Critique de jeu : Trajan

Présentation

Trajan est le tout nouveau jeu de l’über-prolifique auteur allemand Stefan Feld (Notre Dame, Strasbourg), sorti chez une toute nouvelle maison d’édition, Ammonit, pour Essen 2011.

Pour 2 à 4 joueurs, d’une durée de 30’ par joueur.

Nous proposons une aide de jeu ici.

Thème

Comme très souvent dans les jeux de Feld, le thème est inepte et artificiel.

Dans Trajan, on joue des sénateurs en 110 après JC sous l’empereur romain Trajan, et on essaie de développer son patrimoine pour remporter des points de victoire. Très tenu et factice. Mais bon, comme souvent avec les jeux de Feld, il ne faut pas chercher dans le thème la richesse du jeu, c’est l’excuse de nous servir des mécaniques ripolinées, et c’est ici clairement le cas.

Matériel

Le matériel est vraiment simple et les illustrations sérieusement plates. Trajan se voulait plus fonctionnel et clair que joli. But atteint.

Lorsque nous avons découvert ce jeu à Essen, il nous a fallu passer outre une première réaction de… dégoût. J’exagère à peine. On dirait un proto, certes amélioré, mais quand même.

Prenez Drum Roll (notre critique ici), également sorti à Essen, chatoyant, chaleureux et baroque, et placez-le à côté de Trajan. Attention, le choc pourrait entraîner une perte de facultés visuelles.

Mécanique

La mécanique de Trajan est tellement riche qu’il est extrêmement difficile de la présenter en quelques phrases.

Très brièvement, la mécanique principale repose sur un système de rondelle, entre les jeux de Mac Gerdts (Navegador, Antike), Finca et l’Awalé.

A son tour, le joueur prend un ou plusieurs de ses cylindres (on ne sait absolument pas ce qu’ils sont censés représenter, cf. analyse du thème ci-dessus) sur l’un de ses emplacements de son plateau individuel, et le déplace. S’il n’y avait qu’un cylindre, il le dépose alors dans l’emplacement suivant. S’il y en avait plusieurs, le joueur en dépose alors un à chaque fois.

Le dernier emplacement sur lequel on pose une pièce est alors activée et l’action correspondante effectuée. Pas très clair, mais il faut avoir le jeu sous les yeux pour véritablement en comprendre le fonctionnement. Encore une fois, croisez l’Awalé avec Finca, et ça vous donnera la mécanique principale. Mécanique astucieuse et riche.

Comme dans Thebes et l’excellent récent Olympos d’Ystari, il y a également une piste de temps qui fait avancer le jeu. Selon le nombre de cylindres déplacés, le jeton « temps » est déplacé. Une fois un certain jalon atteint ou dépassé, la fin de la manche est annoncée.

Les actions disponibles entraînent souvent l’acquisition de tuiles et cartes diverses qui rapportent moult points de victoire. Et des points de victoire, il y en a à profusion dans Trajan, de tous les côtés. Pratiquement chaque action en rapporte, c’est surprenant. Et déroutant. Abondance de biens nuit, et c’est ici franchement le cas, on ne sait pas trop comment optimiser ses choix puisque quasiment chaque action score, donc tout est pour ainsi dire avantageux.

Oui mais. Car avec Feld, il y a souvent un « mais ». En fin de manche, une fois que le jeton « temps » a fait un tour (plus ou moins long selon que l’on joue à 2,3 ou 4 joueurs), on révèle un jeton « demande du peuple ». Après en avoir tiré 3, et joué une dernière manche, tous les joueurs doivent répondre aux demandes du peuple sous peine de devoir perdre un nombre conséquent de points de victoire, surtout si l’on ne parvient pas à remplir les 3 demandes. Souvent du pain et des jeux. Forcément.

Comme dans Notre Dame ou l’Année du Dragon, les joueurs ont constamment le glaive sous la trachée. Il faut réussir à se développer et à gagner des points de victoire, tout en ne négligeant pas les demandes du peuple.

Bref, le jeu est tellement riche qu’il est encore une fois très difficile d’en faire ici succinctement le tour.

Interaction

L’interaction est assez développée, même si l’on ne peut pas vraiment s’en prendre directement aux autres joueurs. Pas d’attaque donc, mais une course pour rafler les meilleures tuiles.

Conclusion

Trajan est excessivement riche, et c’est un euphémisme. Le tour d’un joueur est la plupart du temps court, une seule action possible, à moins de bénéficier d’une action supplémentaire. Le jeu tourne très bien et jouit d’une grande fluidité, pour autant que l’on en ait bien saisi toutes les possibilités, finesses et combinaisons.

Au vu de la pléthore de possibilités de marquer des points, on sera au début rapidement et sûrement perdu. Trajan est carrément destiné à un public de joueurs sérieux et coriaces, que l’on désigne souvent par le doux nom affectueux de « gamers ». La durée de vie du jeu est extraordinaire, puisque cartes, tuiles et commandes ne sont jamais les mêmes, et au vu de la profondeur du jeu, Trajan jouit d’une rejouabilité infernale.

Trajan est, pour moi, l’un des meilleurs jeux de Feld de par sa richesse et profondeur, mais également l’un des plus froids et au thème les plus niais. Décidément, les auteurs allemands favorisent les mécaniques plutôt que le rêve.

Point über-positif, malgré la complexité du jeu, les règles sont extraordinairement claires, courtes et riches en exemples limpides et utiles. Un grand bravo à cette toute nouvelle maison d’édition pour l’effort appréciable.

Bref, une excellente découverte à Essen 2011.

VF ? VO ? La vo suffit parfaitement, les règles peuvent être téléchargées ici sur BGG, et le matériel de jeu n’a aucun texte.

Ce que j’ai beaucoup apprécié

La richesse du jeu

Les différentes mécaniques qui s’imbriquent parfaitement

La quantité de choix à disposition qui entraîne une courbe d’apprentissage du jeu lente et motivante

La possibilité de scorer un peu partout

Jouer contre le jeu (les commandes) et en même temps contre les autres. Du Feld.

Un tout grand jeu pour un tout petit éditeur

Ce que j’ai moins apprécié

Un thème crétin et artificiel

Un matériel laid et plat

Pour savoir qui était l’empereur romain Trajan sur Wikipedia

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