Best-of été 2015. Auteur de jeu, un « vrai » métier? La réponse de Bruno Cathala

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Et nous continuons notre best-of de l’été 2015 avec cet article paru en novembre 2011 et remis un peu à jour. Et qui se posait une question toute bête. Auteur de jeu, un métier? A la suite de cet article en 2011, Bruno Cathala a laissé un commentaire. Sa réponse en toute fin d’article.

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Métier?

Le « métier » de créateur / auteur de jeu est bien étrange.

En effet, la plupart des auteurs de jeux de société modernes actuels ne sont pas des professionnels mais créent des jeux comme hobby, le soir, le weekend, en plus de leur travail ordinaire.

Quels sont les auteurs de jeu qui ne vivent que de cette activité aujourd’hui ? Certainement très très peu : Antoine Bauza, Richard Garfield, Reiner Knizia, Klaus Teuber, Wolfgang Kramer, Michael Schacht?

Même le très prolifique Bruno Cathala travaille deux après-midi dans des boutiques de jeux, et Bruno Faidutti est enseignant (MàJ : enfin, pour Bruno Cathala c’était avant, lors de la rédaction de l’article. Aujourd’hui, Bruno a 2-3 contrats de dév à gauche à droite mais ne travaille plus dans les boutiques. Ses revenus d’auteur de jeux ont suffisamment augmenté pour lui permettre de se passer de travailler en boutique. Et ainsi gagner du temps pour la création).

Comme quoi, publier de nombreux jeux, même à succès, ne suffit pas vraiment pour en vivre. Ou à peine. Non, pas tous les auteurs de jeux ne roulent en décapotable et ont une villa à Beverly Hills.

Edition

Beaucoup d’auteurs de jeux sont également devenus éditeurs, soit pour une auto-édition, certainement pour gagner une marge plus importante.

C’est le cas de Cyril Demaegd Ystari (Bombay, Ys), de Bernd Eisenstein d’Iron Games (Peloponnes, PAX), de Cédric Lefebvre de Ludonaute (Offrandes, Yggdrasil), Sébastien Dujardin (Troyes, Tournay). Avec tout le risque financier que cela représente.

La liste est ici bien plus longue que les auteurs indépendants qui essaient de ne faire que ça pour en vivre.

Salaire

Un auteur de jeu gagne entre 2 et 5% de la vente du jeu avant distribution, tout dépend de son contrat. 4% est la moyenne. Pour un jeu acheté 40 euros / 60 CHF, l’auteur peut toucher jusqu’à 1 euro. Si un jeu est vendu à plusieurs millions d’exemplaires, le cas du Monopoly ou des Colons de Catane, cela peut sembler financièrement intéressant.

Mais aujourd’hui, au vu de la surproduction ludique, près de 1’400 jeux publiés pour toute l’année 2011 (MàJ : 2’000 en 2014), si un jeu est vendu à plus de 10’000 unités, cela représente déjà un très beau résultat. Et vivre avec 10’000 euros sur une année avec la vente d’un jeu, cela risque de s’avérer difficile quand même.

Et bien évidemment, on parle ici de salaire brut. A cela il faut encore retrancher les impôts sur le revenu, les charges sociales…

Rêve

Le jeu pousse à la création. On découvre un jeu, et du coup on est inspiré pour en créer un soi-même. Savoir que son jeu va être joué de l’autre côté de la planète (si traduit) fait effectivement rêver. Et voir son nom sur une boîte peut représenter un accomplissement, un succès, sans parler de l’appât du gain.

Passer de « simple » consommateur-joueur à producteur-auteur ne paraît pas compliqué, en tout cas pas au début. On pense que ça sera simple. Une idée de jeu, de thème, de mécaniques, une paire de ciseaux, du carton, une imprimante, et voici son proto réalisé. Et après ? Tests, retests et encore tests, entre amis, en famille, dans un cercle de jeu.

VRP

Comme le dit Bruno Cathala, 50% du métier d’auteur réside dans la création, 50% dans la représentation.

En effet, au vu de la pléthore de jeux et de protos actuels, avoir le meilleur jeu au monde ne suffit plus pour se faire publier, il faudra encore bien « se vendre » auprès des éditeurs. Démarcher, contacter, voyager sur les différents salons, se faire voir et entendre, tout un programme.

Concurrence

Vous vous feriez opérer du cœur par votre mécanicien-vélo? Ou piloter votre avion par votre vendeur de fruits et légumes?

C’est en cela que le « métier » d’auteur de jeux est étrange; car au final, tout le monde peut créer un jeu, en plus de son travail habituel. Et du coup faire concurrence aux « véritables » professionnels.

C’est d’ailleurs certainement pour cela que le marché ludique actuel est saturé, beaucoup de joueurs se lancent dans la création, et les éditeurs, pour ne pas rater LA perle et pour continuer d’exister, publient de plus en plus.

Professionnels?

Les exemples du mécanicien-chirurgien et maraîcher-pilote sont biaisés. Car le chirurgien, comme le pilote, sont formés pour leur métier. Et il n’existe pas (encore) d’école et de diplôme de création de jeux. Il y a des professionnels du jeu, car ils gagnent leur vie, ou essaient de, mais du point de vue de la formation et de la reconnaissance des titres, c’est le vide absolu.

Pourquoi ne pas envisager une académie du jeu? Un département ludique dans les facs? Comment élaborer un bon proto? Comment contacter un éditeur? Historique du jeu, des mécaniques? Comment réaliser un bon test? Editer et produire? La liste de sujets est extrêmement riche (MàJ : mais ce genre d’initiatives semble se développer de plus en plus depuis 2011, surtout dans le domaine des jeux vidéo).

Mais voilà, proposer une formation ludique et professionnaliser le domaine va à l’encontre-même de l’activité, car le métier d’auteur de jeux commence par une impulsion, une envie, une indépendance. Lancer une telle formation pourrait ralentir les ardeurs.

Alors?

Tant que les auteurs confirmés continueront à créer des jeux, que de « jeunes » auteurs se lancent dans l’aventure, le métier d’auteur de jeux va devenir de plus en plus difficile, ce qui est déjà largement le cas aujourd’hui (MàJ : et encore plus en 2015, avec l’avènement de KS qui brouille les cartes de l’édition).

De plus en plus de jeux sortent sur le marché, ce qui l’inonde et noient les sorties. Après Essen et ses 750 jeux juste sortis pour l’occasion, combien d’entre eux connaîtront un succès commercial honorable?

Le métier d’auteur de jeux est véritablement étrange: aucune formation, concurrence extrême, peu de gain, grande fragilité.

La réponse de Bruno Cathala

Je viens de lire ton article.
Il reflète bien, je pense, la réalité de notre « métier » (moi-même j’ai du mal à considérer cette passion comme un métier).
En fait, c’est encore pire que ce que tu décris côté revenus, car en france, l’auteur de jeu n’a aucune existence juridique et on est taxé comme des artisans sur nos royalties !!!
Du coup. on relargue immédiatement environ 50% des sommes perçues à l’administration fiscale.

En ce qui concerne le « game design », il y a actuellement quelques bons bouquins sur le sujet, et qui pourraient servir de base à une formation en bonne et dûe forme. (Antoine Bauza en décrit quelques-uns d’intéressants sur son blog). Ceci dit.. pourquoi former des gens à un métier qui n’existe pas vraiment et avec des débouchés aussi réduits…

Quand à la concurrence, elle ne me dérange personnellement pas. Au contraire, je la trouve stimulante car elle empêche de s’endormir sur ses acquis..

Merci Bruno pour ta réponse de l’époque.

Et, vous, qu’en pensez-vous? Auteur de jeux, un vrai métier?

2 réflexions au sujet de « Best-of été 2015. Auteur de jeu, un « vrai » métier? La réponse de Bruno Cathala »

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