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Autour du jeu vidéo,  Technologie

Shrine’s Legacy : L’IA m’a tuer

🤖 Si c’est nul, c’est du ChatGPT ? Shrine’s Legacy subit la colère des joueurs persuadés qu’un robot a codé le jeu. Spoiler : c’est faux.


Shrine’s Legacy : Paranoïa pixel

L’essentiel en 3 points :

  • Le RPG indé Shrine’s Legacy a subi un « review bombing » sur Steam, accusé à tort d’être entièrement généré par IA à cause de ses imperfections techniques.
  • Le studio Positive Concept Games a dû justifier des années de travail artisanal, prouvant que les « défauts » étaient humains et non artificiels.
  • Cette controverse met en lumière une nouvelle ère de suspicion où la moindre erreur dans un jeu vidéo est interprétée comme une preuve de génération par IA, menaçant la création indé.

« C’est un mélange d’excréments de chien et de chat » : voilà comment un joueur a décrit le scénario de Shrine’s Legacy, persuadé d’avoir démasqué une IA.

C’est une histoire qui ressemble à une fable dystopique moderne. Une de celles qu’on se racontera peut-être dans dix ans pour illustrer la folie paranoïaque des années 2020. Elle ne parle pas de la fin du monde, ni d’une révolution technologique majeure, mais de quelque chose de bien plus fragile et insidieux : la fin de la confiance.

Vous êtes un petit studio indépendant, Positive Concept Games (un nom qui respire la bienveillance, avouez). Vous passez des années à suer sang et eau sur votre projet passion, un hommage vibrant et coloré aux RPG 16-bit de la Super Nintendo, façon Secret of Mana. Vous peaufinez vos pixels, vous écrivez vos dialogues avec amour (et parfois un peu de maladresse), et vous lancez enfin votre bébé sur Steam, Shrine’s Legacy, en octobre 2025. Vous attendez des critiques sur le gameplay, sur la courbe de difficulté, sur la musique.

Et à la place ? Vous vous prenez un mur. Ou plutôt, une accusation qui, aujourd’hui, vaut presque une condamnation à mort sociale sur Steam : « C’est fait par une IA ».

Bienvenue dans la grande chasse aux sorcières du jeu vidéo.

AI slop et excréments… félins

Tout commence le 7 décembre sur Steam, ce tribunal populaire où le meilleur côtoie souvent le pire. Un utilisateur, au pseudonyme évocateur de « AI DETECTOR0 » (on apprécie la subtilité du chevalier blanc), publie une évaluation incendiaire. Il ne dit pas que le jeu est mauvais. Il dit que le jeu est faux.

Le titre de son avis ? « AI SLOP ». Pour les non-anglophones, le « slop », c’est la pâtée pour cochons. De la « purée d’IA ». Dans une prose fleurie, il qualifie le scénario de « mélange d’excréments de chien et de chat » (la critique gastronomique vidéoludique a ses limites) et affirme mordicus que tout, absolument tout, a été généré par ChatGPT et consorts.

Si ce n’était qu’un troll isolé, le studio aurait pu l’ignorer. Mais sur le web, la suspicion est un virus hautement contagieux. L’avis a agi comme un signal de meute.

La brigade du pixel tordu

C’est là que l’affaire devient passionnante d’un point de vue sociologique. Suite à cet avis, d’autres joueurs se sont transformés en experts forensiques du dimanche. Ils ont sorti les loupes virtuelles pour traquer la « preuve » ultime.

Et ils ont trouvé… des défauts.

  • La pièce à conviction A : « Regardez ce coude sur le personnage principal ! Il est trop anguleux ! C’est typique de MidJourney qui ne sait pas faire les articulations ! »
  • La pièce à conviction B : « Et ce bouton triangulaire bizarre sur la manette dans le décor ? C’est une hallucination d’IA ! »
  • La pièce à conviction C : « La traduction portugaise est trop formelle, ça sent le Google Translate à plein nez ! »

Le studio s’est retrouvé dans une situation kafkaïenne. Pour se défendre, ils ont dû expliquer que non, ce coude bizarre n’était pas un glitch d’IA, mais juste… un dessin un peu raté par un humain. Que la traduction n’était pas automatique, mais peut-être juste imparfaite ou réalisée avec un petit budget.

C’est le nœud tragique du problème : nous sommes devenus tellement méfiants envers l’IA générative que l’imperfection humaine, ironiquement, devient une preuve de culpabilité. Avant, quand un jeu indé avait des défauts, on disait qu’il manquait de budget ou de talent. Aujourd’hui, on dit qu’il manque d’âme.

La défense désespérée (et la « preuve » du 1er avril)

Blessé dans son orgueil d’artisan, le studio Positive Concept Games est monté au créneau. Sur X, ils ont lancé un véritable cri du cœur qui a fait le tour de la communauté indé :

« S’il vous plaît, ne faites pas ça. Nous avons consacré des années de nos vies à ce jeu en ne travaillant qu’avec de vrais artistes humains sur chaque aspect… Nous n’approuvons pas l’IA générative et ne l’utiliserons jamais. »

Ils ont dû se justifier, montrer patte blanche, expliquer qu’ils avaient banni des trolls sur leur forum non pas pour censurer la vérité, mais pour arrêter le harcèlement.

Pour ne rien arranger, les inquisiteurs du web ont fouillé les poubelles numériques du studio et ont exhumé un vieux tweet du 1er avril. L’équipe y avait posté une image générée par IA pour une blague. Une simple plaisanterie qui, deux ans plus tard, est brandie comme une « pièce à conviction » irréfutable pour les accuser de mensonge systémique. « Ils ont menti une fois, ils mentent sur tout ! ».

Le nouveau visage de la terreur indé

Heureusement, l’histoire se termine sur une note d’espoir. La communauté des développeurs et les joueurs plus posés, alertés par le bad buzz, ont fini par prouver qu’il n’y avait aucune trace technique d’IA. Par solidarité, des avis positifs ont commencé à affluer pour contrer le « review bombing ». Le jeu a retrouvé des couleurs et une évaluation « Mitigée » qui remonte doucement.

Mais le mal est fait. L’affaire Shrine’s Legacy est un avertissement brutal pour tous les créateurs. Désormais, il ne suffit plus de créer. Il faut prouver son humanité. Il faut documenter chaque étape, garder ses croquis ratés, filmer ses sessions de travail. Parce qu’au moindre faux pas, à la moindre ligne de dialogue un peu cliché, le couperet tombera : « Robot ».

C’est une drôle d’époque où l’on doit s’excuser d’être médiocre, de peur d’être pris pour une machine. Peut-être que le véritable label de qualité, demain, ce sera le défaut. « Garanti 100% humain, avec de vraies fautes d’orthographe et des dessins moches ».


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