« Les tarifs douaniers de Trump détruisent des milliers d’emplois comme le mien »
🌐 Dans les coulisses d’une industrie créative secouée par les tarifs douaniers de Trump, où des emplois sont menacés.
Les tarifs douaniers de Trump : Peut-on encore créer des jeux quand les prix explosent ?

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En bref :
- Hausse des tarifs douaniers : L’administration Trump impose des taxes élevées sur les importations, frappant durement le secteur du jeu de société.
- Menace pour l’emploi : Auteurs, éditeurs et freelances voient leurs projets reportés ou annulés, impactant des milliers d’emplois créatifs.
- Stratégies de survie : Certains tentent de produire ailleurs ou de répercuter les coûts, mais l’incertitude règne quant à la fin de cette crise tarifaire.
Quand vous ouvrez une boîte de jeu, vous ne voyez que des figurines et des cartes — mais c’est tout un écosystème menacé par les tarifs de Trump.
Dans un contexte où les tensions commerciales redéfinissent les dynamiques de l’industrie du jeu, l’impact des tarifs douaniers imposés par l’administration Trump se fait lourdement ressentir dans le secteur créatif. CMON, Atomic Mass Games, Cephalofair, Stonemaier Games, Greater than Games, la liste des éditeurs impactés ne cesse de s’allonger chaque jour.
Jon Healey, un éditeur de livrets de règles pour jeux de société, nous livre ce mai 2025 un témoignage poignant dans le San Francisco Chronicle sur la manière dont ces mesures mettent en péril des milliers d’emplois créatifs. Nous vous en proposons ici la traduction. À travers son expérience personnelle, il met en lumière les défis auxquels font face les éditeurs, créateurs et passionnés du jeu face à une guerre commerciale sans précédent.
Cet article nous aide à comprendre comment une politique tarifaire peut bouleverser un univers où la créativité et la passion sont au cœur de chaque projet.
J’édite des manuels de règles de jeux de société. Les droits de douane de Trump détruisent des milliers d’emplois créatifs comme le mien.
Comment les tarifs douaniers de Trump détruisent des milliers d’emplois créatifs comme le mien
Par Jon Healey
J’exerce un emploi à temps partiel que beaucoup jugeraient plutôt inhabituel : j’édite des livrets de règles, des cartes et d’autres supports pour des jeux de société.
Oui, il est possible de gagner sa vie en faisant cela. Et oui, cela suscite souvent l’étonnement quand j’explique ce que je fais.
Du moins jusqu’au mois dernier, lorsque les tarifs douaniers à trois chiffres imposés par le président Donald Trump sur les importations en provenance de Chine m’ont laissé avec bien moins de travail.
Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que je ne parle pas des jeux classiques comme « Monopoly » auxquels vous jouiez probablement enfant (même si, en effet, ils se vendent toujours à la pelle). Les jeux de société contemporains sont généralement bien plus élaborés, avec des prises de décisions plus complexes, du matériel plus varié et d’un niveau artistique bien supérieur. Par exemple, le jeu grand format « Gloomhaven » de l’éditeur californien Cephalofair Games contient plus de 2 000 cartes, jetons et figurines.
La plupart des jeux de société sont fabriqués par des entreprises chinoises spécialisées dans la production de ces composants. Elles acceptent de produire en quantités plus faibles que leurs homologues américaines, maîtrisent une large palette de matériaux et, oui, leurs tarifs sont moins élevés que ceux d’autres pays, grâce à un coût de main-d’œuvre inférieur mais aussi à des méthodes de production extrêmement efficaces mises en place depuis des décennies.
On pourrait soutenir que les Américains devraient eux-mêmes s’occuper de l’impression et de la fabrication de ces jeux. Mais l’existence d’usines efficaces, adaptées aux petites entreprises à l’étranger, a permis à de nombreux auteurs de jeux, éditeurs, graphistes, illustrateurs et relecteurs américains comme moi de concrétiser leurs projets sur le marché. Résultat : une explosion du nombre de jeux produits dans le monde. L’an dernier, près de 5 000 nouveaux jeux ont été commercialisés, soit 2,5 fois plus qu’il y a vingt ans.
Pour des milliers d’entrepreneurs, auteurs, illustrateurs, détaillants et critiques en Californie et dans tout le pays, c’est un métier. Et aujourd’hui, il est menacé.
Ces dernières semaines, quelques éditeurs et boutiques de jeux de société ont fait faillite, citant les tarifs douaniers de Trump comme cause principale ou comme dernier coup de massue. D’autres ont nettement ralenti ou interrompu leurs exportations vers les États-Unis et retiennent littéralement leur souffle en espérant que la guerre commerciale prenne fin avant que les jeux actuellement en production n’arrivent sur le marché.
C’est une période angoissante pour ce secteur dominé par de petites structures indépendantes. Price Johnson, directeur des opérations chez Cephalofair Games, explique que son entreprise, forte de huit salariés, collabore avec des centaines d’artistes, graphistes, testeurs, correcteurs et autres prestataires : « Tous ces emplois risquent d’être suspendus ou indisponibles l’année prochaine. »
Cephalofair a commencé la production en Chine d’une deuxième édition de « Gloomhaven » en décembre, en destinant 70 % des exemplaires au marché américain, précise Johnson. Ces jeux resteront désormais stockés à l’étranger, parce que « je ne peux pas faire des affaires en ce moment aux États-Unis ; ce n’est tout simplement pas viable. »
Comme beaucoup d’éditeurs, Cephalofair finance ses titres grâce à des plateformes de financement participatif, vendant en quelque sorte les jeux avant leur fabrication. On comprend bien qu’il leur est impossible de demander aux personnes qui ont déjà payé jusqu’à 200 dollars pour la nouvelle édition de « Gloomhaven » de débourser encore plus pour compenser l’augmentation de 145 % des coûts de production.
« Le message de l’administration Trump, c’est que je devrais préparer des licenciements, estime Johnson. En clair, la Maison-Blanche me dit : “Nous ne voulons pas que vous employiez ces gens.” »
L’éditeur Chip Theory Games, basé au Minnesota, a expliqué le mois dernier à ses clients que « même si, en théorie, on peut produire des jeux (en dehors de la Chine), cela coûte entre 5 et 10 fois plus cher selon le jeu, et la possibilité de passer à une production à grande échelle est quasiment inexistante. »
Gene Billingsley, fondateur de GMT Games à Hanford (comté de Kings), a récemment annoncé dans une newsletter que les tarifs douaniers font passer le coût de production des jeux actuellement imprimés en Chine de 500 000 dollars à 1,2 million de dollars.
« Ça représente plus de 700 000 dollars en plus… pour rien, explique-t-il. Si nous ne procédons pas très rapidement à de gros changements opérationnels, nous allons épuiser toutes nos réserves de trésorerie et nous n’aurons plus de quoi payer nos employés ni nos autres dépenses. »
Le secteur est vaste et les éditeurs tentent différentes stratégies face aux tarifs douaniers. Certains essaient de déplacer leur production vers d’autres pays comme le Viêt Nam, l’Allemagne ou la Pologne, où les tarifs sont moins élevés qu’en Chine. Mais avec l’approche capricieuse du président en matière de taxes à l’importation, il est impossible de prédire quel nouveau partenaire commercial sera la prochaine cible.
Le ralentissement de la production a déjà fait chuter la demande pour des services comme le mien. Et si les tarifs ne sont pas rapidement réduits, il n’y aura pas beaucoup de jeux en rayon pour la saison des fêtes, ce qui risque de plomber Noël pour les acheteurs et les détaillants, m’a confié Alex Kessler, fondateur et PDG de Kess, une société de jouets et jeux basée à Los Angeles. En effet, il faut un délai important pour fabriquer et importer ces produits, et lorsque les tarifs seront enfin supprimés, un goulot d’étranglement dans la chaîne logistique sera inévitable.
Même l’administration Trump admet que la situation actuelle n’est pas « tenable », pour reprendre les mots du secrétaire au Trésor Scott Bessent.
Une entreprise, Stonemaier Games, n’attend pas : à l’instar de la Californie et d’une douzaine d’autres États, elle tente de faire annuler ces tarifs en justice, estimant que Trump a abusivement détourné de son sens la loi fédérale qui accorde au président des pouvoirs supplémentaires en cas d’urgence nationale.
Les tribunes invitées dans la rubrique « Open Forum » et les articles d’opinion de la section « Insight » sont rédigés par des auteurs dont l’expertise, l’expérience personnelle ou le point de vue original suscitent l’intérêt de nos lecteurs. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles du comité éditorial du Chronicle, qui s’attache à offrir une diversité d’idées à ses lecteurs.
En attendant, Stonemaier Games prévoit de demander aux clients américains de prendre à leur charge une partie des frais dus aux tarifs douaniers sur son nouveau titre, « Vantage ». Le jeu consiste à débarquer dans un endroit inconnu et tenter d’avancer malgré peu d’aide et beaucoup de risques.
Tout un symbole.
Jon Healey est un journaliste retraité vivant à Los Angeles, qui a édité les livrets de règles de plus de 30 jeux.
Conclusion
Avec ces tarifs douaniers qui pèsent lourdement sur l’industrie du jeu de société, l’avenir de nombreux créateurs et petites entreprises semble incertain. Pourtant, la résilience et l’ingéniosité de cette communauté passionnée ne sont plus à prouver.
En attendant des jours meilleurs, les acteurs du secteur continuent de se battre pour préserver la créativité et l’accessibilité des jeux qui font vibrer des millions de personnes à travers le monde. Car au-delà des obstacles économiques, c’est bien la passion et l’innovation qui continueront de faire vivre ce secteur unique.
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