Jeux de plateau

Chez Paizo, l’union fait l’amorce

Le staff de l’éditeur Paizo lance son syndicat, une première dans l’industrie du jeu de rôle.


Paizo

Nous vous le révélions il y a quelques semaines. L’éditeur de jeux de rôle Paizo, connu, notamment, pour Pathfinder, traverse une crise majeure. Des employées et employés ont fait des accusations de harcèlement et de comportements toxiques.

En réaction, nous l’apprenions hier jeudi 14 octobre sur Twitter, le staff de Paizo vient tout juste de créer un syndicat, une première pour l’industrie du jeu de rôle.

Les employées et employés de Paizo, ont formé le United Paizo Workers (UPW), avec l’aide d’un autre syndicat américain important, le Communication Workers of America (CWA), qui est également intervenu ces dernières années pour accompagner l’industrie du jeu vidéo à créer ses syndicats. Avec son UPW, Paizo est le tout premier éditeur de jeux de rôle à en lancer un.

Les syndicats aux États-Unis, un phénomène rare

Les syndicats existent aux États-Unis depuis la naissance du pays, dont les origines remontent à la révolution industrielle du 18ème siècle en Europe. Le premier cas enregistré de grève ouvrière en Amérique a eu lieu en 1768 lorsque des compagnons tailleurs ont protesté contre une réduction de salaire. En 1794, les cordonniers de Philadelphie formèrent un syndicat appelé le Federal Society of Journeymen Cordwainers. Sa création a marqué le début d’une organisation syndicale soutenue aux États-Unis.

À partir de ce moment, l’artisanat local et les syndicats ont proliféré dans les grandes villes américaines. L’industrialisation a entraîné l’agrégation des travailleurs dans les grandes usines, créant un terrain fertile pour la croissance syndicale. Les grandes usines ont également mis plusieurs métiers sous un même toit, conduisant finalement à des alliances entre les syndicats. La réduction de la journée de travail a été l’une des principales réalisations des syndicats.

Si la syndicalisation est un phénomène plutôt répandu en Europe, et surtout en France, ce n’est pas le cas aux États-Unis. Pour les rendre officiels, et légaux, il aura fallu attendre juillet 1935 et la promulgation de la loi nationale sur les relations de travail.

Les syndicats, aux États-Unis et ailleurs, sont des organisations qui représentent, et défendent, les travailleuses et travailleurs de nombreuses industries. Dès 1935, leur création est donc autorisée officiellement par le gouvernement. Leur activité est aujourd’hui centrée sur la négociation collective sur les salaires, les avantages sociaux et les conditions de travail de leurs  membres. Et au besoin, sur la représentation de leurs membres lors de litiges, comme dans le cas de Paizo ici, avec la direction. Aux États-Unis, les grands syndicats se livrent également à des activités de lobbying et d’électoralisme au niveau des États et au niveau fédéral.

Le pourcentage de travailleurs et travailleuses appartenant  à un syndicat varie selon les pays. En 2019, il était de 10,3 % aux États-Unis, comparativement à 20,1 % en 1983. Il y avait 14,6 millions de membres aux États-Unis, contre 17,7 millions en 1983. Le nombre de syndiqués dans le secteur privé, le cas de Paizo, est tombé à 6,2 %, soit un cinquième de celui des travailleurs du secteur public, qui est, lui, à 33,6 %.

À noter que plus de la moitié des personnes syndiqués aux États-Unis vivent dans seulement sept États : la Californie, New York, l’Illinois, la Pennsylvanie, le New Jersey, l’Ohio et l’État de Washington. Alors même que ces sept États ne représentent qu’environ un tiers de la main-d’œuvre nationale. Au rang mondial, en 2016, les États-Unis occupent la cinquième plus faible densité syndicale des 36 pays membres de l’OCDE.

Au 21ème siècle, les syndicats les plus importants sont parmi les employés du secteur public tels que les employés municipaux, gouvernementaux, le corps enseignant et la police.

Bien que beaucoup plus petits par rapport à leur nombre maximal de membres atteints dans les années 1950, les syndicats américains restent un facteur politique, à la fois par la mobilisation de leurs propres membres et par des coalitions avec des militants partageant les mêmes idées. Les syndicats américains s’organisent autour de questions telles que les droits des migrants, la protection de l’environnement, la politique commerciale, les soins de santé et les campagnes sur le salaire minimum vital.

Contre-balancier, certains membres du parti républicain mènent des campagnes contre les syndicats. On connaît également les remous qu’Amazon traverse, et combat, avec, contre la syndicalisation de ses équipes.

Paizo, l’union fait la force

C’est dans le communiqué de presse du tout frais syndicat UPW de Paizo que l’on découvre son annonce et mission :

« Paizo est l’un des plus grands éditeurs de jeux de rôle sur table au monde, produisant plus de 10 livres à couverture rigide par an, ainsi que de nombreuses aventures numériques et accessoires de jeu. Paizo mène également certaines des campagnes de jeu les plus réussies de l’histoire du jeu de rôle, avec des joueurs réguliers dans plus de 36 pays. Cependant, malgré ce succès, les travailleurs de Paizo sont sous-payés pour leur travail, obligés de vivre dans l’une des villes les plus chères des États-Unis et soumis à des conditions de crise intenables sur une base régulière. »

« Bien que les efforts d’organisation de la main-d’œuvre de Paizo soient déjà en cours depuis un certain temps, les départs soudains de plusieurs employés de longue date en septembre et les allégations subséquentes d’irrégularités managériales par d’anciens employés de Paizo ont mis en évidence le déséquilibre de la relation employeur/employé », indique le communiqué de presse d’UPW. « Ces événements, ainsi que les conversations internes entre les travailleurs de Paizo, ont révélé une tendance aux pratiques d’embauche incohérentes, à l’inégalité salariale dans l’ensemble de l’entreprise, aux allégations de violence verbale de la part des dirigeants et de la direction, et aux allégations de harcèlement ignorées ou dissimulées par ceux qui sont au sommet. Ces résultats ont encore renforcé la nécessité de politiques plus claires et de protections plus solides pour les employés afin de s’assurer que le personnel de Paizo puisse se sentir en sécurité dans son emploi. »

Le communiqué de presse de jeudi a été signé par plus de 30 employés actuels de Paizo, y compris les concepteurs principaux de Pathfinder et de Starfinder, sur un total de 135 personnes travaillant pour la société.

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