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Autour du jeu vidéo

Bad Vaxx : Un jeu pour nous immuniser contre les fake news

💉 Apprendre à troller pour sauver le monde ? Comment le jeu vidéo Bad Vaxx « vaccine » notre cerveau contre les fake news et la manipulation.



Bad Vaxx : Un jeu pour déjouer le boss de la désinfo

Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :

L’essentiel en 3 points :

  • Bad Vaxx est un jeu gratuit de 15 minutes qui utilise le « pre-bunking » pour « vacciner » le cerveau contre la désinformation vaccinale.
  • Le jeu propose d’incarner soit un « troll » manipulateur, soit un « héros » débunker, pour apprendre activement à identifier les stratégies de désinformation.
  • Développé par des chercheurs (Cambridge, Stanford…), Bad Vaxx a prouvé scientifiquement son efficacité pour renforcer l’esprit critique et réduire l’envie de partager des fake news.

Vous venez de lancer votre campagne de désinformation : 10 000 followers en 5 minutes, le chaos est total, et pourtant, vous êtes en train de sauver le monde.

Dans le monde du jeu vidéo, on sait tous et toutes qu’on ne fonce pas tête baissée sur un boss final sans préparation. Non, ça, c’est la recette parfaite pour un wipe humiliant. On étudie les mécaniques, on décortique les patterns. On se prépare à anticiper.

Figurez-vous que la lutte contre la désinformation ressemble étrangement à cette préparation stratégique. Et l’un des boss les plus coriaces de ces dernières années, c’est sans conteste la désinformation vaccinale. Les conséquences sont réelles : épidémies de rougeole, méfiance généralisée… le chaos.

Face à ce fléau, le « debunking » (corriger une fausse info après coup) est souvent aussi efficace qu’un soigneur qui arrive après la mort du tank. Mais si on changeait de stratégie ? C’est là qu’intervient le « pre-bunking » : vacciner l’esprit avant l’infection.

Et voici l’arme développée par une équipe internationale de chercheurs : Bad Vaxx. Un jeu en ligne gratuit conçu pour nous immuniser. Le twist ? Pour apprendre à résister, vous allez devoir devenir… un maître de la désinformation.

Bad Vaxx

Un vaccin psychologique (et cynique)

Le principe de Bad Vaxx repose sur la « théorie de l’inoculation psychologique ». L’analogie est simple : tout comme un vaccin médical expose notre corps à une version affaiblie d’un virus pour créer des anticorps, Bad Vaxx nous expose à des « doses affaiblies » de manipulation pour créer des « anticorps cognitifs ».

Mais contrairement à la lecture passive d’un article de fact-checking, le jeu mise sur l’apprentissage actif. Bad Vaxx ne vous dit pas quoi penser. Il vous montre comment les manipulateurs pensent.

Le jeu simule un réseau social truffé de publications douteuses et vous plonge dans un rôle immersif. En jouant, vous expérimentez les ficelles rhétoriques utilisées pour tromper le public. Cette approche « active » permet de générer sa propre résistance cognitive. Vous n’êtes plus une victime potentielle ; vous êtes un analyste des mécaniques de manipulation.

Héros ou « méchant » ?

Bad Vaxx se joue directement dans un navigateur web, il est entièrement gratuit et une partie dure environ 15 minutes. C’est rapide, accessible et étrangement addictif.

Son gameplay repose sur une double perspective originale, une véritable innovation pour un « serious game ». Vous pouvez choisir votre faction :

  1. Le « Méchant » (Maître de la manipulation) : Vous rejoignez le camp des conspirateurs. Votre objectif ? Rallier un maximum de partisans en répandant des fausses nouvelles, semer le doute et générer de l’indignation.
  2. Le « Héros » (Défenseur de la vérité) : Vous vous efforcez de démasquer et contrer les mensonges propagés par des antagonistes virtuels.

Le contenu manipulatoire rencontré est le même dans les deux cas. Ce qui change, c’est votre objectif. Et dans les deux rôles, il faut faire preuve de finesse ! Même en tant que « méchant », gare à ne pas poster des infos trop invraisemblables. Si vous perdez toute crédibilité auprès de vos followers virtuels, c’est le Game Over. C’est cette mécanique de gestion de la crédibilité qui rend le jeu si intelligent.

Meet the Bosses

Pour rendre l’apprentissage concret, Bad Vaxx met en scène quatre archétypes de désinformateurs, aussi louches que hauts en couleur. Ce sont les « mini-boss » du jeu, chacun symbolisant un stratagème de manipulation bien connu :

  • Ann McDotal – La reine des anecdotes effrayantes.
    • Sa spécialité : Le récit d’histoires choc et de témoignages isolés pour faire peur. Elle exploite l’émotionnel à fond, ignorant délibérément les statistiques et les faits.
  • Dr. Forge – Le faux expert en blouse blanche (toute ressemblance avec un médecin marseillais surtout connu en printemps 2020 n’est que pure coïncidence).
    • Sa spécialité : Se donner une apparence scientifique et bombarder le public de pseudoscience. Il usurpe la crédibilité des vrais spécialistes pour semer la confusion.
  • Ali Natural – Le chantre du « tout-naturel ».
    • Sa spécialité : Promouvoir l’idée simpliste que « si c’est naturel, c’est forcément bon » et que tout ce qui est “chimique” (même un vaccin) serait mauvais par essence. C’est le sophisme naturaliste incarné.
  • Mystic Mac – Le complotiste conspirationniste.
    • Sa spécialité : Voir des machinations partout. Il remet en cause tout discours officiel et colporte des théories du complot impliquant gouvernements et grandes entreprises.

Ces caricatures, volontairement humoristiques, permettent d’illustrer les techniques les plus répandues. Le joueur, en collaborant avec ces charlatans ou en tentant de les discréditer, apprend à reconnaître leurs ficelles. Le mécanisme du mensonge est mis à nu et décortiqué de manière ludique.

Des experts aux manettes

Bad Vaxx n’est pas le fruit d’amateurs. Le projet a été lourdement financé (Union Européenne, American Psychological Association, CDC américain…) et l’équipe de développement réunit des chercheurs de Cambridge, Bristol, Dartmouth, Duke et Stanford. Un joli casting académique.

Parmi eux, le Pr Sander van der Linden (Cambridge), expert reconnu en « inoculation psychologique », est à l’origine du concept. Pour donner vie au projet, ces scientifiques ont collaboré avec des game designers professionnels (notamment le studio Tilt), afin d’offrir un gameplay attractif, loin du « serious game » ennuyeux.

Alors, ça marche ?

L’efficacité de Bad Vaxx n’est pas juste une promesse marketing. Elle a été évaluée au cours de trois études expérimentales menées auprès de plus de 2 300 participants. Les conclusions de la recherche ont été publiés ce lundi 18 août 2025 dans la célèbre revue Nature.

Les résultats sont encourageants :

  1. Meilleur discernement : Bad Vaxx a rendu les joueurs nettement plus aptes à distinguer les informations fiables des intox, comparé à un groupe témoin (qui, lui, jouait à Tetris !).
  2. Confiance accrue : L’expérience a renforcé la confiance des joueurs dans leur propre jugement.
  3. Moins de partage viral : Les joueurs sont moins enclins à partager des contenus trompeurs par la suite.

Fait notable : ces progrès ne se sont pas faits au détriment de l’esprit critique envers de vraies infos. Les joueurs ont gagné en discernement sans sombrer dans le cynisme généralisé.

Les chercheurs ont même noté une légère différence selon le mode de jeu : ceux qui ont joué le « gentil » débunker ont obtenu des scores d’apprentissage un peu meilleurs que ceux qui avaient choisi le rôle du « méchant » propagateur. Peut-être qu’on s’implique davantage quand on se pose en héros positif ? Quoi qu’il en soit, le jeu sensibilise sous les deux angles.

Limites et « doses de rappel »

Bien sûr, ce « vaccin » intellectuel n’est pas une potion magique. Les chercheurs soulignent que l’effet reste modeste et tend à s’atténuer avec le temps. Jouer une fois à Bad Vaxx ne vous rendra pas imperméable à vie à la propagande. Il faut des « doses de rappel ».

Néanmoins, à l’échelle d’une population, l’impact pourrait être significatif. Des simulations montrent que si des millions de personnes jouaient à ce genre de jeu, on freinerait la diffusion des fausses nouvelles. Plus on forme d’« anticorps » dans la société, moins les intox pourront contaminer les esprits.

Seriez-vous prêt à jouer 15 minutes à un jeu comme Bad Vaxx pour "muscler" votre esprit critique ?

Une nouvelle quête pour les gamers

Bad Vaxx est une approche révolutionnaire. Il déplace le combat du contenu (ce fait est-il vrai ?) vers la méthode (cette technique est-elle manipulatoire ?).

C’est un appel à nous, la communauté des joueurs et joueuses. Nous passons des heures à analyser des systèmes complexes, à optimiser des stratégies et à reconnaître des patterns. Appliquer ces mêmes compétences au flot d’informations quotidien n’est, au fond, qu’un nouveau jeu à maîtriser.

En misant sur le jeu et l’auto-apprentissage, Bad Vaxx espère créer une génération de citoyens immunisés. C’est un serious game d’un nouveau genre, à la croisée du ludique, du scientifique et du cynisme jouissif.

Alors, prêts à vous faire vacciner (le cerveau) ? Vous pouvez essayer Bad Vaxx (en anglais pour l’instant) ici.


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