Hasbro invente un jeu de société pour former ses futurs dirigeants
👔 Hasbro remplace les réunions par un jeu de société expert ! « Toy Tycoon », l’arme secrète pour former les futurs PDG.
Toy Tycoon : L’arme secrète (et ludique) de Hasbro pour former ses futurs PDG
Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :
L’essentiel en 3 points :
- Hasbro utilise « Toy Tycoon », un jeu de gestion complexe interne, pour former ses futurs leaders.
- Les cadres jouent en binômes improbables pour briser les silos de l’entreprise.
- Le jeu offre un « cercle magique » pour tester des stratégies risquées sans couler la vraie boîte.
Si vous pensiez que devenir PDG se jouait sur un golf, rangez vos clubs et sortez vos dés.
Imaginez la scène. Vous êtes convoqué au siège d’une multinationale à Pawtucket. L’ambiance est feutrée, les enjeux sont colossaux. Mais sur la table de conférence, pas de graphiques Excel indigestes, pas de PowerPoints soporifiques de 200 slides. Non. Devant vous s’étale un plateau de jeu massif, des poignées de dés et des meeples représentant des usines.
Bienvenue au QG de Hasbro. Ici, on ne joue pas pour passer le temps. On joue pour apprendre à diriger un empire.
Chez Gus&Co, on vous le répète entre deux parties de Coming of Age : le jeu de société est un moteur cognitif surpuissant. Et il semblerait que Chris Cocks, le PDG de Hasbro, soit du même avis. Enquête sur « Toy Tycoon », le jeu de plateau secret qui décide des carrières chez le géant du jouet.
Le paradoxe de Pawtucket
Alors que le monde corporate ne jure que par l’IA générative et les algorithmes prédictifs, Hasbro fait un pari : le retour au carton. Chris Cocks n’est pas un patron comme les autres. Ancien de Microsoft et ex-patron de Wizards of the Coast (la division « geek » qui cartonne avec Magic et D&D), c’est un joueur. Un vrai. Il revendique 40 ans de jeu de rôle et cite Les Colons de Catane comme référence de gestion.
Son constat ? Le métier de PDG s’apparente moins à une science exacte qu’à un « Grand Strategy Game ». Il a donc créé la « University of Play », un programme de formation où l’élite managériale s’affronte sur « Toy Tycoon ». Ce n’est pas un produit que vous trouverez chez votre ludicaire préféré. C’est un outil interne, un wargame d’entreprise conçu pour simuler la brutalité du marché.
Toy Tycoon ? Ce n’est pas (du tout) du Monopoly
D’après les informations qui ont filtré dans le Wall Street Journal ce premier janvier 2026, Toy Tycoon se rapproche davantage d’un jeu de gestion expert « Lacerda-esque » (Kanban EV, Speakeasy, On Mars) ou d’un jeu de civilisation sur PC que d’un jeu d’ambiance.
Les mécaniques sont savoureuses et impitoyables :
- La compression temporelle : Un tour de jeu équivaut à une année fiscale complète. Vous investissez massivement en R&D au Tour 1 ? Votre trésorerie saigne, et les fruits ne tomberont qu’au tour 4. C’est l’école de la vision long terme.
- Les Co-CEOs : On ne joue pas seul. Les cadres sont binômés, souvent à contre-emploi. La directrice créative de Play-Doh se retrouve avec la VP de la supply chain. Le but ? Briser les silos. Si vous voulez lancer une figurine Marvel, assurez-vous que votre partenaire a prévu le stock de résine.
- Le maître du jeu : Fidèle à ses racines de rôliste, Chris Cocks a introduit un Game Master. Ce dernier injecte du chaos : grève des dockers, pandémie, concurrent qui casse les prix… Le tableau Excel ne prévoit pas l’imprévu. Le jeu, si.
Du kriegsspiel au boardroom
Cette approche n’est pas qu’un coup de com’. Elle s’inscrit dans une longue tradition historique, celle du Kriegsspiel prussien du XIXe siècle, où les officiers apprenaient la guerre sur des cartes avec des dés pour simuler le « brouillard de guerre ».
Hasbro applique cette logique au business, s’appuyant sur les théories de l’apprentissage expérientiel (le cycle de Kolb). C’est le principe du « cercle magique » (de Johan Huizinga) : un espace sécurisé où l’échec est permis. Il vaut mieux couler sa boîte virtuelle en surpayant une licence Peppa Pig un mardi après-midi, plutôt que de faire perdre 50 millions de dollars aux actionnaires dans la vraie vie.
Playing to win, la stratégie derrière le jeu
Le jeu sert aussi à faire « entrer » la stratégie globale de l’entreprise dans la tête des managers. Le plan « playing to win » de Hasbro vise à doubler l’audience numérique et à optimiser les coûts. Dans le jeu, cela se traduit par des dilemmes concrets : faut-il investir dans un jeu vidéo Baldur’s Gate (marge élevée, risque élevé) ou dans des peluches (revenu stable, croissance faible) ?
Le sérieux est tel que la directrice financière (CFO), Gina Goetter, participe aux sessions pour valider que les joueurs et joueuses ne gagnent pas juste en faisant du chiffre, mais en étant rentables. C’est une leçon de P&L (profits et pertes) déguisée en moment ludique. On vous parlait d’ADVENTURE il y a quelques semaines. Toy Tycoon s’en approche.
La revanche des meeples
Cette initiative valide ce que nous, joueurs passionnés, savons depuis toujours : nos soirées jeux ne sont pas du temps perdu. Négociation, gestion de risque, lecture de l’autre, adaptabilité… Ce sont les compétences clés du leadership de demain. Comme quoi, on ne perd jamais vraiment son temps à jouer : on peaufine juste son CV de futur dirigeant.
Le « Geek » n’est plus au sous-sol. Il est au conseil d’administration. Et il a amené ses dés.
Rejoignez notre communauté :
Rejoignez notre chaîne WhatsApp
Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité
Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).
Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :
☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee