Le slow-play au poker

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Définitions

Le slow-play (SP) est une technique / maîtrise utilisée pour bluffer ses adversaires pour qu’ils suivent au lieu de se coucher ou lancent et relancent en croyant que vous n’ayez rien. Il s’agit en quelque sorte d’un bluff inversé ; en effet, alors que le bluff fait croire que l’on a d’excellentes cartes, le SP fait croire le contraire. Le SP est également le contraire de l’agression.

Rudiments.

Le SP se joue principalement avec une main monstre, i.e. carré, full house supérieur, suite supérieure, flush supérieur. Bref, le nuts (=la meilleure combinaison possible). Vous pouvez vous permettre à ce moment-là que tout les joueurs restent à table et lancent et relancent.

Quand c’est à votre tour de lancer et que vous êtes le premier, en SP on checkera plutôt, ou on lancera en « limp in » (=minimum de mise, i.e. big blind), rien de plus, pour faire croire que l’on n’a vraiment rien.

Quand et avec qui ?

Pre-flop et flop, check plutôt que mise, turn en limp-in, rivière mise conséquente, sans trop d’agression, on croira que vous venez de toucher une paire ou que vous essayer de voler les blinds en bluffant. En SP il ne faut pas se faire découvrir, rester profil bas, faire croire que l’on n’a rien.

Le SP marche à merveille avec des joueurs relâchés agressifs (cf article sur les types de joueurs ici), ce sont eux qui font toute l’action, il suffit de suivre tranquillement sans relancer. Le SP est la technique ultime contre ce type de joueurs.

Le SP n’est pas fondamentalement la meilleure manœuvre avec des joueurs conservateurs timides. Ils vous suivront si vous ne les agressez pas bien évidemment, mais vous risquez de ne rien recevoir au moment du showdown.

Tells

Attention à tout ce qui pourrait vous trahir :

Check : lorsque vous checkez, ne tapez pas trop fort sur la table, sinon vous risqueriez de vous piéger en prouvant que vous êtes content d’avoir touché, tapotez la table légèrement, comme à l’accoutumée.

Soupirs : surtout ne soupirez pas quand vous voyez le flop ou autres sortir, les bons joueurs comprendront tout de suite que vous êtes en train de faire croire que vous n’ayez rien, restez zen, neutre, normal.

Déprimé : n’essayez pas de paraître déprimé, comme pour le soupir, la manœuvre est trop rudimentaire pour que vos adversaires ne vous détectent pas. Encore une fois, restez neutre.

Joie : attention également à tout excitation ou enthousiasme mal dissimulés qui pourraient vous trahir, tels que votre pouls (que certains joueurs verront, cf article sur les tells ici), votre respiration, vos jambes bougeant partout. Restez neutre, zen, normal.

Risques

Le temps est un facteur important au poker. Attendre trop ou agir trop vite peut vous découvrir. En SP le temps est un facteur également critique. Lorsque vous venez de toucher au flop (= « set a flop » en anglais), un brelan, double-paire, suite ou carré ( !) et que vous ne voulez pas effrayer vos adversaires, le check est une excellente manœuvre. Veillez toutefois à ne pas le faire trop tard, imaginez-vous que vous n’ayez vraiment rien, vous checkeriez aussitôt, logique ; checkez donc vite, gérez le temps.

Attention toutefois aux mains moyennes ou fortes. En effet, comme vu plus haut, le SP est plutôt indiqué pour les mains monstres. En offrant une carte gratuite à vos adversaires en checkant tout le temps ou en misant la big blind au minimum, vous risquez de leur offrir la possibilité de recevoir mieux que vous. Exemple, vous avez une paire d’as en main (=American Airlines), au flop ne sortent que des cartes basses, avec une possibilité de suite assez faible mais avec toutefois quelques cartes connectives. Vous pensez avoir la meilleure main mais ne voulez pas que vos adversaires se couchent. Erreur, car ils pourront suivre votre check, et au turn ou rivière ils pourront sortir la suite. Lancer ou relancer au préalable vous permettra de vous débarrasser des joueurs dangereux et conserver votre avantage.

Règle du « fois2 »

Réfléchissez à cette règle du « fois2 », elle vous permettra de savoir si le SP est adapté.

Est-ce que mes adversaires ont deux fois plus de chances de se coucher que de suivre ?

Si oui, dans ce cas partez en SP.

Est-ce que mes adversaires ont deux fois plus de chances de checker que de miser ?

Si oui, dans ce cas évitez le SP et miser.

Conclusion

Le danger principal du SP est que si tout le monde checke ou suit votre limp-in, vous ne toucherez qu’un pot misérable. Le SP est souvent considéré comme LA technique pro, alors qu’en fin de compte vous ne gagnerez pas autant que ce que vous auriez pu en lançant ou relançant. Je vois souvent des joueurs heureux d’avoir slow-playé et piégé tout le monde, alors que le pot remporté est minable.

Le SP est une manœuvre comme une autre, comme le bluff ou l’agression, encore faut-il la maîtriser et choisir le bon moment pour l’exploiter. A force de trop slow-player, vos adversaires risqueront de vous démasquer rapidement.

Cette réputation de slow-player pourrait toutefois paradoxalement représenter un net avantage au long-terme, puisque quand vous checkerez, on pourra croire que vous êtes en SP, et les autres joueurs checkeront également, vous offrant une carte gratuite, alors que n’êtes pas du tout en SP mais cherchez à toucher.

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