Le jeu Cards Against Humanity poursuit Elon Musk en justice
🔨 Cards Against Humanity vs Elon Musk : Une bataille juridique à 15 millions. Comment un simple divertissement devient un outil d’activisme.
Jeux de société : quand le divertissement devient un outil d’activisme. Le cas de Cards Against Humanity
Et si notre passion pour les jeux de société nous transformait, sans le savoir, en activiste politique ?
Imaginez un instant : vous êtes confortablement installé autour d’une table, prêt à entamer une partie de votre jeu préféré, quand soudain, vous apprenez que les auteurs et autrices de ce même jeu viennent d’intenter un procès contre nul autre qu’Elon Musk.
Non, ce n’est pas le pitch d’un film de science-fiction, mais bien la réalité surprenante dans laquelle nous vivons. Bienvenue dans le monde des jeux de société modernes, où le divertissement côtoie l’activisme politique.
Cards Against Humanity, ce jeu de cartes irrévérencieux qui a conquis plus de 4 millions de joueurs et de joueuses à travers le monde selon les chiffres de vente de 2023, vient de prouver qu’il est bien plus qu’un simple divertissement. Il y a deux jours, l’éditeur de jeu vient tout juste d’intenter un procès contre SpaceX, la compagnie spatiale d’Elon Musk, pour la somme astronomique de… 15 millions de dollars.
Max Temkin, co-créateur de Cards Against Humanity, explique : « Notre action en justice n’est pas seulement une question de propriété. C’est une prise de position contre ceux qui pensent que leur richesse les place au-dessus des lois et des engagements pris envers la communauté. »
Une stratégie audacieuse digne des meilleurs jeux de stratégie
L’histoire commence en 2017, lorsque Donald Trump annonce son projet de construire un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Face à cette décision controversée, les créateurs de Cards Against Humanity décident de passer à l’action d’une manière aussi… créative qu’inattendue.
Grâce à une campagne de financement participatif ingénieuse, ils ont réussi à récolter plus de 2 millions de dollars auprès de 150 000 backers. Chaque contributeur a versé 15 dollars pour acquérir collectivement un terrain à la frontière, dans le but explicite d’entraver la construction du mur.
Cette stratégie rappelle les mécaniques de jeux comme « Carcassonne » ou « Catan », où l’acquisition stratégique de territoires peut changer le cours de la partie. Sauf qu’ici, l’enjeu dépasse largement le cadre ludique.
Quand le Monopoly devient réalité : l’entrée en scène de SpaceX
L’éditeur vient également d’ouvrir un site web pour présenter tout le cas au public.


C’est là que l’histoire prend un tournant digne des meilleures parties de « Diplomacy ». SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk, aurait selon la plainte de Cards Against Humanity, envahi leur terrain, y installant du matériel de construction et des générateurs, transformant ce bout de terre symbolique en un véritable chantier.



Cards Against Humanity n’en est pas à son coup d’essai en matière d’engagement politique. En 2016, ils avaient déjà fait parler d’eux en vendant des extensions de jeu « Vote pour Hillary » et « Vote pour Trump », reversant les bénéfices à la campagne de Clinton.
À noter que ce n’est pas la première fois qu’Elon Musk agit de la sorte. Reuters a enquêté sur les (nombreuses) occupations illégales de SpaceX au Texas. Un article passionnant à découvrir ici.
Les règles du jeu ont changé : implications pour l’industrie
Cette affaire soulève des questions cruciales pour l’industrie du jeu. Jusqu’où peut aller l’engagement politique d’une entreprise de jeux ? Les grandes compagnies comme SpaceX sont-elles au-dessus des lois ?
Cette affaire pourrait encourager d’autres éditeurs de jeux à s’engager plus ouvertement sur des questions sociales. Cela pourrait transformer la façon dont nous percevons et consommons les jeux de société.
L’impact potentiel sur l’industrie est significatif. Selon les données de Statista, le marché mondial des jeux de société devrait atteindre 30 milliards de dollars d’ici 2026. Si cette tendance à l’engagement politique se confirme, elle pourrait redéfinir une part importante de ce marché.
La partie n’est pas finie
Alors que l’affaire suit son cours, une chose est certaine : le monde des jeux de société est en pleine mutation. D’un simple divertissement, il est devenu un vecteur d’expression, un outil de contestation, voire un acteur à part entière du débat public. Le jeu devrait d’ailleurs être renommé : Il ne devrait plus être Cards Against Humanity, mais il devrait à présent se renommer Cards FOR Humanity.
La prochaine fois que vous vous installerez pour une partie de Cards Against Humanity ou de tout autre jeu, rappelez-vous : vous ne jouez pas seulement avec des cartes ou des pions. Vous participez peut-être, sans le savoir, à quelque chose de bien plus grand.
Que vous soyez en train de conquérir des territoires imaginaires, de résoudre des énigmes ou de créer les phrases les plus absurdes et crétines possibles, n’oubliez pas : dans le monde d’aujourd’hui, même un simple jeu peut devenir un acte politique. On se lance une petite partie ?
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2 Comments
David Ex
Bonjour ! Merci pour cet article. En pleine création d’un proto sur le thème de l’activisme, je rejoins complètement votre propos. Il me semble que l’évolution du jeu de société, et qui sait, en France, peut-être sa reconnaissance future comme objet culturel, ouvre des voix nouvelles. Pour ma part, j’ai l’impression qu’une place peu exister pour une gamme/un éditeur porté sur des jeux comme objets culturels un peu plus politisés. Il existe déjà plusieurs jeux de cartes, d’ambiances souvent politiquement incorrectes fait par des associations ou autres mais souvent l’interet ludique est moindre. Il y a quelques contres exemples ici et là, je pense à Cortège, ou avec parfois des thèmes plus historiques comme le jeu sur les suffragettes, Gandhi… Pour ma part, j’ai déjà envie de me lancer dans un second proto autour des parcours de migrations. Mais il y a tellement de possibilités : chasser les baleiniers géants à travers les mers, agir sur différents projets ecocides, et pourquoi pas des jeux d’affrontementssur les thèmesdes révolutions arabes… Alors, qui lance sa boite d’edition engagée ??? 🙂
David Ex
Les édition des « Jeux M’engage » hihi