Jeux de société en Inde : La révolution est en marche !
🇮🇳 L’Inde, futur géant mondial du jeu de société ? Cafés-jeux, conventions, créations. Les ambitions d’une industrie en effervescence !
Les jeux de société débarquent en Inde et créent l’engouement !
Si je vous demandais de me citer les trois patries phares du jeu de société, lesquels me citeriez-vous ? Vous me diriez certainement la France, l’Allemagne et les États-Unis. Peut-être aussi la Suisse, la Belgique et le Japon. Or, c’est, très, doucement, en train d’évoluer. D’autres pays, peut-être moins emblématiques du jeu de société, s’y mettent aussi, à jouer, à produire. C’est le cas de l’Iran par exemple. Et de l’Inde.
Aujourd’hui, intéressons-nous à un marché, un milieu finalement assez peu connus dans nos contrées, le jeu de société en Inde. Pays dans lequel une véritable révolution, tranquille, est en marche. Ce que vous allez découvrir dans ce post pourrait bien vous donner envie de réserver votre prochain vol pour Chennai ! Et non, nous ne sommes pas financés par l’office du tourisme indien.
L’Inde, nouvelle terre promise des jeux de société ?
Il était une fois, dans un pays lointain appelé Inde, où les jeux de société se limitaient aux classiques comme le Ludo (ou pachisi) et le Serpents et échelles. Mais ça, c’était avant ! Depuis quelques années, une vague de nouveaux jeux plus complexes et stratégiques a déferlé sur les métropoles indiennes, créant un engouement sans précédent.
Imaginez un peu : des cafés dédiés aux jeux de société qui poussent comme des champignons, des communautés de joueurs et de joueuses qui se rassemblent chaque semaine pour des soirées fun, et même des conventions qui attirent des milliers de passionnés. C’est ce qui se passe actuellement à Bangalore (ou Bengaluru), Mumbai, Chennai et dans d’autres grandes villes du pays.
TTOX Chennai : La convention qui a tout changé
Il y a tout juste quelques jours, la ville de Chennai (ou Madras) a vécu un événement historique : sa toute première convention de jeux de société, baptisée TTOX. Pendant deux jours, près de 400 joueurs et joueuses, auteurs, autrices et fans se sont réunis pour découvrir et tester des dizaines de nouveaux jeux, dont beaucoup créés par des entreprises indiennes.
Vous imaginez un peu l’ambiance ? Des tables de jeu à perte de vue, une bibliothèque avec 700 jeux, un espace dédié à Donjons & Dragons… C’était le paradis des joueurs et des joueuses ! Et le plus incroyable, c’est que la moitié des participants venaient de l’extérieur de Chennai, certains ayant parcouru des centaines de kilomètres pour être de la partie (oui je sais, c’est le cas de le dire).
OK clairement, vous allez me dire que 400 personnes ce n’est pas grand-chose pour le pays le plus peuplé au monde (l’Inde a rattrapé la Chine en avril de l’année passée) avec ses près de 1,5 milliards d’habitantes et habitants, et comparé aux chiffres de fréquentation de « nos » conventions de jeux en Europe.
Oui, mais.
Ce n’est pas ce chiffre qu’il faut regarder, mais le fait que la ville ait accueilli sa toute première convention ! Un témoignage de la grande effervescence que les jeux de société connaissent en Inde.
Les cafés-jeux, nouveaux temples urbains
Mais TTOX n’est que la partie émergée de l’iceberg. Car depuis quelques années, les cafés-jeux se multiplient dans les grandes villes indiennes, offrant aux joueurs et aux joueuses un lieu convivial pour se retrouver et découvrir de nouveaux jeux.
À Bengaluru, le collectif ReRoll organise des soirées hebdomadaires qui rassemblent jusqu’à 70 personnes. Mumbai compte déjà trois grands cafés-jeux, tandis que les brasseries Doolally à Mumbai et Pune ont ajouté des jeux à leur offre pour attirer plus de clients.
Ces lieux sont devenus de véritables temples pour les millennials indiens, qui apprécient l’aspect social et interactif des jeux de société modernes. Fini le temps où jouer était une activité solitaire ou réservée aux enfants ! Fini le temps où jouer rimait avec le fait de jouer avec des jeux de société dits classiques (comprenez : … poussiéreux). Aujourd’hui ces « temples » du jeu, ces cafés-jeux (oui un peu comme le nôtre à Genève, hop la pub qui passe bien) se déploient sur le territoire indien. En tout cas dans le grands centres urbains dotés d’une classe moyenne à aisée.
L’influence occidentale, moteur de la révolution ludique indienne
Mais comment expliquer cet engouement soudain des Indiens pour les jeux de société ? La réponse tient en grande partie à l’influence occidentale. De nombreux millennials urbains ont découvert cette culture sur le web, les réseaux sociaux, lors de voyages ou de séjours à l’étranger, et ont rapporté leur passion dans leurs bagages.
Cette nouvelle passion des Indiens pour les jeux de société n’a pas échappé aux géants du e-commerce. Amazon India et Flipkart ont enregistré une croissance spectaculaire des recherches et des ventes de jeux de société ces dernières années, avec des hausses respectives de 100% et 50% d’une année sur l’autre.
Les éditeurs traditionnels surfent aussi sur la vague. Funskool India, fabricant de jouets basé à Chennai, a vu ses ventes de jeux de société augmenter à deux chiffres au cours des cinq dernières années. Si les classiques comme le Monopoly et le Jenga restent des valeurs sûres, la demande pour des jeux plus complexes, plus modernes surtout, comme Catan, Splendor ou Dixit explose littéralement.
Le marché indien des jeux de société et des puzzles, estimé à 330 crores de roupies en 2017, devrait atteindre les 400 crores d’ici peu en 2024. Soit 3 684 340 000 euros. Je vous laisse compter tous les zéros. Oui ça fait beaucoup. De quoi faire saliver les éditeurs du monde entier !
MeepleCon, le rendez-vous incontournable
Mais le véritable thermomètre de cette passion grandissante pour les jeux de société en Inde, c’est MeepleCon. Cette convention annuelle, organisée à Mumbai depuis 2017, est le seul salon professionnel du pays dédié à ce loisir. C’est un peu leur Essen ou leur FIJ en Inde. Un peu.
Lors de la dernière édition, 3 000 visiteurs et visiteuses ont arpenté les allées du salon, dont 2 600 qui découvraient les jeux modernes pour la première fois. Et cette année, les organisateurs attendent pas moins de 5 000 participants et participantes ! C’est dire si le potentiel est énorme.
D’ailleurs, le géant américain Hasbro a flairé le filon et s’est positionné comme sponsor de l’événement. Preuve que l’Inde est en train de devenir un marché stratégique pour les acteurs du secteur. Asmodee n’est pas encore de la partie, mais ce n’est qu’une question de temps.
L’émergence d’une scène « made in India »
Mais ce qui est encore plus excitant, c’est l’émergence d’une scène de création « made in India ». De plus en plus d’auteurs, autrices et d’éditeurs locaux se lancent dans l’aventure, avec des jeux qui mettent en avant la culture et les thèmes indiens.
Fletter, un jeu de cartes de construction de mots créé par Rubianca Wadhwa, ancienne rédactrice publicitaire, cartonne sur Amazon India avec 300 à 400 exemplaires vendus chaque semaine. Social Humour et Cards Against Sanskaar, adaptations indiennes du célèbre jeu américain Cards Against Humanity, rencontrent aussi un vif succès.
Et ce n’est qu’un début. En juillet, Shasn, un jeu de stratégie politique développé par Memesys Culture Lab à Mumbai, a été lancé sur Kickstarter en 2019 et a récolté un peu moins de 400 000 dollars. De quoi faire connaître le savoir-faire indien aux joueurs et joueuses du monde entier !
Au-delà de l’aspect purement ludique, le succès des jeux de société en Inde révèle aussi une soif de lien social chez les millennials urbains. Dans des villes tentaculaires (Mumbai compte pas moins de 20 millions d’habitants !) où l’isolement guette, ces jeux offrent une occasion unique de rencontrer des gens et de tisser des liens autour d’une passion commune.
Les soirées jeux hebdomadaires, comme celles organisées par ReRoll à Bengaluru, attirent des dizaines de participants et de participantes de tous horizons. On y vient pour jouer, mais aussi pour échanger, rire et oublier le temps d’une partie le stress de la vie moderne. Une bouffée d’oxygène dans un monde de plus en plus connecté mais paradoxalement de plus en plus solitaire. Oui, c’est également le cas de ce côté-ci du continent.
Les entreprises l’ont bien compris et utilisent de plus en plus les jeux de société comme outil de team building. Kushal Shah, fondateur de la communauté Tabletop Nerds à Mumbai, a ainsi organisé des animations pour les employés de L&T et Johnson & Johnson, qui raffolent des jeux de rôle comme Secret Hitler ou des jeux de gestion comme Power Grid.
Alors, les jeux de société seraient-ils en passe de devenir le nouveau ciment social de l’Inde urbaine ? C’est en tout cas ce que semble penser Prashant Maheshwari, organisateur de MeepleCon. Pour lui, l’objectif est clair : faire entrer un maximum d’Indiens dans la communauté des joueurs et des joueuses. Et il met tout en œuvre pour y parvenir, animant pas moins de 38 groupes WhatsApp où les passionnés de Mumbai, Pune, Delhi, Bengaluru et Hyderabad échangent sur les dernières sorties et les prochains événements.
L’avenir des jeux de société (en Inde) s’annonce radieux
Une chose est sûre : l’avenir des jeux de société en Inde s’annonce radieux. Avec une classe moyenne en pleine expansion, une population jeune et connectée et un appétit croissant pour les loisirs intelligents, tous les voyants sont au vert.
D’ici quelques années, il ne serait pas étonnant de voir des éditeurs indiens percer sur la scène internationale et des auteurs et autrices locales remporter des prix dans les grands salons mondiaux. L’Inde a toujours été une terre de jeux, avec une tradition millénaire qui remonte aux échecs et au pachisi. Elle pourrait bien devenir un acteur majeur de l’industrie moderne du jeu de société.
Une chose est sûre : l’aventure (ludique) ne fait que commencer en Inde. Lancez les dés, piochez une carte et entrez dans la partie. L’Inde vous attend pour une partie de jeu géante !
Et entre temps, vous pouvez toujours découvrir l’Inde en gambadant sur la carte des Aventuriers du Rail Inde (avec la carte de chez nous aussi en supplément…).
En résumé :
- L’Inde connaît un engouement sans précédent pour les jeux de société modernes
- Des cafés-jeux et des communautés de joueurs fleurissent dans les grandes villes
- La convention TTOX à Chennai a attiré 400 passionnés venus de tout le pays
- Les ventes de jeux explosent sur les sites de e-commerce et chez les éditeurs traditionnels
- MeepleCon, le salon professionnel de Mumbai, attend 5 000 visiteurs cette année
- Une scène de création indienne émerge, avec des jeux qui mettent en avant la culture locale
- Les jeux de société répondent à une soif de lien social chez les millennials urbains
- L’Inde pourrait devenir un acteur majeur de l’industrie mondiale du jeu de société
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Selon vous, quels sont les atouts de l'Inde pour devenir un acteur majeur de l'industrie mondiale du jeu de société ?
2 Comments
Gaudignon
Hello !
Merci pour les recherches et la pertinence de l’analyse.
L’article nous laisse à penser que l’Inde peut s’intégrer dans le monde du jeu de société a la fois comme marché émergent mais aussi comme acteur, auteur et éditeur en devenir.
1,5 milliard… Avoir un impact en Inde c’est avoir 20fois plus d’impact qu’en France, autant dire que du côté économique c’est séduisant.
Développer des jeux pour l’Inde ? Étudier le marché, la culture et les attentes du public indien ? Voilà une aventure qui stimule les esprits créatifs 😁.
Je vais commencer à chercher des contacts chez les maisons d’édition indienne, d’ailleurs au vu de l’article si vous avez déjà quelques pistes ou quelques contacts pour un auteur passionné 😇 je suis preneur.
N’hésitez pas à venir échanger les informations par mail voir même en discuter par téléphone si Gus&co est intéressé que l’on parte à l’aventure du monde ludique indien.
En tout cas encore merci pour l’article vous avez piqué ma curiosité.
Ludiquement,
Marc
Gus
Bonjour Marc,
Merci pour votre retour enthousiaste !
» 1,5 milliard… Avoir un impact en Inde c’est avoir 20fois plus d’impact qu’en France, autant dire que du côté économique c’est séduisant. »
Clairement, vous avez raison. Mais toute proportion gardée, comme l’article le souligne, tout est question de revenus. Les écarts de richesse sont encore grands et criants en Inde. Si la classe moyenne est en train de progresser, et rapidement, on est encore loin de la situation européenne avec des budgets des ménages souvent, parfois (avant inflation…) plus souples, capables de se lâcher sur des postes que l’on pourrait qualifier de moins… essentiels (coucou 2020).
Mais les choses, ludiques, économiques, avancent bien en Inde. Un marché à prendre.
À très vite, Marc. Et merci pour votre lecture et retour ! C’est toujours un (très) grand plaisir d’échanger avec notre communauté ❤️️