Laissez-moi vous raconter une petite histoire. Samedi soir dernier, comme une fois par mois, nous avons ouvert notre Bar à Jeux à Genève. Nous y proposons des jeux en avant-première exclusive et également des tests des dernières nouveautés.
Ce samedi de février, nous avons apporté le tout récent Room 25 chez Matagot créé par François Rouzé, un excellent jeu coopératif (mais pas que). Et quelle ne fut notre surprise quand en sortant le matériel de la boîte du jeu neuf nous avons alors pu découvrir que les figurines en plastique, représentant les joueurs et nécessaires pour le jeu, étaient déjà cassées. Unijambistes ou cul-de-jatte, ces figurines n’étaient pas utilisables et il fallait donc trouver une autre solution. Un des joueurs à la table a dit avoir lu ce souci sur un forum et que l’éditeur était au courant, qu’il fallait passer par le SAV de Matagot pour obtenir de nouvelles pièces corrigées… Si certains joueurs ont bien ri à la vue de ces personnages « handicapés », ce n’était pas le cas de tout le monde. Et le jeu a bien tourné toute la soirée, 25 personnes ont dû y jouer.
Anecdote unique dans le monde du jeu de société?
En voici d’autres, en vrac et dans le désordre :
- Les figurines du jeu Hattari de Moonstergames qui marquaient et se salissaient très rapidement selon la surface de jeu. Également une erreur d’impression de certaines cartes dans Gosu toujours chez Moonstergames.
- Des traductions très approximatives, pour ne pas dire moisies, qui finissent par fausser le jeu, dans quelques jeux de Queen Games, dont Lancaster. Également un exemple de règles mal traduites pour Panic Station chez White Goblin Games.
- Des pièces en bois au lieu du plastique pour Cyclades chez Matagot.
- Des cartes faussées dans Seasons de Libellud.
- Des tuiles recto-verso faussées pour Western Town chez Whyme
- Des tuiles censées être recto-verso mais mal imprimées pour la première extension des Demeures de l’Épouvante chez FFG.
- Des cartes à la couleur mal imprimée pour les premières éditions de 7 Wonders chez Repos Prod.
- Des erreurs de texte dans les premières éditions de Sherlock Holmes Détective Conseil d’Ystari. Et une très mauvaise traduction pour la version anglaise du jeu bourrée d’erreurs.
- Des problèmes de colle et de matériel dans la toute première édition de Lady Alice d’Hurrican ainsi que des auto-collants manquants dans leur Dr Shark.
- Des soucis d’impression de cartes pour Uchronia chez Iello.
- Sans parler des très nombreuses coquilles que l’on retrouve dans les règles de beaucoup de jeux ou de pièces manquantes dans des boîtes.
Bref, la liste est longue, je suis persuadé que vous avez d’autres exemples à citer.
La plupart du temps les éditeurs corrigent rapidement le tir en proposant un errata sur leur site ou en envoyant directement les pièces / éléments défectueux avec leur SAV. De nombreux éditeurs améliorent leurs jeux dès le deuxième tirage (thermoformage pour 7 Wonders)
Les acheteurs de la première heure, comme moi,se sentent alors quelque peu lésés, on a presque l’impression d’avoir servi de béta-testeurs tout en payant pour participer au test… Pas glop. Faut-il donc finir par attendre le deuxième tirage du jeu pour être sûr d’avoir un produit de qualité que l’on peut exiger pour avoir payé un jeu entre 15 et 50 euros?
Le métier d’éditeur de jeu, comme celui d’auteur de jeux d’ailleurs, et un métier appris « à l’arrache », en autodidacte car il n’existe pas de formation d’éditeur de jeux. Certes, la plupart des éditeurs viennent du marketing ou du graphisme, mais éditer un jeu nécessite la maîtrise de très nombreux facteurs / métiers / compétences : tests, développement, graphismes, écriture et relecture des règles, gestion financière, publicité, etc. Ce qui peut parfois donner quelques couacs puisque le métier a été appris sur le tas par tâtonnement.
A (re)lire à ce sujet notre article sur les auteurs de jeux : auteur de jeux, un métier?
Mais est-ce vraiment la faute des éditeurs? La plupart du temps,
Car c’est souvent des soucis de production. A part peut-être en ce qui concerne les traduction ou les coquilles dans les règles, les problèmes de matériel défectueux sont très souvent la responsabilité des usines de production : plastique pas résistant, colle pas efficace, erreur d’impression dans les cartes / tuiles, etc. Les éditeurs n’y peuvent donc la plupart du temps pas grand-chose.
Quand les acheteurs paient plusieurs dizaines de francs suisses / euros, ces clients sont-ils en droit d’attendre un produit de qualité?
Au risque d’être fâchés, à juste titre, et de faire une mauvaise publicité au jeu. Pour revenir au jeu présenté en introduction, Room 25, je dois avouer avoir été quelque peu déçu, alors qu’en fin de compte, le jeu est vraiment bien (critique tout bientôt). Suis-je trop exigeant / pointilleux ?
Les soucis de production n’ont bien souvent rien du tout à voir avec la qualité ludique d’un jeu. Les auteurs ne sont d’ailleurs extrêmement rarement les responsables de ces problèmes, mais il est difficile pour un client de ne pas en conserver un goût amer dans la bouche.
Est-ce que les acheteurs doivent donc se plier à cet état de fait et accepter de payer pour un produit pas toujours à la hauteur de leurs attentes, faire le poing dans leur poche?
Qu’en est-il de ces joueurs, comme moi, qui achètent la première édition d’un jeu, quelques fois moindres que ses suivants? Je pense notamment à 7 Wonders de Repos Prod et leur boîte « cheap » non-thermaformée, puis corrigée. J’ai payé pour un produit moins développé que d’autres clients qui sont passés après et qui ont payé exactement le même prix. Suis-je habilité à demander un remplacement (ce que je n’ai pas fait, mais aurais dû)?
Est-ce que l’origine-même de ces soucis ne proviendrait-il pour la plupart de la précipitation que les éditeurs ont à sortir un jeu? Beaucoup de jeux sont, très malheureusement, produits en Chine. Et qui dit Chine dit transport en bateau, donc il faut bien compter entre 2 et 3 mois pour que le jeu soit livré. Pareil pour l’Allemagne et Ludofact qui nécessitent souvent le même temps pour produire un jeu au vu du nombre important de commandes qui leur sont adressés. Et bien souvent, les éditeurs veulent être prêts à sortir un jeu pour tel ou tel évènement ludique important afin d’y gagner visibilité: Essen en octobre bien sûr, mais également festival du jeu à Cannes, Nüremberg ou autres.
Est-ce que les éditeurs ne feraient-ils pas mieux de prendre un peu plus leur temps pour proposer un produit de meilleure qualité et ne pas travailler dans l’urgence continuelle, le flux tendu et les « impératifs » du calendrier annuel?
Je prendrai l’exemple de Sébastien Pauchon et de sa maison d’édition vaudoise Gameworks, qui préfèrent attendre que leurs jeux soient au top pour être sortis, quitte à attendre plusieurs mois (ex. Pix). Un perfectionnisme qui paie puisque leurs jeux sont toujours (pour l’instant) au firmament de la qualité de production.
Comme on le sait bien, l’erreur n’existe pas pour celui qui sait en tirer une leçon. L’erreur est humaine, tout ça. Et si les éditeurs engageaient une personne responsable de la qualité, un quality-controller ou quality manager comme on dit au 21e siècle? Cette personne serait alors uniquement chargée de veiller à éviter tous ces problèmes en se concentrant sur toute la chaîne de production.
Bien souvent les éditeurs doivent TOUT faire eux-mêmes, surtout pour les petites structures avec une ou deux personnes à la barre. Est-ce qu’épargner sur un contrôle de qualité vaut bien la peine, quand on doit ensuite corriger le tir et renvoyer le matériel correct à TOUS les acheteurs? Ou offrir un SAV efficace pour palier à ces manquements? Sans parler de l’image quelque peu ternie du produit vendu et par juxtaposition de la propre image de l’éditeur.
Alors, amis éditeurs, que pensez-vous de cette discussion? Et vous, amis joueurs, avez-vous déjà été confrontés à un jeu au matériel défectueux ? Comment faire pour éviter cela?









