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« Les tarifs douaniers de Trump dĂ©truisent des milliers d’emplois comme le mien »

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🌐 Dans les coulisses d’une industrie crĂ©ative secouĂ©e par les tarifs douaniers de Trump, oĂč des emplois sont menacĂ©s.


Les tarifs douaniers de Trump : Peut-on encore créer des jeux quand les prix explosent ?

Trump Pape

Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :

En bref :

  • Hausse des tarifs douaniers : L’administration Trump impose des taxes Ă©levĂ©es sur les importations, frappant durement le secteur du jeu de sociĂ©tĂ©.
  • Menace pour l’emploi : Auteurs, Ă©diteurs et freelances voient leurs projets reportĂ©s ou annulĂ©s, impactant des milliers d’emplois crĂ©atifs.
  • StratĂ©gies de survie : Certains tentent de produire ailleurs ou de rĂ©percuter les coĂ»ts, mais l’incertitude rĂšgne quant Ă  la fin de cette crise tarifaire.

Quand vous ouvrez une boĂźte de jeu, vous ne voyez que des figurines et des cartes — mais c’est tout un Ă©cosystĂšme menacĂ© par les tarifs de Trump.

Dans un contexte oĂč les tensions commerciales redĂ©finissent les dynamiques de l’industrie du jeu, l’impact des tarifs douaniers imposĂ©s par l’administration Trump se fait lourdement ressentir dans le secteur crĂ©atif. CMON, Atomic Mass Games, Cephalofair, Stonemaier Games, Greater than Games, la liste des Ă©diteurs impactĂ©s ne cesse de s’allonger chaque jour.

Jon Healey, un Ă©diteur de livrets de rĂšgles pour jeux de sociĂ©tĂ©, nous livre ce mai 2025 un tĂ©moignage poignant dans le San Francisco Chronicle sur la maniĂšre dont ces mesures mettent en pĂ©ril des milliers d’emplois crĂ©atifs. Nous vous en proposons ici la traduction. À travers son expĂ©rience personnelle, il met en lumiĂšre les dĂ©fis auxquels font face les Ă©diteurs, crĂ©ateurs et passionnĂ©s du jeu face Ă  une guerre commerciale sans prĂ©cĂ©dent.

Cet article nous aide Ă  comprendre comment une politique tarifaire peut bouleverser un univers oĂč la crĂ©ativitĂ© et la passion sont au cƓur de chaque projet.

J’Ă©dite des manuels de rĂšgles de jeux de sociĂ©tĂ©. Les droits de douane de Trump dĂ©truisent des milliers d’emplois crĂ©atifs comme le mien.

Comment les tarifs douaniers de Trump dĂ©truisent des milliers d’emplois crĂ©atifs comme le mien
Par Jon Healey

J’exerce un emploi Ă  temps partiel que beaucoup jugeraient plutĂŽt inhabituel : j’édite des livrets de rĂšgles, des cartes et d’autres supports pour des jeux de sociĂ©tĂ©.

Oui, il est possible de gagner sa vie en faisant cela. Et oui, cela suscite souvent l’étonnement quand j’explique ce que je fais.

Du moins jusqu’au mois dernier, lorsque les tarifs douaniers Ă  trois chiffres imposĂ©s par le prĂ©sident Donald Trump sur les importations en provenance de Chine m’ont laissĂ© avec bien moins de travail.

Avant d’aller plus loin, je tiens Ă  prĂ©ciser que je ne parle pas des jeux classiques comme « Monopoly » auxquels vous jouiez probablement enfant (mĂȘme si, en effet, ils se vendent toujours Ă  la pelle). Les jeux de sociĂ©tĂ© contemporains sont gĂ©nĂ©ralement bien plus Ă©laborĂ©s, avec des prises de dĂ©cisions plus complexes, du matĂ©riel plus variĂ© et d’un niveau artistique bien supĂ©rieur. Par exemple, le jeu grand format « Gloomhaven » de l’éditeur californien Cephalofair Games contient plus de 2 000 cartes, jetons et figurines.

La plupart des jeux de sociĂ©tĂ© sont fabriquĂ©s par des entreprises chinoises spĂ©cialisĂ©es dans la production de ces composants. Elles acceptent de produire en quantitĂ©s plus faibles que leurs homologues amĂ©ricaines, maĂźtrisent une large palette de matĂ©riaux et, oui, leurs tarifs sont moins Ă©levĂ©s que ceux d’autres pays, grĂące Ă  un coĂ»t de main-d’Ɠuvre infĂ©rieur mais aussi Ă  des mĂ©thodes de production extrĂȘmement efficaces mises en place depuis des dĂ©cennies.

On pourrait soutenir que les AmĂ©ricains devraient eux-mĂȘmes s’occuper de l’impression et de la fabrication de ces jeux. Mais l’existence d’usines efficaces, adaptĂ©es aux petites entreprises Ă  l’étranger, a permis Ă  de nombreux auteurs de jeux, Ă©diteurs, graphistes, illustrateurs et relecteurs amĂ©ricains comme moi de concrĂ©tiser leurs projets sur le marchĂ©. RĂ©sultat : une explosion du nombre de jeux produits dans le monde. L’an dernier, prĂšs de 5 000 nouveaux jeux ont Ă©tĂ© commercialisĂ©s, soit 2,5 fois plus qu’il y a vingt ans.

Pour des milliers d’entrepreneurs, auteurs, illustrateurs, dĂ©taillants et critiques en Californie et dans tout le pays, c’est un mĂ©tier. Et aujourd’hui, il est menacĂ©.

Ces derniĂšres semaines, quelques Ă©diteurs et boutiques de jeux de sociĂ©tĂ© ont fait faillite, citant les tarifs douaniers de Trump comme cause principale ou comme dernier coup de massue. D’autres ont nettement ralenti ou interrompu leurs exportations vers les États-Unis et retiennent littĂ©ralement leur souffle en espĂ©rant que la guerre commerciale prenne fin avant que les jeux actuellement en production n’arrivent sur le marchĂ©.

C’est une pĂ©riode angoissante pour ce secteur dominĂ© par de petites structures indĂ©pendantes. Price Johnson, directeur des opĂ©rations chez Cephalofair Games, explique que son entreprise, forte de huit salariĂ©s, collabore avec des centaines d’artistes, graphistes, testeurs, correcteurs et autres prestataires : « Tous ces emplois risquent d’ĂȘtre suspendus ou indisponibles l’annĂ©e prochaine. »

Cephalofair a commencĂ© la production en Chine d’une deuxiĂšme Ă©dition de « Gloomhaven » en dĂ©cembre, en destinant 70 % des exemplaires au marchĂ© amĂ©ricain, prĂ©cise Johnson. Ces jeux resteront dĂ©sormais stockĂ©s Ă  l’étranger, parce que « je ne peux pas faire des affaires en ce moment aux États-Unis ; ce n’est tout simplement pas viable. »

Comme beaucoup d’éditeurs, Cephalofair finance ses titres grĂące Ă  des plateformes de financement participatif, vendant en quelque sorte les jeux avant leur fabrication. On comprend bien qu’il leur est impossible de demander aux personnes qui ont dĂ©jĂ  payĂ© jusqu’à 200 dollars pour la nouvelle Ă©dition de « Gloomhaven » de dĂ©bourser encore plus pour compenser l’augmentation de 145 % des coĂ»ts de production.

« Le message de l’administration Trump, c’est que je devrais prĂ©parer des licenciements, estime Johnson. En clair, la Maison-Blanche me dit : “Nous ne voulons pas que vous employiez ces gens.” »

L’éditeur Chip Theory Games, basĂ© au Minnesota, a expliquĂ© le mois dernier Ă  ses clients que « mĂȘme si, en thĂ©orie, on peut produire des jeux (en dehors de la Chine), cela coĂ»te entre 5 et 10 fois plus cher selon le jeu, et la possibilitĂ© de passer Ă  une production Ă  grande Ă©chelle est quasiment inexistante. »

Gene Billingsley, fondateur de GMT Games à Hanford (comté de Kings), a récemment annoncé dans une newsletter que les tarifs douaniers font passer le coût de production des jeux actuellement imprimés en Chine de 500 000 dollars à 1,2 million de dollars.

« Ça reprĂ©sente plus de 700 000 dollars en plus
 pour rien, explique-t-il. Si nous ne procĂ©dons pas trĂšs rapidement Ă  de gros changements opĂ©rationnels, nous allons Ă©puiser toutes nos rĂ©serves de trĂ©sorerie et nous n’aurons plus de quoi payer nos employĂ©s ni nos autres dĂ©penses. »

Le secteur est vaste et les Ă©diteurs tentent diffĂ©rentes stratĂ©gies face aux tarifs douaniers. Certains essaient de dĂ©placer leur production vers d’autres pays comme le ViĂȘt Nam, l’Allemagne ou la Pologne, oĂč les tarifs sont moins Ă©levĂ©s qu’en Chine. Mais avec l’approche capricieuse du prĂ©sident en matiĂšre de taxes Ă  l’importation, il est impossible de prĂ©dire quel nouveau partenaire commercial sera la prochaine cible.

Le ralentissement de la production a dĂ©jĂ  fait chuter la demande pour des services comme le mien. Et si les tarifs ne sont pas rapidement rĂ©duits, il n’y aura pas beaucoup de jeux en rayon pour la saison des fĂȘtes, ce qui risque de plomber NoĂ«l pour les acheteurs et les dĂ©taillants, m’a confiĂ© Alex Kessler, fondateur et PDG de Kess, une sociĂ©tĂ© de jouets et jeux basĂ©e Ă  Los Angeles. En effet, il faut un dĂ©lai important pour fabriquer et importer ces produits, et lorsque les tarifs seront enfin supprimĂ©s, un goulot d’étranglement dans la chaĂźne logistique sera inĂ©vitable.

MĂȘme l’administration Trump admet que la situation actuelle n’est pas « tenable », pour reprendre les mots du secrĂ©taire au TrĂ©sor Scott Bessent.

Une entreprise, Stonemaier Games, n’attend pas : Ă  l’instar de la Californie et d’une douzaine d’autres États, elle tente de faire annuler ces tarifs en justice, estimant que Trump a abusivement dĂ©tournĂ© de son sens la loi fĂ©dĂ©rale qui accorde au prĂ©sident des pouvoirs supplĂ©mentaires en cas d’urgence nationale.

Les tribunes invitĂ©es dans la rubrique « Open Forum » et les articles d’opinion de la section « Insight » sont rĂ©digĂ©s par des auteurs dont l’expertise, l’expĂ©rience personnelle ou le point de vue original suscitent l’intĂ©rĂȘt de nos lecteurs. Leurs opinions ne reflĂštent pas forcĂ©ment celles du comitĂ© Ă©ditorial du Chronicle, qui s’attache Ă  offrir une diversitĂ© d’idĂ©es Ă  ses lecteurs.

En attendant, Stonemaier Games prĂ©voit de demander aux clients amĂ©ricains de prendre Ă  leur charge une partie des frais dus aux tarifs douaniers sur son nouveau titre, « Vantage ». Le jeu consiste Ă  dĂ©barquer dans un endroit inconnu et tenter d’avancer malgrĂ© peu d’aide et beaucoup de risques.

Tout un symbole.

Jon Healey est un journaliste retraité vivant à Los Angeles, qui a édité les livrets de rÚgles de plus de 30 jeux.


Conclusion

Avec ces tarifs douaniers qui pĂšsent lourdement sur l’industrie du jeu de sociĂ©tĂ©, l’avenir de nombreux crĂ©ateurs et petites entreprises semble incertain. Pourtant, la rĂ©silience et l’ingĂ©niositĂ© de cette communautĂ© passionnĂ©e ne sont plus Ă  prouver.

En attendant des jours meilleurs, les acteurs du secteur continuent de se battre pour prĂ©server la crĂ©ativitĂ© et l’accessibilitĂ© des jeux qui font vibrer des millions de personnes Ă  travers le monde. Car au-delĂ  des obstacles Ă©conomiques, c’est bien la passion et l’innovation qui continueront de faire vivre ce secteur unique.


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