelles… Le potentiel est énorme !

Ensuite, parce que le guandan répond à un besoin profond de la société chinoise : celui de créer du lien dans un monde de plus en plus individualiste. Le guandan, comme tout jeu de société, est plus qu’un jeu, c’est un moment de partage. Dans un pays comme la Chine où le rythme de vie est frénétique, ces moments sont précieux. Remplacez Chine par Suisse, France, etc.

Enfin, parce que le guandan est devenu un symbole de résistance passive face au contrôle gouvernemental. Jouer au guandan, c’est aussi affirmer son droit au loisir, à la sociabilité, dans une société où tout est politique. Au-delà des cartes et des « bombes », c’est toute la complexité de la Chine moderne qui se joue sur ces tables de jeu improvisées.

Le guandan : Règles du jeu complètes

Vous voulez vous lancer une partie de guandan, rien que pour essayer ? Voici une explication complète des règles du guandan.

Objectif du jeu

L’objectif principal du guandan est de se débarrasser de toutes ses cartes avant les autres. Le jeu se joue en équipes de deux qui s’assistent mutuellement pour gagner.

Nombre de joueurs et de joueuses

Guandan se joue généralement à quatre, divisés en deux équipes de deux. Les joueurs et joueuses d’une même équipe se placent en face l’un de l’autre.

Jeu de cartes

  • Guandan se joue avec deux jeux de 54 cartes, y compris les Jokers, pour un total de 108 cartes.

Distribution des cartes

  • Chaque joueur et joueuse reçoit 27 cartes au début du jeu.

Valeur des cartes

Les cartes sont classées de la manière suivante, de la plus faible à la plus forte :

  • 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, Valet (J), Dame (Q), Roi (K), As, 2, Joker noir, Joker rouge.

Déroulement du jeu

  1. Premier tour :
  • Le joueur ou la joueuse qui possède le 3 de carreau commence la partie.
  • Ce joueur doit jouer une carte ou une combinaison de cartes.
  • Les autres joueurs, dans le sens horaire, doivent jouer une combinaison de cartes plus forte ou passer.
  1. Les combinaisons possibles :
  • Carte unique : Une seule carte.
  • Paire : Deux cartes de même valeur.
  • Trio : Trois cartes de même valeur.
  • Brelan avec attelage : Trois cartes de même valeur accompagnées de deux cartes identiques (par exemple, trois 5 avec une paire de 7).
  • Suite : Une séquence d’au moins cinq cartes consécutives de la même couleur (par exemple, 4, 5, 6, 7, 8).
  • Double suite : Une séquence d’au moins trois paires consécutives (par exemple, paire de 6, paire de 7, paire de 8).
  • Bombes : Quatre cartes de même valeur. Une « bombe » bat toute autre combinaison, sauf une bombe plus forte.
  • Super bombe : Cinq ou plus de la même carte ou deux bombes en une seule main.
  1. Tour suivant :
  • Si un joueur passe, il ne peut plus jouer lors de ce tour.
  • Le tour se termine lorsqu’il y a trois passes consécutives. Le dernier joueur à avoir joué démarre le prochain tour.
  1. Fin de la manche :
  • La manche se termine lorsqu’un joueur se débarrasse de toutes ses cartes.
  • Les autres joueurs marquent alors des points en fonction du nombre de cartes qui leur restent.

Scoring

  • Chaque carte restante dans la main d’un joueur est comptée comme un point pour l’équipe adverse.
  • L’équipe dont les deux joueurs se débarrassent de leurs cartes en premier gagne la manche.

Stratégie et Coopération

  • Les partenaires doivent coopérer et communiquer (sans paroles) pour bloquer les adversaires tout en se débarrassant de leurs propres cartes. Oui, un peu comme le Kem’s.
  • Il est essentiel de comprendre les cartes de son partenaire et de les soutenir stratégiquement.

Victoire

  • Le jeu continue pendant plusieurs manches, et l’équipe qui atteint un nombre de points fixé d’avance, par exemple 200, gagne la partie.

Stratégies gagnantes : les secrets du guandan

Comment devenir un as du guandan ? Voici quelques conseils :

  1. Maîtrisez l’art de la « bombe » : cette combinaison de quatre cartes identiques est l’arme ultime du guandan. Sachez quand la garder en réserve et quand la lâcher pour maximum d’effet.
  2. Lisez votre partenaire : le guandan est un jeu d’équipe. Apprenez à décoder les signaux de votre coéquipier pour une synergie parfaite.
  3. Bluffez, mais avec modération : comme au poker, le bluff est une arme à double tranchant. Utilisez-le avec parcimonie pour garder vos adversaires sur le qui-vive.
  4. Adaptez-vous : chaque partie est unique. Soyez flexible dans votre stratégie et n’hésitez pas à changer de tactique en cours de route.
  5. Entraînez-vous, encore et encore : comme tout jeu de stratégie, la pratique fait la perfection. Multipliez les parties pour affiner votre instinct.

Et oui, si tout ça vous dit quelque chose, Days of Wonder a édité en 2002 une version commerciale du guandan. Gang of Four.


Rejoignez notre chaîne WhatsApp


Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité

Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).

Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :

Le soutien direct : Rejoignez nos mécènes sur Tipeee pour le prix d'un café par mois.

☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee
Votre réaction sur l'article ?
+1
8
+1
4
+1
4
+1
1
+1
0
+1
0

6 Comments

À vous de jouer ! Participez à la discussion

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur Gus & Co

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture