Une petite bombe vient de détonner dans le milieu ludique: TricTrac, nos confrères ludiques, le site francophone le plus visité, a décidé samedi 16 février 2013 de passer au crowdfunding.
Qu’est-ce que le crowdfunding ? C’est quand le public participe directement au financement d’un projet, Kickstarter en est l’exemple-phare.
Depuis samedi, TT invite son lectorat à participer à son financement. Vu la quantité de travail que TT abat, vidéo, news, présence dans les salons, etc. le fonctionnement du site, jusque-là uniquement financé par la pub, ne semble plus suffire.
Comment fonctionne leur système? Les « pledgers », les participants au financement, peuvent désormais acheter des pouicos, en fait des « jetons » pour accéder à certains contenus. Les vidéos HD coûteront un certain montant de pouicos / jetons, etc, tout aura dorénavant un prix. C’est ce qu’on appelle le Pay-per-View. Mais TT ne fermera pas pour autant son accès gratuit, il y aura juste « deux vitesses » un contenu gratuit mais allégé et des contenus payants premium.
La plupart des journaux font d’ailleurs pareil depuis quelques temps, comme la Tribune de Genève par exemple, qui publie certains articles gratuitement sur leur site tout en proposant une version complète et upgradée dans leur édition payante. Le site, gratuit, devient donc une plateforme publicitaire et non une concurrence.
De plus, puisque tout ceci se passe dans le monde du jeu, TT annonce vouloir exploiter un système gamifié dans lequel les gens eux-mêmes pourront participer, et recevoir directement des jetons d’autres personnes. Donc oui, du journalisme participatif participatif.
Rappelons que les médias traditionnels se portent mal depuis quelques années. La presse écrite voit son budget diminuer, de nombreux licenciements sont annoncés ici et là (e.g. arrêt du magazine de jeux Jeux sur un Plateau). Pourquoi? Car aujourd’hui l’information arrive plus rapidement par le net et via les réseaux sociaux. A quoi bon lire, et acheter, un journal quand l’info se propage rapidement et gratuitement?
La presse doit donc s’adapter pour ne pas disparaître, fidéliser les lecteurs grâce à un contenu différent, plus abouti, plus professionnel, analytique, enrichi, apporter une réelle plus-value à l’information brute.
Et TT là-dedans? Il est clair que la « concurrence » est rude dans le milieu ludique puisque de nombreux sites, confrères et amis, proposent exactement les mêmes services que TT: vidéos, news, critiques, etc. Est-ce que TT va alors réussir son pari participatif ?
Je pense que oui, car les lecteurs de TT se sont jusque-là montrés très souvent fidèles et sont même parvenus à créer une véritable communauté soudée, capable de soutien, de sympathie et d’empathie, j’en veux pour preuve le décès tragique de 20.100, l’un de leurs journalistes, ou la récente affaire (rocambolesque et ridicule) avec l’éditeur MyWittyGame, et sur une note plus légère également les TricTrac d’Or participatifs.
Il est donc fort fort probable que les lecteurs « jouent le jeu » et paient leur « redevance », sans parler des éditeurs et autres professionnels qui vont évidemment se lancer dans le projet car ils ont depuis bien longtemps saisi l’importance du site en terme de fréquentation, et par conséquent en terme de visibilité pour leurs produits.
Encore faudra-t-il que TT parvienne à fidéliser ses lecteurs sur le long terme, le plus important défi qu’attend la rédaction. Si le financement participatif commencera très certainement sur les chapeaux de roue, la rédaction de TT pourra donc partir optimiste sur son nouveau mode de fonctionnement et financement, mais elle devra toutefois veiller à maintenir attrait et intérêt pour ne pas voir son plus fidèle lectorat, et désormais client, préférer un contenu gratuit.
Car rappelons-le, les journalistes de TT ne sont pas de vrais journalistes, ils n’ont pas de formation équivalente, tout est empirique et au bagout. Se pose alors la grande question, comment réussir à percevoir suffisamment d’entrées d’argent sur le long terme alors qu’au final d’autres sites proposent les mêmes services, et gratuitement, et tout aussi bien vu qu’ils ne sont pas non plus des journalistes? Je citerai à titre d’exemple JedisJeux, qui colle également de très près à l’actu, ou le Repaire des Jeux qui proposent aussi des vidéos d’explication de jeux. Quelle sera alors la valeur ajoutée de TT pour que son lectorat continue à acheter des jetons / pouicos et ainsi financer le site?
Ce que l’on pourrait conseiller à TT c’est de mettre en place une réelle expérience, pas juste un accès à des vidéos de présentation de jeux, des news ou des critiques. Car au final, en proposant aujourd’hui et demain de l’information ludique, même gratuite, TT place déjà des produits: regardez, ce jeu est top moumoute, achetez-le. Ou au contraire il ne vaut rien, faites l’impasse. On peut donc se demander si le lecteur-client-pledger va vouloir dépenser de l’argent sur le long terme sous forme de jetons, jetons qui au final lui donneront ensuite envie d’acheter un jeu. Ne serait-ce pas là une nouvelle forme de publicité, astucieuse, pour ne pas dire pernicieuse? Payer pour être informé sur des produits, eux-mêmes parfois placés par des annonceurs?
Si TT veut éviter l’écueil de voir son lectorat, jusqu’ici extrêmement nombreux, fidèle et loyal, s’en aller « vers d’autres cieux ludiques » pour ne pas passer pour une vache à lait (de soya), TT doit se réinventer et proposer une réelle expérience et avec une véritable plus-value.
A quel type d’expérience fais-je référence? L’un des grands facteurs à tout système et produit mercantile c’est le sentiment d’appartenance à une communauté que la marque parvient à créer, tel Apple par exemple. Avoir un produit Apple c’est faire partie d’un groupe, d’une famille. Plus qu’un sentiment de participer au financement de TT, d’en appeler à la bonté des gens, qui existe, certes, TT doit toutefois s’imaginer en marque.
Et pourquoi pas des jeux de société en ligne? Voire des jeux en live estampillés TT? Et pourquoi pas carrément des bars à jeux TT dans lesquels les clients IRL paieraient en jetons-pouicos virtuels? À quand une appli TT avec un contenu exclusif (cf notre poisson d’avril de 2012)? Des rencontres et tournois TT de par la France Belgique Suisse? Des événements sponsorisés par TT? Voire même en plus grand, une véritable maison d’édition de jeux TT?
Participer au financement du site doit proposer une expérience plus riche que simplement celle de voir un barbu faire le pitre avec un micro. Pour ça on a déjà Cyprien, Hugo Tout Seul et Norman qui le font bien mieux et gratuitement. Si TricTrac veut aujourd’hui voir plus grand, il doit se voir en grand demain.
Quoiqu’il en soit, le paysage ludique est sérieusement en train de changer, les amateurs d’hier deviennent les professionnels de demain, ce qui prouve un certain dynamisme et engouement.
Enfin, même si les rapports entre notre site Gus&Co et TT n’ont pas vraiment toujours été des plus cordiaux, Monsieur Phal étant d’humeur plutôt mercuriale et nous bien trop suisses pour être intéressants, nous leur souhaitons beaucoup de succès dans leur aventure innovante. Oui.
Quant à nous, si nous essayons et apprécions de nous démarquer des autres sites ludiques par nos analyses et sujets divers, nous continuerons de le faire gratuitement et sur notre temps libre, aussi longtemps que possible.
Pour lire toute la (longue) explication de la rédaction de TT






