Gloutonnerie ludique

L’excellent et acerbe site ludique de Matt Drake, Drake’s flames, a publié un billet le 2 mai 2011 sur la gloutonnerie ludique et sur la médiocrité de certains jeux.

En accord avec son auteur, nous avons décidé d’en traduire certains passages que nous avons trouvé fort pertinents.

Voici ce que l’article dit:

Il y a beaucoup trop de jeux. Ceci peut paraître une hérésie, surtout puisque ce site survit car des gens m’envoient de nombreux jeux.

Tout d’abord, à moins d’avoir énormément plus de de temps libre qu’un employé de bureau lambda, il est carrément impossible de jouer à tous les jeux qui sortent. Il y en a des centaines qui sortent chaque année, et même si vous aviez le budget de tous les acheter, le seul moyen de lire toutes les règles et de jouer à tous les jeux serait de n’avoir rien absolument d’autre à faire. Nous n’avons pas besoin de tous ces jeux, car nous n’avons en fait pas le temps d’y jouer.

« Mais attendez, je n’ai pas besoin de jouer à tous, juste à ceux que j’aime! » me direz-vous.

« C’est justement ce que je veux dire! Vous n’avez besoin que des jeux fun! Nous n’avons pas besoin des mauvais! » répondrai-je.

En fait, les gens achètent tellement de jeux juste pour rester à jour avec le nombre insensés de jeux qui sortent chaque mois que les clubs de jeux ont changé leur manière de fonctionner. Avant, quand vous y alliez avec vos amis, tous avaient lu les règles d’un jeu, et vous passiez plusieurs heures à ne jouer qu’à un seul jeu. Maintenant, quand vous vous y rendez, il y a des douzaines de personnes qui jouent à quelque chose de différent, et il y a cette folle urgence de vouloir tout essayer. Seul le possesseur du jeu en a lu les règles, il les explique aux autres, donc personne ne les comprend exactement et complètement. Ils décident s’ils aiment le jeu ou pas, et passent ensuite au prochain. Ils ne jouent à rien deux fois, même s’ils ont aimé un jeu la première fois, car ils doivent en essayer d’autres pour justifier d’acheter une autre douzaine de jeux le mois prochain.

Et c’est stupide, car si vous ne jouez à un jeu qu’une fois seule fois, alors le coût de votre divertissement sera fort élevé par heure. Si vous achetez un jeu pour 40 euros, 60 CHF, que vous n’allez jouer qu’une seule fois, que vous allez finir en 45 minutes, alors vous payez 80 CHF pour une heure de divertissement et plaisir ludique.

Prétendons que vous pouvez passer par-dessus ce problème de temps et de budget. Prétendons que vous avez en fait le temps et les ressources financières pour acheter et jouer à tous ces jeux. Et bien vous avez toujours un souci, celui de n’avoir pas tellement de plaisir avec.

Si vous jouez à de nombreux jeux, alors vous savez ce qu’est le jeu de comparaison. C’est là que vous jouez à un jeu et dites : « il ressemble pas mal à cet autre jeu », et vous décidez alors lequel est mieux. Si le nouveau jeu est mieux, alors vous êtes coincés avec un plus vieux qui n’est pas aussi fun. Si le vieux jeu est mieux, alors vous êtes foutu de jouer à un clone inférieur. Dans les deux cas, le monde n’avait pas besoin des deux jeux. Il n’en avait besoin que d’un seul.

De plus, il est impossible d’avoir du plaisir avec tous les jeux auxquels vous avez joué jusqu’ici. Vous avez peut-être eu du plaisir avec votre entourage, mais si vous jouez à de nombreux jeux, alors vous savez vraiment qu’à certains moments, vous ne pouviez plus attendre que le jeu finisse. Dans ce cas-là, vous avez plus dépensé que pour aller au cinéma par exemple.

Tous ces arguments sont des généralisations et des assomptions qui ne s’appliquent pas forcément à vous.

Pour vraiment tirer le maximum d’un jeu, vous devez y jouer plusieurs fois. Si un jeu révèle tout son aspect fun après juste une partie, alors il n’est pas très fun. Si vous avez compris comment y jouer après une seule partie, alors il ne va pas s’améliorer. Et ceci arrive souvent, ce qui est triste. Et cela arrive parce que le marché soutient tellement de jeux qui sont mauvais, publiés et même vendus. Un marché plus souple devrait dicter où ces jeux devraient se trouver, dans la poubelle de recyclage.

Si les éditeurs passaient moins de temps à se concentrer sur la quantité et plus sur la qualité, les jeux seraient alors mieux. Ils passeraient plus de temps en développement et en test, et de vrais professionnels seraient engagés pour élaborer marketing, design et graphismes. Prenez par exemple Earth Reborn. The blockbuster de jeux de figurines est excellent à jouer, mais visuellement, il vous rend aveugle tellement il est affreux. Prenez un marché différent, plus lent, et Earth Reborn aurait pu passer 6 mois supplémentaires en production et design, pour arriver à un jeu nettement amélioré.

Il serait facile de mettre la faute uniquement sur les éditeurs de faire de mauvais jeux. C’est une accusation facile, puisque nous dépendons d’eux pour jouer aux jeux qui sortent. Nous y jouons, et attendons que les éditeurs fassent leur travail correctement, et quand cela n’est pas le cas, nous ne pouvons faire rien d’autre que nous plaindre.

Mais nous sommes ceux qui rendons cette gloutonnerie possible. Nous sommes ces crétins qui passons une commande à 300 euros pour économiser sur les frais d’envoi, et poussons un nouveau colis alors que nous n’avons pas encore déballé les jeux du précédent. Nous sommes ceux qui viennent à une journée jeux avec douze jeux, n’y jouons qu’une seule fois, et les plaçons ensuite sur les étagères pour en faire une photo et être fier de la poster sur Boardgamegeek (ou TricTrac pour les francophones, ndtr). Nous ne sommes certes pas ceux qui faisons tous ces mauvais jeux, mais nous sommes ceux qui les rendent possible. Et avant que nous ne fassions plus attention à nos habitudes de consommation, les éditeurs continueront à nous abreuver de leurs mauvais jeux non testés.

Je suis persuadé qu’à partir de là, certains d’entre vous seront énervés. Je pense que les gens énervés font partie de deux catégories. Vous êtes soit un joueur dilapideur avec un self-control d’un gamin de cinq ans avec une carte de crédit volée dans un magasin de jouets, ou vous êtes un éditeur prolifique qui sortez des jeux comme une diarrhée.

Je ne peux rien faire si vous êtes énervés. Si vous êtes fâché parce que je vous ai fait porter votre attention si votre consommation inutile, alors vous êtes bienvenu. Je vais peut-être vous faire reconsidérer tous ces jeux que vous achetez, et vous donnez plus de plaisir pour moins d’argent.

Si dans le deuxième cas, vous êtes un éditeur, votre première réaction sera que si vous ne publiez pas de jeux, vous ne pouvez pas survivre. Et franchement, je comprends. Mais ce cycle doit s’arrêter avant que nous nous noyons dans des clones de jeux abominables et d’horribles rééditions de jeux de Knizia. Et considérez ceci : les jeux qui se vendent le mieux sont les jeux qui sont les mieux. Faites-en plus de ceux-ci, et moins de mauvais. Portez votre attention sur des jeux de qualité. Vous ferez autant d’argent, car nous sommes pratiquement dépendants à eux. Nous achèterons les jeux. Nous dépenserons probablement la même somme d’argent. Mais de cette manière, nous aurons plus de plaisir. Et n’est-ce pas pour cette raison que les jeux sont faits ?
OK, je ne pense pas que les éditeurs vont accepter cette explication. Ils savent comment faire de l’argent, et à mon avis, tant que ça marche, ils vont continuer. Comme c’est normalement le cas dans un libre marché, le changement doit provenir du consommateur. Voulez-vous de meilleurs jeux ? Arrêtez d’acheter les mauvais. Jouez à tous les jeux en tout cas trois fois avant d’en acheter de nouveaux. Si vous connaissez des gens qui se vantent du nombre de jeux qu’ils possèdent, rappelez-leur qu’ils sont des losers.

Jouez aux jeux que vous aimez, et jouez-y plusieurs fois. Ne jouez pas aux jeux uniquement parce que vous voulez avoir un échantillon de tout. Vous aurez plus de plaisir et ainsi économiserez de l’argent. Et quand les mauvais jeux finiront dans les décharges de médiocrité, les éditeurs seront forcés de faire de meilleurs jeux, qui sera un gain pour tous.

Voici, en gros, ce que disait Matt Drake dans son article. Moins de jeux pour plus de qualité. Nous sommes, nous, joueurs, consommateurs, appelés à devenir de réels consomm-acteurs, des acheteurs pas compulsifs mais intelligents, c’est ce qui changera la qualité de jeux.

En janvier 2011, nous parlions déjà de ce phénomène de surproduction ludique nuisant à la qualité générale, article ici.

Pour lire l’article complet de Matt, c’est ici.

Qu’en pensez-vous de tout ça? Êtes-vous d’accord que cette surproduction ludique mette en danger la qualité?

12 Comments

  1. Allez Gus, sois pas négatif, moi j’aime bien venir découvrir des nouveaux jeux chez toi. 🙂

    Mais c’est vrai que des fois, on se demande ce qu’apportent certains nouveaux jeux, à part peut-être un nouveau graphisme. Quant à la collectionnite aigüe, c’est une problématique qui va bien au delà du monde des jeux… Comment ça, t’as pas la dernière extension de Carcassonne? Trop naze le gars… Sur le plan écologique, ça m’a fait penser au reportage d’hier soir sur le freeganism. J’imagine des hordes de gamers freegan qui iraient fouiller dans les poubelles de magasins de jeux pour récupérer des jeux encore tout à fait utilisable malgré le fait qu’ils soient passés de mode.

    PS: dans ta collection, t’as des jeux de société premier âge pour nain de moins de 4 mois?

  2. Sans moi ce samedi, je vais faire du recrutement de joueurs pour agrandir la communauté. Bébé né une semaine avant le notre et parents amateurs de Colons de Catane rencontrés en cours de préparation à l’accouchement (c’était le seul autre couple qui avait l’air normal), alors soirée avec intérêts communs. J’essaierai de faire mon grand retour pour le mois de Juin 🙂

  3. Salut,

    Je me suis permis de reprendre une courte citation de votre traduction de cet édito sur mon site.

    Nous sommes un petit club de jeux, précisément dans l’optique de ne pas cautionner cette overdose ludique qui est en train de tuer tout intérêt.

    ++

    http://www.stratejeux.com

  4. Bonjour,

    Merci pour cet article.

    J’avoue m’être reconnu à certains moments, et cela ne m’a pas énervé, donc déjà c’est bon signe.

    De mon coté, il est clair, qu’il y a un manque de temps évident pour jouer à certains des jeux que j’ai, mais j’espère pouvoir trouver le temps nécessaire rapidement.

    A savoir que certains éditeurs ont trouvé une sorte de volonté similaire à ce que tu suggères (même si l’argent reste le but ultime). En effet, on arrive à trouver de très bons jeux (à mes yeux) qui ont leur lot d’extensions afin d’améliorer les possibilités, la durée de vie et agrémenter le jeu de base. Donc certes, on se retrouve à vouloir acheter toutes les extensions, mais si le jeu est bon, on ne reste que sur un seul jeu et les éditeurs s’y retrouvent forcément.

  5. Cet article est fort intéressant mais il part de constat qui sont partiellement faux. Premièrement, qui a le droit de dire que tel jeu est bon ou mauvais. Qui a la science infuse au point d’avoir la vérité. En ce qui me concerne, je n’aime pas certains jeux alors qu’ils sont aimés par d’autre. Je ne dis pas pour autant que ce sont de mauvais jeu, simplement des jeux que je n’aime pas. Ensuite, est ce que les joueurs ont l’obligation d’acheter tous les jeux ? Bien sûr que non. Il s’achète ceux qu’ils veulent. Aujourd’hui il y a suffisamment de site d’information, de magazine, de forum pour savoir plus ou moins quel jeu peut nous intéresser. Cette surabondance de jeux permet justement ce choix qu’il n’y avait peut être pas avant. Et c’est d’ailleurs, nous éditeur, qui en payons plus ou moins le prix car là où on pouvait espérer vendre plusieurs milliers de boîtes, nous en vendons moins donc nous devons adapter nos tirage à cette nouvelle réalité. Or le coût de production d’un jeu va dépendre de son tirage et cela n’est pas forcément répercuté sur le prix de la boîte. Donc, je ne vois pas en quoi le joueur est perdant par rapport à la surabondance de jeu. Disons simplement que son choix est plus grand et donc plus difficile à faire. Mais cela ne l’empêche pas de jouer plusieurs fois à plein de jeu. Sauf si c’est son choix.

  6. Je veux bien tenter de dire quel jeu ‘papier’ payant est mauvais :

    – Le jeu adapté d’un jeu du folklore populaire (monopoly, jungle speed, perudo, thiercelieux etc) : ils devraient rester gratuits, mais encore une fois, si les gens veulent acheter des échecs star wars, ça les regarde.

    – Le jeu à jeter : marrant 10mn, à la onzieme, poubelle on a fait le tour (coucou ‘can’t stop’)

    – Le jeu pas fini : plus d’argent dans la pub ou la notoriété du concepteur, que dans le développement réel du jeu. Ces jeux viennent bien souvent avec un correctif déguisé en extension (coucou Usa 1910 !^^)

    – Le jeu relooké plus cher façon Filosofia (comme ça je suis cramé pour toujours auprès d’eux) ou Fantasy Flight.

    – Le jeu qui pompe toujours les mêmes mécanismes , et remixe 2 merdes pour en faire une nouvelle en version 2.0 (coucou Mission planète rouge ^^)

    – Le jeu qui coutait 5 € en proto, et 45 € en version finale (coucou Zombies Asmodée ^^)

    – Le jeu aux 18 extensions (coucou Dominion, Alhambra, Carcassonne ^^)

    Si d’autres me reviennent en tête, je reviendrai (tututum :arnold:)

    1. Encore une fois c’est ton point de vue… et on est plus dans le j’aime pas que mauvais. Encore une fois, personne n’est obligé d’acheter tout ce qui sort. C’est l’intérêt de la diversité. Enfin, pour répondre sur certains points :

      – Le jeu qui coutait 5 € en proto, et 45 € en version finale

      Normal, tu rajoutes les coûts de fab, d’illustration, de com, la marge de chacun,… On ne fait pas des jeux que par plaisir mais aussi pour essayer de gagner sa croûte.

      – Le jeu relooké plus cher façon Filosofia (comme ça je suis cramé pour toujours auprès d’eux) ou Fantasy Flight.

      Si le relookage apporte quelque chose de plus en terme d’immersion dans le jeu pourquoi pas. Pour moi un jeu c’est un ensemble de chose dont des illustrations qui vont permettre une immersion plus ou moins importante. Ensuite, certains jeux ne serait peut être jamais sortie en langue française si il n’y avait pas eu Filosofia. Tout le monde ne lit pas l’allemand ou l’anglais.

      – Le jeu à jeter : marrant 10mn, à la onzieme, poubelle on a fait le tour (coucou ‘can’t stop’)

      L’exemple de Can’t stop est marrant car c’est typiquement le jeu qui peut se jouer à l’infini vu que basé uniquement sur du lancé de dé. Après si effectivement tu le trouves marrant que 10mn, peut être ne fallait-il pas l’acheter. Au club on en a un qui sort régulièrement de l’armoire et qui procure toujours autant de crise de rire. Et on est pas près de le jeter.

      – Le jeu adapté d’un jeu du folklore populaire (monopoly, jungle speed, perudo, thiercelieux etc) : ils devraient rester gratuits, mais encore une fois, si les gens veulent acheter des échecs star wars, ça les regarde.

      Oui sauf que si il n’y a plus de frais d’auteur, il reste quand même les coûts de fab etc… Les échecs Star wars c’est autre chose. Là on est sur une licence commercial de dérivé, donc un produit de communication sous forme de jeu certes, mais un produit de communication. Sa vocation n’est donc pas la même qu’un jeu classique.

      – Le jeu aux 18 extensions (coucou Dominion, Alhambra, Carcassonne ^^)

      Si je suis d’accord que certaines extension n’apportent pas forcément grand chose, d’autres par contre apporte un plus indéniable et permet de jouer différemment au jeu ou de façon plus poussé. Je ne suis pas fan des extensions, mais là je travaille sur un jeu où il y aura surement des extensions. Pourquoi, parce si elle était intégré au jeu de base, cela le complexifierait beaucoup trop et il toucherait donc moins de monde et il serait beaucoup plus cher. En fonctionnant comme ça, seul ceux qui seront intéressait pas cette complexification achèteront l’extension et les autres n’auront pas à payer pour cela. Et beaucoup d’extension sont dans le même cas.

      – Le jeu qui pompe toujours les mêmes mécanismes , et remixe 2 merdes pour en faire une nouvelle en version 2.0 (coucou Mission planète rouge ^^)

      Ca fait pas mal de temps qu’il n’y a pas grand chose de nouveau question mécanique si ce n’est des utilisations différentes de tel ou tel procédé. Par contre, c’est l’alchimie de différentes mécaniques mise ensemble qui est intéressante. Certes fonctionnent très bien, d’autres moins, mais là encore ça va dépendre des personnes, de ce qu’ils aiment, de leur ressenti,… Une alchimie fonctionnera avec une personne et pas avec une autre. Le jeu est-il mauvais pour autant ? Est ce qu’il y aurait un plaisir universelle, une alchimie qui plairait à tous les joueurs de la planète ? Honnêtement j’espère que non car se serait la mort du jeu.

      Je dirais que comme pour le livre, le jeu commence a atteindre une vitesse de croisière en ce démocratisant de plus en plus, ce qui implique plus de sortie, donc plus de choix, donc des frustrations aussi car on ne peut plus tout acheter. Mais comme il est impossible de tout lire aussi au niveau de la littérature. Reste ensuite des structures intermédiaire (ludothèque, bar à jeux, festival, club…) qui vont permettre de pouvoir découvrir d’autres jeux qu’on n’aura pas pu acheter faute de moyen, de temps, d’information,… Et tout cela est très bien car ça permet une certaine dynamique. Le secteur évolue, et chacun doit faire évoluer sa façon d’aborder ce secteur.

      1. Sauf que tu es aussi éditeur de jeux, Alain Éperon, ta réponse est donc à prendre en sachant cela 🙂 Forcément que tu n’as aucun intérêt à dénoncer les arnaques du monde ludique.

        Dans un club de jeux on ne cherche pas à tout acheter, mais on passe notre temps à se faufiler entre les fausses extensions & les mauvais jeux selon moi.

        Il y en a, ce n’est que mon avis de joueur.

  7. L’article met le doigt sur un truc qui m’énervait un peu : les gens papillonent beaucoup. Et j’ai vraiment vécu en direct à Cannes le fait que si tu ne présentes pas un jeu jouable à 2-3 en moins de 30 minutes, les gens n’essaient pas, car ils veulent « tout tester ». Et les professionnels sont pires. Ils rodent autour des tables, analysent en cinq minutes les tenants et les aboutissants du jeu, et repartent souvent sans même s’y installer.

    Au final, dans la salle du off, il n’y avait (à mon avis) qu’une proportion restreinte de gens qui s’amusaient vraiment. Les pros sont là pour le boulot, et les joueurs passent d’un jeu à l’autre dans l’espoir de trouver LA perle rare, sans se rendre compte qu’un excellent jeu tu ne l’aimes qu’au bout de quelques parties. Quand tu vois ce qu’il a vraiment dans le ventre.

    Je rejoins complètement AlainE : les jugements à l’emporte-pièce « ce jeu est intrinsèquement bon ou mauvais » c’est vite-fait, mais pas forcément bien fait. Et je rajoute deux éléments fondamentaux dans la découverte de nouveau jeux : les amis, et les blogs. Les uns comme les autres viennent de gens qui n’ont pas forcément la prétention d’avoir joué à tout, mais dont le ressenti sur certains jeux permet d’avoir une bonne idée de ce qu’on va aimer ou pas.

  8. Je commente très en retard.
    Oui, il y a vraiment beaucoup de jeux, mais sauf exception je ne suis pas sûr qu’il y en ait de mauvais.
    Il y a la même problématique pour les livres, BD, films, et la musique. Quand je débarque à la FNAC, ma première impression est « il y en a trop », et ma deuxième est « il y a trop de choses bien à voir ».
    Vouloir réduire la production n’a pas trop de sens car alors on peut se dire qu’on pouvait s’en tenir aux jeux classiques. Et même parmi ceux-là : pourquoi s’embarasser de 50 jeux de plis (belotte, tarot, barbu; skat, bridge………………), 50 jeux de défausse (rami, gin rami, loba…), etc. Certains consacrent leur vie aux seuls échecs, et cela suffit à la remplir.

    Le truc, c’est que l’homme invente. Impossible de le freiner. Alors si quelqu’un invente un nouveau jeu (ou écrit un nouveau thriller) en reprenant des recettes connues et en les mettant à sa sauce, pourquoi ne par lui donner sa chance à l’édition ?

    Quant à la qualité, oui, ils ne sont pas mauvais (je ne parle pas des jeux publicitaires qui en effet, ne sont intéressants que pour les amateurs de la franchise XYZ : il s’agit de l’équivalent d’une réédition avec un nouveau design). Oui, Can’t Stop est rigolo. Et on n’y jouera pas toute sa vie. Et alors ? Et puis comment le prévoir ? Le 421 ne va pas bien loin côté intérêt. Et pourtant c’est un classique des bars. Des gens aiment y jouer et y revenir. Comment prévoir cette addiction ? Jungle Speed est peut-être issu d’un jeu de folklore, mais je ne connais pas ce dernier. Jungle Speed a permis de procurer du plaisir à de très nombreuses personnes.

    Dans les commentaires, il y a a eu une remarque sur les magazines qui guident bien. Je ne suis pas d’accord. Je lis Plato et JSP (enfin plus maintenant pour ce dernier). Ces magazines sont rédigés par des fans de jeux. Pour eux (à part 2/3 exceptions par numéro) tous les jeux sont intéressants à jouer, et les critiques ne permettent pas de savoir si le jeu sera intéressant pour soi-même (d’ailleurs, il faudrait que les critiques se spécialisent afin de pouvoir faire appel à leurs critiques sur d’autres jeux pour montrer l’intérêt de tel jeu par rapport à d’autres). Même remarque sur TricTrac (et aussi sur les commentaires : il y a toujours ceux qui adorent et ceux qui détestent avec impossibilité de faire une synthèse pour soi-même). De toutes manières c’est compliqué. Qui peut dire « je n’aime que les jeux avec 3,5 pages de règles, à 3 joueurs, au thème médiéval et utilisant le mécanisme de majorité ». Non, nos goûts (je pense) sont très éclectiques. Par exemple, j’aime les jeux de Wallace pour l’intelligence de leurs mécanismes, mais je n’aime pas y jouer car ces mécanismes sont peu intuitifs et casse-tête. Je les aime en tant qu’objet (bon, ok, de fait, je ne les achète pas). J’aime Caylus, alors que la plupart des gros jeux sont trop lourds pour moi. Comment un éditeur prévoit-il cela ?

    David Langlois

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