Jeux de société et société de consommation : pour l’amour de l’artefact

Vinyl Breakfast Plate, Flickr, CC, by Christian Bardenhorst
Vinyl Breakfast Plate, Flickr, CC, by Christian Bardenhorst

Et nous poursuivons notre cycle sur les jeux de société et la société de consommation, le dernier article en date parlait des égéries du jeu tel que Bruno Cathala.

Bye Bye 

En ce début de 21e siècle, le monde autour de nous se dématérialise peu à peu: pour sauvegarder ses données sur son ordinateur, on est passé d’une disquette (années 80) au Cloud aujourd’hui (Apple, Dropbox…)

Pareil pour la musique: les albums étaient sur vinyle pour la grande majorité du 20e siècle pour finir en 2014 en streaming totalement virtuel : spotify, apple radio, pandora, etc.

Faut-il encore revenir sur la révolution numérique littéraire et de l’avènement des epub avec les tablettes et autres liseuses?

Les app sur smartphones sont également là comme témoins flagrants de cette révolution immatérielle. Le smartphone, certes « en dur », se transforme en précieux assistant quotidien pour jouer, écouter, s’informer, s’entraîner, regarder, photographier, échanger, etc. Plus besoin de rien d’autre, ni même d’ordinateur dont les ventes ont chuté, votre smartphone se propose de tout faire pour vous, voire encore plus.

Vous l’aurez compris, tout autour de nous la tendance de la dématérialisation se renforce jour après jour. Mêmes les amis et les vraies relations sociales sont remplacées au détriment « d’amis sur FB » ou d’abonnés sur Twitter.  Les progrès informatiques de plus en plus rapides modifient en profondeur nos modes de consommation, et ceci à une vitesse qui s’accélère.

Papy fait de la résistance

Et le jeux de société dans tout ça, me direz-vous?

Comme les collectionneurs, les passionnés, les nostalgiques qui restent attachés aux bons vieux vinyles, aux vrais livres faits de vrai papier avec de vraies pages, le jeu de société reste encore un (dernier?) bastion de l’artefact du réel de nos loisirs.

Si nous, joueurs, consommateurs, sommes encore à acheter des jeux, en moyenne pour 20 à 60 euros par mois (sondage effectué sur 539 personnes en mars 2014), l’une des raisons, entre beaucoup d’autres, reste cet attachement au matériel. Un jeu de société, c’est du papier, du carton, du bois, de plastique. Du dur, que l’on peut toucher, manipuler, sentir, goûter, presque. Si l’immatériel ne s’adresse qu’à notre sens de la vue, le matériel, lui, pourrait presque inclure les cinq.

Prenez l’exemple du poker. Si vous allez un jour participer à un grand tournoi de poker, à Las Vegas ou ailleurs, observez les joueurs manipuler les jetons. En plus de leur maîtrise du jeu, nombreux sont les joueurs de poker qui sont devenus de sérieux « jongleurs » de jetons, qui les font virevolter d’un doigt à l’autre, mélangent leurs piles, etc. A tel point quand dans certains tournois le bruit en devient assourdissant, ex. les WSOP à Las Vegas. Car au final, les joueurs ont besoin de toucher du réel, peut-être pour s’occuper, peut-être aussi pour ancrer leur présence à la table grâce au matériel touché, senti, ressenti.

Encore une fois, un jeu de société, c’est énormément de manipulation. A commencer par la mise en place, qui s’avère parfois extrêmement longue et fastidieuse, nous connaissons tous des jeux  pour lesquels il faut passer 20, 30, parfois même 40 minutes d’installation avant de pouvoir jouer. Mais au final, aussi longue qu’elle puisse être, toute cette préparation n’est que la première étape du plaisir ludique qui inclut, en plus de réfléchir et partager, également celui de toucher, de prendre, de pousser.

C’est en cela que le jeu de société reste un objet de consommation atemporel et chéri, il s’oppose à la mode actuelle de la dématérialisation. D’ailleurs, si de plus en plus de jeux sont portés sur tablettes, tel que sur iPad par exemple, il serait extrêmement intéressant de mener une étude pour voir à qui s’adresse réellement ces jeux: aux gens qui ne connaissent pas le jeu de base, ou au contraire aux initiés qui le pratiquent déjà « en dur » et qui veulent profiter d’une version de voyage et numérique? Je pencherais plutôt pour la deuxième option, même si ce n’est que pure hypothèse.

Chassez le naturel et il revient au galop. Ou plutôt en 2014, chassez le matériel et il revient au galop. Le jeu de société et sa consommation ne sont pas prêts de s’arrêter.

2 Comments

  1. Oui , pour ma part, j’achète les jeux pour être en face à face ! J’ai acheté quelques jeux de plateux sur iPad , pour « voir » mais je n’y joue jamais . Le contact humain, la psychologie du visuel, ou simplement la rigolade/ambiance du moment vaut beaucoup . Le matos compte aussi.

    Le matériel d’aujourd’hui me donne le goût de le posséder ( ici je résiste au « collectionnite aiguë  » mais c’est difficile ), et le toucher compte beaucoup, ainsi que la vue du plateau ( ou le toilage de la carte et son contenu aussi ).

    Je me suis intéressé aux jeux de société moderne lorsque les thématiques se sont améliorées et que le matériel devenait professionnel . Et surtout , depuis la montée des jeux en ligne qui dépersonnalisait les relations personnelles .

    Le jeu en ligne restera mais le jeu ( de plateau , pour ma part) a attisé mon intérêt avec la montée d’Internet, par opposition je dirais. J’ai bâti mon club dans cette perspective , pour m’adresser à une clientèle trop accrochée de la console . Et ça réussi …

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  2. Encore un très bon article, merci Gus !

    Oui le matériel dans les JdS a encore de beau jour devant lui.
    En fait la question est de chercher l’essence du bien culturel / loisir (appelez comme vous voulez)

    En musique ce qui compte c’est le son, en littérature le texte, donc on peut changer le support ça n’aura pas d’effet (ou ne devrait pas)
    Dans ce sens Bruno Faidutti a fait un billet intéressant sur le livre numérique.

    En JdS l’essence c’est ce qui se passe autour de la table, associé à la manipulation du matériel.
    Ya rien à faire dans jeu de société, il y a société (ça marche dans d’autre langue: boardgame => board…)

    Effectivement les portages numériques des JdS sont plus décoratifs: une version « voyage », de « dépannage »… mais pas le cœur.

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