Mattel rend ses jeux plus accessibles pour les daltoniens
🌈 De l’Uno au Blokus : Comment Mattel rend ses jeux accessibles aux daltoniens. Une leçon d’inclusivité dans le divertissement !
Mattel se lance dans l’accessibilité de ses jeux
Dans le monde coloré des jeux de société, une révolution, silencieuse, est en marche. Mattel, le géant américain du jouet, vient de lancer une initiative ambitieuse qui promet de transformer radicalement l’expérience de jeu pour des millions de personnes. Leur objectif ? Rendre 80% de leur catalogue de jeux accessible aux daltoniens d’ici fin 2024, puis 90% d’ici fin 2025. Une démarche qui mérite qu’on s’y attarde.
Une ambition chiffrée pour une inclusion réelle
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ 350 millions de personnes dans le monde sont affectées par le daltonisme. Face à ce constat, Mattel a décidé d’agir. Ray Adler, Vice-Président et Responsable mondial des jeux chez Mattel, explique : « Nous avons développé des solutions personnalisées pour nous assurer que la couleur n’est pas le seul moyen de différencier les cartes ou les composants. C’est un travail de longue haleine, mais essentiel pour l’inclusivité. »
Cette démarche s’inscrit dans une tendance plus large de l’industrie du jeu. L’accessibilité devient un enjeu majeur pour les éditeurs. C’est à la fois un défi créatif et une nécessité éthique. On se souvient ainsi de la gamme Access+ lancée par Asmodee il y a quelques temps.


Des experts aux manettes chez Mattel
Pour mener à bien ce projet, Mattel s’est entouré d’experts en déficience de la vision des couleurs et a consulté des personnes daltoniennes, y compris parmi ses propres designers. Le résultat ? Des solutions sur mesure pour chaque jeu, avec l’ajout d’icônes et d’indices tactiles en complément des couleurs.
Prenons l’exemple d’Uno, le jeu phare de Mattel. Dans sa nouvelle version, chaque couleur est associée à un symbole unique. Ainsi, le rouge est représenté par un cercle, le bleu par un carré, le vert par un triangle et le jaune par un losange. Ces modifications subtiles permettent aux joueurs daltoniens de participer pleinement sans altérer l’expérience des autres joueurs. Et oui, je mets que « joueurs » et pas « joueuses ». C’est voulu. J’y reviendrai plus bas.
D’autres jeux populaires de Mattel bénéficient également de cette refonte. Apples to Apples voit ses cartes redessinées avec des motifs distinctifs pour chaque catégorie. Phase 10 intègre désormais des textures différentes sur ses cartes en plus des couleurs. Quant à Blokus, ses pièces sont maintenant marquées de petits symboles en relief correspondant à chaque couleur.
Mattel : Un engagement qui va au-delà du commercial
Mais l’engagement de Mattel ne s’arrête pas à la simple adaptation de ses produits. L’entreprise a annoncé un don de plus de 30 000 dollars de jeux nouvellement adaptés à des camps d’été aux États-Unis, en partenariat avec le YMCA. Cette initiative permettra à de nombreux enfants, daltoniens ou non, de découvrir ces jeux inclusifs pendant leurs vacances.
Ce geste s’inscrit dans une démarche plus large de Mattel en faveur de l’accessibilité. En 2017, l’entreprise avait déjà collaboré avec ColorADD, une organisation mondiale spécialisée dans l’accessibilité pour les daltoniens, pour créer le deck Uno ColorADD. En 2019, une version braille d’Uno pour les personnes malvoyantes avait également vu le jour.
Le daltonisme : une réalité méconnue
Pour mieux comprendre l’importance de cette initiative, il est essentiel de se pencher sur la réalité du daltonisme. Cette anomalie de la perception des couleurs tire son nom de John Dalton, un chimiste anglais qui, à la fin du 18e siècle, a identifié sa propre condition.
Le daltonisme résulte d’une anomalie des cellules photoréceptrices de la rétine, appelées cônes. Chez les personnes daltoniennes, un ou plusieurs types de cônes ne fonctionnent pas correctement, ce qui altère la perception de certaines couleurs.
Il existe plusieurs formes de daltonisme, la plus courante étant la confusion entre le vert et le rouge. D’autres formes plus rares existent, comme la confusion entre le bleu et le jaune. Dans les cas extrêmes, certaines personnes ne voient qu’en nuances de gris, une condition appelée achromatopsie.
Le daltonisme touche principalement les hommes, avec une prévalence de 5 à 8% selon les populations, contre seulement 0,5% chez les femmes. Cette disparité s’explique par la localisation du gène responsable sur le chromosome X.
L’industrie du jeu se met au diapason
L’initiative de Mattel s’inscrit dans un mouvement plus large de l’industrie du jeu vers plus d’inclusivité. D’autres éditeurs ont également pris des mesures pour rendre leurs jeux accessibles aux daltoniens.
Days of Wonder, par exemple, a adapté son jeu à succès Les Aventuriers du Rail en associant un symbole unique à chaque couleur de wagon.
Chez Space Cowboys, éditeur de jeux comme Unlock et Time Stories, on utilise des logiciels de design graphique équipés de filtres simulant différents types de daltonisme. Un porte-parole de l’entreprise nous a expliqué : « Nous créons une version de nos jeux avec la forme de daltonisme la plus handicapante et vérifions si on peut encore jouer. C’est un processus exigeant mais nécessaire. »
Vers un futur plus inclusif
L’initiative de Mattel marque un tournant important dans l’industrie du jeu. Elle montre qu’il est possible de concilier accessibilité et expérience de jeu de qualité pour tous. Comme le souligne Stéphane Carville, Président de la Fédération des Industries Jouet-Puériculture : « Ces innovations ouvrent la voie à une nouvelle ère du jeu, où l’inclusivité devient la norme plutôt que l’exception. »
Certes, des défis demeurent. Des jeux populaires comme Pandemic, Mysterium ou Dixit restent encore difficiles d’accès pour certains daltoniens. Mais l’exemple de Mattel montre que des solutions existent et que l’industrie est prête à les mettre en œuvre.
Pour les joueurs, daltoniens ou non, ces adaptations offrent une nouvelle perspective sur les jeux que nous aimons. Elles nous invitent à prendre conscience de la diversité des expériences de jeu et à apprécier les efforts réalisés pour que chacun puisse participer pleinement.
La prochaine fois que vous ouvrirez une boîte de jeu Mattel, prenez le temps d’observer ces petits détails qui font une grande différence. Car au-delà des couleurs et des symboles, c’est bien de partage et de plaisir dont il est question. Et n’est-ce pas là l’essence même du jeu ?
Et encore un truc
Et vous, êtes-vous daltonien ? Vous pouvez faire un petit test ici pour le savoir.
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2 Comments
Gerome
Très bonne initiative. J’ai l’impression que ce type de « combo » couleur/symbole se développe de plus ne plus . On peut le retrouver chez Forêt mixte récemment par exemple.
Mais cette question n’est pas systématiqement prise en considération pour certains jeux dont la couleur est vraiement au centre du Gameplay (Baloon pop, Sagrada …).
Alpagat
Les symboles en compléments des codes couleur, c’est le minimum pour un jeu qui sort aujourd’hui : l’effort de design est ridiculement faible, et ça aide aussi les non-daltoniens, quand on joue avec un éclairage de faible intensité ou un éclairage artificiel qui modifie les couleurs… Ceci dit, les daltoniens OK, mais il y a encore + de gauchers que de daltoniens, et niveau accessibilité, on a encore un paquet de jeux de cartes numérotés d’un seul côté ! la solitude quand tu ouvres ton éventail et que les coins sont vierges, on est > 1 joueur sur 10 à vivre ça… à croire que c’est trop compliqué de répliquer un symbole sur le coin opposé…