Critiques de jeux,  Jeux de rôle

Shadow of the Giants, ou comment prendre un pied géant avec un livre-jeu

Shadow of The Giants, un livre dont vous êtes le héros. Épique et cocasse. Le tout nouveau de la série Défis Fantastiques.

Shadow of The Giants

Shadow of the Giants est un livre-jeu de Ian Livinstone, édité chez Scolastic. Il s’agit du 71ème volume de la série fleuve Fighting Fantasy, appelé Défis Fantastiques dans les pays francophones.

LDVELH, kézako (expression plus utilisée depuis 1984) ?

Il y a 40 ans presque jour pour jour, en septembre 1982 sortait Le Sorcier de la Montagne de Feu écrit par le binôme Ian Livingstone et Steve Jackson (les fondateurs de Game Workshop, rien que ça).

Ce fut une véritable petite révolution. Le livre vous offrait de l’heroic-fantasy pur jus : une aventure épique et surprenante. Et c’est vous qui preniez vos propres choix ! L’ouvrage sera traduit en français en 1984, et il sera le premier d’une gigantesque saga protéiforme de « livre dont vous êtes le héros« . LDVELH pour les intimes !

Ian Livingstone et Steve Jackson en septembre 1982

👉 France Culture a récemment consacré toute une série d’articles sur les Livres dont vous êtes le héros. . Dont un sur Le Sorcier de la Montagne de Feu, justement. À découvrir ici.

Ça se joue comment ?

Le concept de Shadow of The Giants, ou de tout autre livre dont vous êtes le héros, est simple. Il faut vous armer de 2 dès à 6 faces, d’une feuille (NON on n’écrit pas dans le livre, ou la boule de feu elle pourrait partir !) d’un crayon, d’une gomme, et vous voici parti pour l’aventure. Enfin c’est que disait les publicités… Et en réalité, oui, c’était VRAI !

Quelques règles assez simples vous permettent de créer un personnage, sur 3 compétences : l’habileté, l’endurance et la chance. Chaque paragraphe vous propose plusieurs options. Une fois votre choix effectué, vous devez vous rendre à un nouveau paragraphe ou vous attendent, en vrac : des monstres, des énigmes, des trésors et, parfois, une bonne tranche de rigolade… ad vitam aeternam.

En bref, un sorte de jeu de rôle solo avec des règles simplifiées, largement influencé par Donjons et Dragons, justement distribué par Game Workshop en 1982. Quel hasard ! D’autres ouvrages, comme ceux de la série Loup Solitaire, proposeront par la suite des règles largement plus avancées.

👉 France Culture a récemment consacré toute une série d’articles sur les Livres dont vous êtes le héros. . Dont un sur Loup Solitaire, justement. À découvrir ici.

Partez à l’aventure. Tournez la page

Shadow of the Giants est jouable sans avoir lu les autres livres de la série. Votre aventure débute dans une ville naine non loin de la célèbre Montagne de Feu : Zargor, le sombre sorcier n’est plus.

Bon d’accord, il a été ressuscité deux fois. Mais là, maintenant, c’est vraiment fini. Il est mort, archi-mort. Votre âme aventureuse vous pousse alors à vous rendre sur place pour… Euh… Pour partir en balade culturelle salement looter des trésors et artefacts précieux, encore sur place.

Malheureusement, et c’est souvent ce qui arrive dans ce genre de situations, vous libérez par erreur quatre géants de fer maudits et bien vénères. Vous partez donc à l’aventure dans le monde Allansia afin de réparer votre erreur et de sauver le monde.

Vous êtes notre seul espoir !

Soyons honnêtes, ça ne va pas être facile-facile de sauver la terre d’Allansia dans Shadow of The Giants. Car en vrai, tout le monde s’en bat les steaks (végétariens) des géants de fer… C’est un peu comme le réchauffement climatique vous allez me dire. Toutes les preuves sont là, mais personne ne semble y faire attention (petite dédicace à Don’t Look Up) ! Un lien écolo-poterie entre le livre et la réalité ?

À chaque fois que vous rencontrez un PNJ capable de se battre, il est trop occupé et se contente de vous donner des infos. Puis il retourne à sa petite vie.

C’est un « trope » de jeu de rôle assez courant, qui pourra sortir certaines personnes du jeu. Pour ma part, je trouve cela délicieusement rétro.

Sans trop en dévoiler sur l’histoire, ce livre m’a beaucoup fait penser à La cité des voleurs du même auteur. Une vaste exploration, pour bien s’équiper, puis un affrontement final basé sur la ruse plus que sur la force brute.

The one true-path (traduction : c’est tout droit)

L’auteur Ian Livinstone est célèbre pour une chose en particulier : le one-true-path. En gros, en vrai, certaines étapes sont obligatoires afin d’acquérir des informations et des objets sans lesquels vous ne pourrez pas finir le livre.

Par conséquent, dans tout cet ouvrage, vous aller devoir mourir et vous acharner afin de trouver le chemin idéal. Il est à noter que dans Shadow of The Giants, cet aspect est un peu assoupli. Ce qui est très agréable. Il est donc possible de finir sans certains objets. Mais il faut avoir des scores de chance et d’habileté de ouf !

Ce système est assez plaisant. Car il vous pousse à l’exploration. Mais peut s’avérer frustrant. Je me rappelle une nuit d’été 1986 avoir littéralement jeté par la fenêtre La forêt de la malédiction, du même auteur. Après ma 10ème tentative infructueuse. Qui n’a jamais jeté un Livre dont vous êtes le Héros par la fenêtre lève la main. C’est bien ce que je pensais. Je ne suis pas tout seul.

Le sorcier de la montagne… De nostalgie !

En conclusion, que penser de ce Shadow of the Giants ? C’est une réussite. Il est agréable à jouer, et juste assez difficile pour ne pas se finir en une seule fois. Et surtout, très généreux. Les moments de tension, mais aussi les moments cocasses ne manquent pas… Sans (trop) divulgâcher, spécial dédicace pour le concours de gifles avec un troll, qui m’a bien fait marrer. De plus le livre est juste magnifique, ses illustrations pleine page contribuent merveilleusement bien à l’ambiance.

Enfin, le livre regorge de références à d’autres livres se déroulant dans l’univers de Titan. C’est un véritable « doudou » pour les vieux de la vielle (comme moi). Mais il reste un très bon livre-jeu.

Les livres-jeu sont certes plus aboutis aujourd’hui. Je pense à l’extraordinaire Fabled Lands, ou encore à la prometteuse série Vulcan, deux propositions qui font largement évoluer le concept.

Néanmoins, Shadow of the Giants propose une simplicité et accessibilité quasi parfaites ! Ce livre, pourtant très classique, a de quoi vous surprendre. Je vous conseille de tenter l’aventure. Car même 40 ans après les LDVELH (je n’ai pas oublié de lettres ?), n’ont rien perdu de leur charme !

De plus, pour une fois, vous ne jouez pas un ou une héroïne sans peur et sans reproches. Mais juste un ou une anonyme qui cherche à réparer une grosse erreur. En bref, la démarche est suffisamment originale pour être saluée.

Pour acheter Shadow of The Giants, rendez-vous au 243

Vous pourrez trouver Shadow of the Giants sur le site de Fighting Fantasy et toutes les bonne librairies des plaines d’Allansia ! Uniquement en anglais, pour le moment. Pour la VF, il faudra encore attendre.

Une dernière chose : rendez-vous très bientôt pour le test de The Secrets of Salamonis : ouvrage de Steve Jackson qui vient de sortir. Le monsieur n’avait pas sorti un LDVELH depuis… 36 ans ! une sorte de George RR Martin du livre-jeu…


Article écrit par Didi. Sa passion : les jeux, mais surtout, les jeux de rôle. Ses chroniques sur Gus&Co vous présentent des nouveautés, et dépoussièrent aussi quelques raretés débusquées sur ses étagères.

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