Critique de jeu : Les Géants de l’île de Pâques

Les Géants de l’île de Pâques

ou comment faire du moyen avec du bon.

Après le très décevant Moai du très sympathique Suisse Adrian Dinu, voici un nouveau jeu dont le contexte se passe également sur l’île de Pâques.

Le thème du jeu est superbement bien rendu et exploité, un grand bravo à l’auteur pour avoir fait de véritables recherches historiques et géographiques, cela se ressent et se montre cohérent (déforestation / disparition complète du bois, collaboration des clans).

Certaines mécaniques sont intéressantes : transport collaboratif, mémoire pour les Moais levés, protection / vol des Moais ou coiffes, observation et exploitation des stratégies adverses, et le jeu s’avère bien plus fluide qu’il n’y paraît après les explications de règles et les premiers tours quelque peu pénibles.

MAIS le jeu souffre de plusieurs / bcp d’écueils qui le rendent au final presque indigeste.

Le premier problème : autant le matériel est magnifique (Moais sculptés, coiffe, plateau), autant il a été TRES mal conçu. Je m’explique : les coiffes tiennent mal, et pire, les marqueurs ne tiennent absolument pas en place sur les Moais / coiffes, donc tout tombe sans arrêt ; le marqueur de « passe » en carton à placer sur les écrans se plie méchant voire se déchire, donc on ne peut pas l’utiliser au final ; le conteneur se monte très difficilement et le carton finit par se déchirer également. Tout ça pour ça.

Oui c’est certainement être râleur que de relever de tels détails insignifiants, mais quand on essaie de faire un si beau jeu avec un tel matériel autant assumer jusqu’au bout et suivre le projet et sa qualité.

Autre gros souci : le jeu est extrêmement rébarbatif, surtout pour une telle durée. Il est indiqué 60′, mais à 4 joueurs on joue facilement plus de 120′. Les Géants est censé être un jeu « familial », mais on a méchamment l’impression de jouer à Funkenschlag qui est lui aussi un jeu fluide, long, complexe, calculatoire au possible, certes plus froid et abscons et au matériel plus… sobre dirons-nous, mais Funken passe au final bcp mieux.

Enfin, avec Sylla dernièrement, Cuba il y a quelques mois et maintenant les Géants, il serait temps qu’on BANNISSE tout simplement les enchères secrètes. Comme si les auteurs ne savaient pas comment résoudre un souci de gameplay et qu’ils y remédiaient ainsi. A lire l’explication de l’auteur, c’est l’un de ses amis qui a eu l’idée. Dommage. D’autant que le thème est bien rendu mais on ne comprend pas trop ce que cette mécanique vient y faire avec le thème.

Bref, après une si longue critique, je conclus que le jeu est beau, fluide, intéressant, mais qu’il lui manque quelques sérieux éléments pour être « plus mieux bien ». Dommage, d’autant que les éditions Matagot essaient vraiment de faire de bons jeux avec un bon matériel (cf. Utopia). Je doute que les Géants ressortent souvent de notre ludo.

Petit souci de règles : nous avons essayé de contacter l’éditeur pour lui poser une question de règles, mais sans jamais aucune réponse, bien dommage, merci le service à la clientèle ! Lors de notre dernière partie, un joueur a concentré sa stratégie à prendre de nombreuses tablettes rongo, puisqu’elles rapportent par paire 3pts à la fin. Après quelques tours, nous n’en avions plus à disposition. Est-ce prévu ? Doit-on prendre autre chose pour les remplacer ? Doit-on limiter le nombre de tablettes par joueur ? Ce joueur a finit par remporter la partie, en ayant construit quelques Moais et avec les points ainsi remportés il est passé devant tout le monde.

Mise à jour l’article du 1.2.09

Il semblerait que l’auteur et l’éditeur aient enfin écouté les doléances des joueurs, puisque les règles officielles ont changé, les tablettes rongo ne valent plus rien du tout en fin de partie, ce qui change quelque peu en bien le jeu.

Ils ont même développé une règle pour deux joueurs.

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