Funko Prospero Hall
Jeux de plateau

Funko : Un rachat qui fait des vagues et des licenciements

Funko amputé de son cœur par le rachat Goliath : L’équipe talentueuse Prospero Hall sacrifiée sur l’autel de la rentabilité.


Funko racheté. Prospero Hall licencié

Vous le savez peut-être déjà, une annonce a fait l’effet d’une bombe dans notre petit monde ludique cette semaine : l’éditeur de jeux de société (très familial !) néerlandais Goliath a racheté les actifs de jeux de société Funko.

En soi, ce rachat n’a rien de très surprenant. Funko, cette entreprise connue pour ses figurines Pop!, peine financièrement depuis quelque temps déjà. Se délester d’une branche d’activité pour renflouer les caisses peut sembler être une décision pragmatique de leur part.

Non, ce qui a vraiment fait surgir une vague d’indignation, c’est la façon dont ce rachat s’est déroulé, et ses répercussions tragiques sur le talentueux studio de Seattle Prospero Hall. Selon de nombreux témoignages d’employés sous couvert d’anonymat, la vaste majorité de l’équipe de conception de jeux, une trentaine de personnes, a été tout simplement licenciée du jour au lendemain !

« Un chapitre se ferme aujourd’hui car je suis l’une des nombreuses personnes de Funko Games qui ont été licenciées à la suite de l’acquisition de Goliath. J’ai travaillé chez Funko Games en tant que productrice de jeux pendant près de trois ans et j’ai eu l’occasion de participer à de nombreux projets extraordinaires… »

« Après avoir eu la chance de partager quelques larmes et quelques verres avec des amis hier soir, je peux faire un post. J’ai été licencié avec la grande majorité du studio dans le cadre de l’acquisition de Funko Games par Goliath hier. »

Une grande claque dans la figure de ces créatifs qui ont su insuffler tant de fraîcheur dans des licences diverses et variées : Les Dents de la Mer, c’est eux. Disney Villainous chez Ravensburger, aussi, Kero, des genevois Hurrican, également. La liste des jeux du collectif de Seattle Prospero Hall est très longue !

Tout ça réduit à néant par une décision implacable venue d’en haut. “Le sentiment dominant, c’est la colère, la déception et un certain soulagement”, nous rapporte une source interne. Soulagement d’en avoir enfin fini avec des mois d’incertitude, mais colère face à ce terrible gâchis humain.

Car derrière les chiffres et les licences, il y a des passionnés qui ont mis leur talent et leur cœur dans le développement de ces jeux. Certains y travaillaient depuis 5 ans, contribuant à faire de Prospero Hall un studio admiré dans toute l’industrie ludique. Las, leur dévouement n’aura pas suffi pour les sauver d’un strict calcul comptable.

Pire encore, Goliath se félicite dans son communiqué de mettre la main sur “une marque de renom comprenant des centaines de jeux de société”. Mais bizarrement, aucune mention des auteurs et autrices talentueuses qui sont à l’origine du succès de ces jeux !

On frise le cynisme. Comme si les jeux se créaient tout seuls, indépendamment du génie créatif de leurs auteurs et autrices. Une grave erreur de perspective de la part de Goliath. Car en congédiant certaines personnes (toutes, bientôt ?) Prospero Hall, ils amputent Funko Games de son cœur et de son âme. La valeur d’une telle acquisition ne réside pas seulement dans un portefeuille de licences, mais aussi et surtout dans le savoir-faire unique d’une équipe soudée.

Bien sûr, tout n’est pas noir dans cette histoire. Une poignée de membres ont la chance de pouvoir continuer l’aventure, soit au sein de Goliath soit dans une autre branche de Funko. Quelques entretiens d’embauche sont aussi prévus, offrant un maigre espoir à certains.

Mais dans l’ensemble, l’atmosphère reste sombre parmi les auteurs et autrices évincées. Un sentiment compréhensible quand on voit des années de dur labeur rayées d’un trait de plume. Mais soyons optimistes : le talent finit toujours par retomber sur ses pattes. Ces créatifs sauront rebondir et mettre leur passion au service de projets tout aussi excitants ailleurs. Le milieu ludique ne demande qu’à les accueillir à bras ouverts !

Car ne nous y trompons pas : ce sont ces auteurs et des autrices passionnées qui font vivre notre cher loisir. Sans eux, impossible d’avoir de belles innovations pour générer notre plaisir de jouer. Alors peut-être que pour une fois, au lieu de toujours saluer les éditeurs, il est temps de rendre hommage à ces artisans de l’ombre.

Les vrais magiciens et magiciennes qui transforment des idées en expériences de jeu inoubliables. Celles et ceux qui doivent jongler avec les plannings impossibles et les exigences commerciales, tout en préservant leur intégrité créative. Bref, tous ces talents méconnus qui transmutent nos rêves en réalité ludique tangible !

Alors merci à vous, chères autrices, chers auteurs, pour ces heures de plaisir et de partage autour de vos créations. Votre passion fait chaud au cœur et illuminera longtemps nos parties. Gardez espoir : votre destinée ludique ne fait que commencer ! Où que vous soyez, nos pensées vous accompagnent.


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Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Enseigne à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration, travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste.


Suite à de tels licenciements, pensez-vous que les studios devraient mieux préserver leurs équipes créatives, qui sont au cœur de leur succès ? Quelles mesures pourraient être prises ?

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