Pourquoi les Party Games nous font marrer. La science du rire nous l’explique

Temps de lecture: 4 minutes

Combien de joueurs et de joueuses de Party-Game faut-il pour changer une ampoule? Un qui est sur l’échelle et tous les autres qui miment l’ampoule

Vous êtes-vous déjà tapé un fou rire en jouant à un jeu de société? Au point de ne plus pouvoir vous arrêter de rire pendant 2-3-5 minutes? Perso, le tout dernier fou rire qui me vient à l’esprit s’est produit pendant une partie endiablée de délire d’Affinity l’été passé

Le principe du jeu? Composer une phrase à partir de trois fractions imposées, à la « cadavre exquis » mais en solo, tout ça pour faire deviner une émotion aux autres

Je me souviens (mais vaguement) d’avoir dû faire deviner l’émotion « glauque », en associant « belle-mère » et « balade ». Le résultat fut autant surprenant que… désopilant. Gros, gros fous rires à la table, difficile de se rattraper après

Je me demande encore aujourd’hui ce qui a pu déclencher ce fou rire. Qu’est-ce qui nous fait rire? Pourquoi est-ce que les / certains Party-Games nous font marrer?

L’humour, vague

Forcément, pour parler de rire, il faut bien commencer quelque part. Par la définition de l’humour, par exemple, ça semble être une idée plutôt pas mal

Sauf que

Le concept d’humour est insaisissable. Bien que tout le monde comprenne intuitivement ce qu’est l’humour et que les dictionnaires le définissent simplement comme «la qualité d’être amusant», il devient plutôt difficile de le définir d’une manière qui fait le tour de tous les aspects

L’humour peut évoquer un sourire 😊 ou un rire explosif 🤣 Il peut être amené par des mots, des images, des actions et situations, des photos, des films, des sketches ou des pièces de théâtre. Et cela peut prendre plusieurs formes, allant de blagues innocentes sympatoches à des sarcasmes cinglants qui piquent, en passant par des gags physiques (hello Charlie Chaplin) ou des jeux de mots cérébraux et surprenants

Supériorité et plus si affinités

La théorie de l’humour la plus ancienne, qui remonte à Platon et à d’autres philosophes grecs antiques, postule que les gens trouvent l’humour dans les malheurs des autres parce qu’ils se sentent supérieurs. Le cas du rire engendré lorsque l’on voit quelqu’un chuter

Le 18ème siècle a donné lieu à la théorie de la libération. La version la plus connue, formulée plus tard par ce comique méconnu que fût Sigmund Freud, soutenait que le rire permettait aux gens de se défouler ou de libérer une « énergie nerveuse » accumulée

Selon Freud, ce processus explique la raison pour laquelle les thèmes et les blagues sur le sexe ou sur des sujets sensibles (ethnies, tabous, sujets de société) peuvent nous amuser (hello Blanc-Coco, ou Cards Against…)

Lorsque la punchline déboule, l’énergie dépensée pour supprimer des émotions inappropriées, telles que le désir ou l’hostilité, n’est plus nécessaire et est libérée sous forme de rire

Une troisième explication de longue date de l’humour est la théorie de l’incongruité. Les gens se moquent de la juxtaposition de concepts incompatibles et du mépris de leurs attentes, c’est-à-dire de l’incongruité entre attentes et réalité

Ceci est une évolution, pas une révolution

Il n’y a pas que les humains qui rient, d’autres espèces animales le font aussi. Et on rit depuis des lustres. De là à dire que le rire joue un rôle social, chez l’animal en général (donc nous aussi), il n’y a qu’un petit pas

On peut même séparer deux types de rires sociaux qui ont marqué notre / l’évolution: les éclats de rire spontanés, émotionnels, impulsifs et involontaires sont une expression sincère de l’amusement et de la joie et une réaction à la plaisanterie. On le voit (je le vois) dans les sourires d’un enfant (les miens, souvent) ou de… chatouilles

Ce type d’amusement s’appelle rire de Duchenne, d’après le savant Guillaume-Benjamin-Amand Duchenne de Boulogne, qui l’a décrit pour la première fois au milieu du XIXe siècle

Inversement, le rire non-Duchenne est une imitation étudiée et peu émotive du rire spontané. Les gens l’utilisent comme une stratégie sociale volontaire – par exemple, lorsque leurs sourires et leurs rires rythment des conversations ordinaires, même lorsque ces discussions ne sont pas particulièrement amusantes. Les rires que l’on entend souvent rythmer les repas. On rit, parce qu’il le faut bien. Même s’il n’y a, au final, pas grand-chose de lolesque

On reconnaît que les expressions faciales et les voies neuronales qui les contrôlent diffèrent entre les deux types de rire. Le « rire de Duchenne » apparaît dans le tronc cérébral et le système limbique (responsable des émotions), tandis que le rire de type « non-Duchenne » est contrôlé par les zones prémotrices volontaires (censées participer aux mouvements de planification) du cortex frontal

Ces deux formes de rire et les mécanismes neuronaux qui les sous-tendent ont évolué à des moments différents. Le rire spontané trouve ses racines dans les jeux des premiers primates et présente en fait des traits communs avec les vocalisations animales. Le rire contrôlé peut avoir évolué plus tard, avec le développement de conversations informelles. La météo, pour ou contre le Brexit, tout ça

Du Game, du Party

Une chose est sûre, et a été prouvée, on rit plus et plus souvent à plusieurs que seul.e

Cet aspect social est fondamental dans les jeux de… société. Jouer à plusieurs permet de rire, en « Duchenne » ou en « non-Duchenne ». Comme les Party-Games impliquent qu’une expérience soit vécue à plusieurs, il y a de fortes chances que le rire s’immisce et saisisse

Dans les Party-Games qui se jouent en équipe, la très grande majorité, on rit souvent des / contre les autres pour marquer sa supériorité. Dans les Party-Games qui se jouent en solo contre ou avec les autres, on rit lors d’une situation incongrue et/ou par supériorité. Voire par assouvissement et relâchement d’énergie. Dans les Party-Games coopératifs, et il y en a aussi beaucoup, on peut commencer à taper dans du « non-Duchenne » dans la joie et l’allégresse

En ce qui me concerne, quand je repense à cette fameuse partie d’Affinity de juillet 2018 avec ma belle-mère in ze place, je comprends un peu mieux pourquoi on s’est tous marré. Les belles-mères ont toujours un rôle de casse-bonbon (sauf la mienne qui est adorable) (je suis obligé de dire ça, mon épouse lit tous mes articles)

Et vous, quel jeu vous a bien fait marrer, et pourquoi?

3 responses to Pourquoi les Party Games nous font marrer. La science du rire nous l’explique

  1. Lionel says:

    La carte trahison à rising sun, ça fonctionne à tous les coups 😈

  2. Chrys M says:

    Merci pour toutes ces informations.
    Pas plus tard qu’aujourd’hui et même hier soir, y’a eu des rires et des sourires, sur gang of four, kingsburg et même starcraft le jeu de plateau !
    Mais des fous rires… Ca date, je ne me souviens même plus de mon dernier fou rire…
    Des jeux qui permettent de rire sont le concept, le pictionnary, les jeux de QR (dans une certaine mesure), le time’s up éventuellement… Y’a le rire moqueur et y’a le rire bon-enfant ou bienveillant… Même dans ces jeux-là, parce que ça dépend de la personnalité des joueur-e-s…

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