Un label écologique pour les jeux de société

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A la suite de notre article sur 8 suggestions en stratégie marketing du jeu, nous nous sommes posé la question sur une évolution du marché du jeu, pour y jeter une perspective future possible, autrement dit, un futurible.

Et si les éditeurs de jeux se mettaient à produire de manière écologique, de l’éco-conception ?

Ah Gudule

La crise environnementale actuelle est sérieuse et inquiétante : les émissions de CO2 n’ont jamais été aussi élevées dans l’atmosphère, et la fonte des glaces arctiques jamais aussi rapide dans toute l’histoire de l’humanité.

La faute à quoi ? Aux activités humaines : industrialisation, transports, énergie et alimentation. La faute à qui ? A nous : à nos modes de vie prédateurs en ressources et en confort. La recherche du bien-être et du plaisir passe bien trop souvent par l’avoir plutôt que par l’être.

Comme le chantait déjà Boris Vian en 1956 dans sa superbe chanson « la complainte du progrès » :

« Ah Gudule, viens m’embrasser, et je te donnerai…

Un frigidaire, un joli scooter, un atomixer
Et du Dunlopillo
Une cuisinière, avec un four en verre
Des tas de couverts et des pelles à gâteau!
Une tourniquette pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur pour bouffer les odeurs
Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux…
Et nous serons heureux! »

Et nous serons heureux. Avoir pour être heureux. Plus de biens pour être bien.

Les éditeurs pourraient saisir la balle au bond et proposer une production plus responsable et soucieuse de l’environnement à l’empreinte écologique faible.

Bilan

L’industrie ludique consomme, entre autres :

  • Eau, pour la production industrielle
  • Plastique, donc pétrole
  • Papier & carton, donc cellulose tirée des arbres
  • Encres, à base de pétrole pour la plupart
  • Electricité, à base de nucléaire ou de ressources fossiles

Et rejette :

  • Des déchets, une fois le jeu jeté
  • Des émissions de gaz dû au transport

Sans compter les aspects éthiques liés aux conditions de travail : enfants employés ? Salaire ? Protection ?

Origine

La traçabilité de nos boîtes de jeux est aujourd’hui extrêmement faible. Un « made in China » n’informera pas sur l’origine du papier des cartes ni du carton. D’ailleurs, quel joueur-acheteur lambda s’est déjà posé la question de savoir où, comment et par qui était produite sa boîte ?

Nous ne sommes pas une société matérialiste comme on aime nous le faire croire, et c’est bien dommage. Une société matérialiste saurait d’où proviendrait la matière, car attachée à elle.

Nous n’avons aujourd’hui strictement aucune idée comment nos jeux, ou habits, ou téléphones portables sont produits. Nous sommes dans une société consumériste, ça oui, mais pas matérialiste. L’important est d’acheter, d’avoir. Le besoin de posséder est féroce, mais paradoxalement pas celui de connaître l’origine du produit. De nos jours, la plupart des clients de supermarchés font de plus en plus attention à l’origine de leurs fruits et légumes, ce qui n’est pas le cas pour les jeux. Il faut toutefois soulever que l’origine de l’alimentation est clairement indiquée, mais pas encore pour l’industrie du jeu.

Coût

Pourquoi produire en Chine quand on peut produire en Europe ? Parce que c’est moins cher, évidemment. Puisqu’on ne peut plus nier l’impact de notre activité économique sur l’environnement, l’industrie du jeu pourrait assumer ses responsabilités. Et les consommateurs aussi.

Seriez-vous prêts à payer votre jeu 3-5 euros de plus pour une production européenne plutôt que chinoise par exemple ? On en viendrait à dépenser plus, certes, on achèterait par conséquent moins, mais mieux, et là se conjugue le nouveau paradigme ultime à mettre en place. Moins pour mieux.

Label

Il est temps d’instaurer un système de label environnemental pour l’industrie du jeu. Car après tout, beaucoup d’objets quotidiens s’y sont mis : cosmétiques, habits, alimentation. Les jeux devraient faire pareil.

La maison d’édition de jeux française la plus connue dans cette niche environnementale est Bioviva, qui s’astreint un cahier des charges d’éco-conception précis et pointu: utilisation de matériau recyclé, production locale ou proche, peu de transport, aucune utilisation de plastique, encres végétales. C’est possible.

Alors, à quand des cubes en bois FSC ? Du plastique en résine de banane ? Des cartes en papier recyclé dans la plupart des jeux?

Amigo, l’éditeur allemand bien connu pour ses petits jeux de cartes, vient juste de s’y mettre à la fin 2011, en lançant leur toute nouvelle gamme Ö-Koo (pour écologie et coopératif).

Le poids lourd allemand Queen Games appose depuis quelques mois un timbre écologique sur ses jeux pour indiquer une empreinte carbone relativement faible. Pour peu que vous soyez attentifs en ouvrant leurs boîtes, vous y verrez le sceau discret sur le pourtour intérieur de la boîte.

Proposer un label écologique et éthique sur ses jeux prouvera son engagement. Plus que du « greenwashing », un tel label mettra l’éditeur et le consommActeur en face de leurs responsabilités. Produire & consommer, oui, mais mieux.

Le bilan du développement durable,concept né dans les années 90 et translaté dans les années 2000, est aujourd’hui exécrable. On a voulu prôner un développement « intelligent »mais on réalise que le but n’a pas été atteint; on continue à se développer, et de manière insoutenable pour notre planète.

Le terme de décroissance n’est vraiment pas sexy, on pense aussitôt à retourner vivre dans une caverne sans électricité ni Caylus, alors qu’il n’en est rien. La notion de décroissance prône plutôt un ralentissement. On devrait parler en 2012 de déconsommation, consommer moins pour consommer mieux.

Les éditeurs de jeux ont eux aussi leur rôle à jouer, pour autant qu’ils aient en face des consommActeurs intelligents et exigeants. Et comme tout le monde le sait, jouer rend intelligent.

A lire également les propositions claires émises par Bioviva en 2010 pour améliorer l’éco-conception des jeux « standards ».

Et vous, êtes-vous sensible à l’origine de vos jeux? Seriez-vous intéressé par un éco-label ludique?

5 réflexions au sujet de « Un label écologique pour les jeux de société »

  1. bonjour

    personnellement je regarde où est fabriqué la boite que j’achète mais je n’ai pas le choix le jeu un fois fini en vente dans le magasin . j’aimerai qu’il y ai des boites avec moins de vide dedans. ça veux peut être impliquer de repenser la disposition en magasin comment mettre en valeur des plus petites boites. il y a des boites fabriquées en chine je pense d’ailleurs au jeu dont le mot est imprononçable et dont la peinture envahie la pièce chaque fois que je l’ouvre mais voilà c’est un jeu familiale passe partout alors difficile de résister à l’achat. j’aurai aimait payer 5 euros de plus et être plus en accord avec l’écologie , le droit du travail, les conditions de vie humaine si différente sur la planète selon le lieu où nous avons la chance ou la malchance de vivre. et parfois je suis contente de découvrir au dos de la boite de trafic avec 3 f qu’il est fabriqué au canada. là je me dis c’est encore possible . il y a de l’espoir est ce donc une histoire de prise de conscience ?

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  2. Bonjour
    En tant qu’animateur, responsable de ludothèque, je n’achète plus aucun jeu fabriqué hors Europe. Comment jouer avec des objets fabriqué dans des conditions écologiques et sociales indignes, et éventuellement bourrées de produits toxiques ?
    Pas beaucoup de temps aujourd’hui, mais les fournisseurs ne manquent pas qui proposent des objets corrects, et je pense qu’on peut se passer des autres.
    Martial

    J'aime

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