BRENDAN SMIALOWSKI Crédits AFP, Trump tarifs douaniers, article bannière
Jeux de plateau

Tarifs douaniers : Le jour où les jeux de société ont fait plier la Maison Blanche

⚖️ La Cour suprême annule les tarifs douaniers de 145% ! Jamey Stegmaier a fait plier Washington. Mais est-ce vraiment fini ? Décryptage.


Tarifs douaniers : Le jour où les jeux de société ont fait (un peu) plier la Maison Blanche (mais on va quand même raquer)

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L’essentiel en 3 points :

  • Coup d’arrêt : La Cour suprême américaine a invalidé les tarifs douaniers aberrante de 145% imposée par la Maison Blanche sur les jeux fabriqués en Chine.
  • Jamey Stegmaier a mené la fronde judiciaire pour épargner le portefeuille des joueurs.
  • Entre l’explosion du fret maritime, les boutiques asphyxiées et le « Plan B » du gouvernement (taxe de 10%), nos jeux vont quand même coûter plus cher.

Vous vous demandiez pourquoi votre dernier Kickstarter a un an de retard et vous demande une rallonge de 20 balles ? Asseyez-vous, on va parler géopolitique.

On l’a échappé belle. Enfin, presque.

Vendredi 20 février 2026. Marquez cette date d’une pierre blanche. D’habitude, les décisions de la Cour suprême américaine, ça nous passionne à peu près autant qu’une notice de montage d’un canapé-lit traduite du suédois. Mais là ? C’est l’avenir de nos étagères Kallax (et de nos portefeuilles) qui se jouait. Et surprise, Goliath vient de se prendre un monumental coup de meeple dans les dents.

Par 6 voix contre 3, la plus haute juridiction des États-Unis a invalidé les droits de douane complètement mabouls imposés par l’administration présidentielle. Une victoire historique pour le monde. Et pour le monde ludique. Mais derrière ce soulagement de dingue, la réalité économique reste… un sacré foutoir. On vous explique tout ça.

L’illusion du « Made in America »

Reprenons depuis le début. Le marché américain du jeu, c’est presque 3 milliards de dollars. Et ça tourne à plein régime grâce à un détail hyper important : la mondialisation. Avant 2025, taxer un jeu de société à l’import, c’était anecdotique (genre 1,5 à 3%). C’est exactement ce qui nous a permis d’avoir cet âge d’or du matériel : des plateaux double-couche, des figs de fou, des ressources customisées dans tous les sens (coucou les petits œufs tout cute en plastique de Finspan, par exemple un exemple).

Le gouvernement américain a voulu rapatrier la production en tapant fort sur les imports asiatiques. Sur le papier, politiquement parlant ? Pourquoi pas. Sauf que dans la vraie vie, celle où on fabrique Scythe ou Vantage, les usines capables d’assembler ces mastodontes avec le niveau de qualité requis n’existent tout simplement pas en Occident. Environ 70% de nos jeux viennent de Chine, de partenaires ultra-spécialisés comme Panda Manufacturing. Exiger une relocalisation forcée en balançant une taxe punitive, c’était juste signer l’arrêt de mort de notre hobby.

Le coup de massue des 145%

Et là, c’est le drame. L’exécutif dégaine l’IEEPA. Une vieille loi des années 70 prévue à la base pour gérer les « urgences nationales » (comprenez : le terrorisme ou les embargos), et s’en sert pour imposer un tarif douanier de 145%. Oui, 145% !

Jamey Stegmaier (le boss de Stonemaier Games) a fait les comptes en public. Pour une boîte qui coûte 10 balles à fabriquer en Chine, il devait soudainement lâcher 14,50 $ de tarifs douaniers à l’État américain. Pour sa petite équipe de huit personnes, c’était une ardoise imminente de 1,5 million de dollars qui leur tombait dessus, juste pour récupérer des jeux déjà en production. Mathématiquement intenable.

Le mec le plus sympa du jeu de société sort les crocs

Si vous suivez un peu le milieu, vous savez que Stegmaier est la bienveillance incarnée. Le genre de gars qui quitte les réseaux sociaux pour préserver sa zen attitude. Mais quand on menace de couler sa boîte et toute l’industrie avec, le bisounours sort les griffes.

Épaulé par les avocats pro bono de la Pacific Legal Foundation, Stonemaier Games a carrément attaqué le gouvernement fédéral en justice. L’argument ? La Constitution, tout bêtement. C’est le Congrès qui gère les impôts, pas le Président. Et bingo. Le juge en chef John Roberts a tranché : l’exécutif ne peut pas utiliser deux mots vagues dans une loi d’urgence pour taxer la planète entière sur un coup de tête.

C’est fini alors ? (Spoiler : LOL, non)

On a gagné. On pourrait sabrer le champagne. Mais on ne va pas se mentir, la gueule de bois s’annonce violente.

Déjà, quid des remboursements ? Selon Reuters, et l’uni Penn-Wharton, l’État a encaissé, illégalement, plus de 175 milliards de dollars (tous secteurs confondus). Dingue ! Sauf que pour récupérer cet argent, ça va être un enfer administratif. Et si un éditeur a déjà augmenté ses prix en boutique pour survivre ? Qui récupère la mise au final ? Ça va batailler sec dans les tribunaux pendant des années.

Dessin de Gérald Herrmann de la Tribune de Genève
Dessin de Gérald Hermann de la Tribune de Genève

Ensuite, le chaos logistique. Tout le monde s’est rué sur les cargos pour fuir les tarifs douaniers avant qu’ils ne tombent, ce qui a fait exploser les prix du fret maritime. Stegmaier a dû pivoter en urgence vers la vente directe pour Vantage, zappant au passage les boutiques locales qui ne peuvent plus suivre avec des marges réduites à peau de chagrin. C’est là que le bât blesse : les boutiques (nos LGS chéries) sont les grandes victimes collatérales de l’histoire.

Hachette Boardgames et Cephalofair (Gloomhaven) ont déjà prévenu de leur côté : les jeux vont coûter plus cher, point. Les projets Kickstarter vont sans doute continuer de vous demander des rallonges pour passer la douane.

Et pour couronner le tout ? Le gouvernement, mauvais perdant absolu, a immédiatement sorti un « Plan B » quelques heures après sa défaite : une nouvelle taxe mondiale de 10% pour 150 jours en dégaînant l’article 122 du Trade Act de 1974, via une autre pirouette légale.

Bref, David a mis une sacrée droite à Goliath. Mais Goliath est toujours debout, et c’est notre portefeuille qui sert de ring.

[Mise à jour de l’article du 22.02.26 : quelques heures après avoir annoncé des tarifs douaniers à 10%, l’administration Trump a finalement décidé de les faire passer à 15%. Parce que. Pour 150 jours uniquement. Le Congrès devra ensuite décider de prolonger ce délai. Ou pas. C’est donc à présent TOUTE la planète qui doit s’acquitter de cette taxe de 15%. En vrai, les importateurs américains. Donc au final, les consommateurs et consommatrices américains. Mais ça, Trump ne l’a jamais vraiment compris…]


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