Analyses & psychologie du jeu,  Jeux de plateau

Des jeux en cadeau de Noël. Et après ?

Maintenant que la folie des achats de Noël est derrière nous, le grand bal des retours de cadeaux a commencé. Et les jeux dans tout ça ?


Des jeux en cadeaux de Noël

Combien d’argent avez-vous dépensé pour offrir des cadeaux de Noël cette année ? 50, 100, 300 euros en tout ? Et est-ce que vous avez offert des jeux de société ? Et quelques jours après Noël, voire le jour d’après, commence un véritable bal. Une… tradition ? Celle du retour des cadeaux.

Le lendemain de Noël, les magasins sont remplis de gens qui reviennent avec des cadeaux qu’ils n’ont pas choisis, qu’ils ont à double, qu’ils n’apprécient pas (mais ils ne l’avouent pas !). Certaines personnes prétendent en effet avoir reçu des cadeaux à double, dont le « jumeau » est déjà rangé dans leur bibliothèque, des chaussures à la mauvaise taille ou des… kits à cocktails alors qu’ils ne boivent pas d’alcool.

Les clientes et clients peuvent négocier un échange ou un remboursement à la caisse. Même s’ils n’ont pas de bon d’échange. Les situations les plus courantes portent sur les tailles et les couleurs. Un phénomène, une « tradition » habituelle que les magasins voient se répéter chaque année après les fêtes. Les boutiques ne désemplissaient pas avant Noël. Elles continuent de faire le plein les jours suivants. Pour d’autres raisons. L’échange, le retour de cadeaux.

Nous avons en voulu savoir plus sur ce phénomène. Comment fonctionne-t-il ? Et surtout, est-ce qu’il touche également le jeu de société ?

Petite histoire du cadeau de Noël

Voici Noël, 20.12.22, par Patrick Chappatte dans Le Temps

À l’origine du cadeau de Noël, les étrennes distribuées le jour de l’An sont destinées aux domestiques dans les familles aristocratiques et bourgeoises. C’est la déesse romaine Streinia a donné son nom aux étrennes, qui marquent ce passage symbolique.

S’offrir des cadeaux à Noël, c’est aujourd’hui évident. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. C’est le cas seulement depuis à peu près 150 ans. Avant, dans la Rome Antique, Noël n’existait pas. À la place, il y avait une fête qui s’appelait les Saturnales. On fêtait à cette occasion à la fin du mois de décembre le rallongement des journées, donc le retour de la lumière. Et à l’époque, pour fêter cela, on s’offrait des figues, des dates ou encore du miel.

Et puis plus tard, les Chrétiens transforment cette fête en célébration chrétienne pour marquer la naissance de Jésus. Mais on ne s’offre toujours pas de cadeaux comme on le fait aujourd’hui.

Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que tout change. À ce moment-là, Noël devient le moment où l’on se rassemble en famille. C’est l’occasion de montrer son attachement aux enfants dans la famille. Et pour faire plaisir aux enfants, on leur offre… des cadeaux. Noël, comme on le pratique aujourd’hui, est par conséquent une invention de la bourgeoisie du 19e siècle.

Ensuite, les magasins, avec leurs vitrines, vont contribuer à imposer cette tradition des cadeaux de Noël. C’est par ailleurs à la fin du XIXe que le papier cadeau est inventé. Les catalogues de jouets et les publicités qui y sont associées existent depuis plus de cent ans aujourd’hui. Ces publicités sont le témoin de l’essor de la bourgeoisie et des nouvelles aspirations de la société à mettre l’enfant choyé au centre de cette fête.

Les grands magasins ouvrent leurs portes à la fin du XIXe siècle et les publicités pour des idées de cadeaux sont alors monnaie courante. L’enfant prend alors une place centrale dans les fêtes de Noël. Aujourd’hui, le cadeau de Noël n’a donc que très peu évolué et ses us et coutumes semblent s’être cristallisés au début du XXe siècle. Il faut véritablement attendre les années 1950 pour que les adultes commencent à s’offrir des cadeaux.

Et les jeux de société ?

Aujourd’hui, début janvier, en pleine période post-Noël, on assiste à tout un bal de processus de revente ou d’échange. Nous avons voulu en savoir plus sur ce phénomène. Nous avons alors sollicité notre communauté de lecteurs et de lectrices, et nous avons également discuté avec une boutique spécialisée de jeux.

Notre communauté

La plupart des gens disent ne pas avoir reçu des cadeaux, des jeux non-désirés. La grande majorité qui ont répondu ont affirmé avoir été ravis, satisfaits par les cadeaux, les jeux reçus. Par conséquent, ces gens disent ne pas devoir passer par la case « échange ou revente » de fin-décembre / début janvier.

Quelques personnes affirment toutefois avoir reçu un jeu à double. Un couple raconte même s’être offert le même jeu, en même temps, sans savoir ce que l’autre avait prévu.

D’autres expliquent recevoir les « mauvais » jeux, des jeux non-appréciés, non-désirés, ou déjà joués, dans le cas des jeux dits Kleenex, à l’instar des Unlock. Dans ce cas, soit les jeux sont ramenés et échangés en boutique, soit offerts à d’autres connaissances.

(Attention, digression : C’est, je dois être honnête, ce qu’on fait aussi avec les boîtes de chocolats reçues à Noël. Et je suspecte fort que personne, personne sur cette planète n’ouvre une boîte de chocolats à Noël. Je suis persuadé que c’est la même qui fait le tour de tous les foyers de France, de Suisse et d’ailleurs. Ça serait épique de placer un Airtag caché dans une boîte juste pour suivre tout l’itinéraire de la boîte, qui doit parcourir des centaines de milliers de kilomètres ! Mais je m’égare.)

En conclusion, beaucoup de gens disent avoir reçu des cadeaux, des jeux désirés qu’ils n’ont pas eu à échanger ou revendre par la suite.

Les retours de cadeaux dans une boutique (de jeux)

Nous avons interrogé une boutique de jeux, Philibert, pour leur demander si elle voyait des gens, et combien, ramener un jeu après Noël. Et comment elle traitait ces demandes.

Bradley, un vendeur de la boutique, a eu la gentille de nous répondre. Selon lui, pour des demandes de retours, la boutique voit passer entre 10 et 15 personnes par jour juste après Noël, dès le 27 décembre. Mais plus les jours passent, et plus ce nombre s’effiloche.

Selon le vendeur, Philibert traite ces demandes ainsi : il faut que le jeu n’ait pas été ouvert, encore emballé sous cellophane, et qu’on disposer d’une preuve de paiement, comme un ticket par exemple, pour obtenir aussitôt un avoir. « Aussitôt », c’est le bon terme, puisque la boutique n’est pas intéressée par connaître les réelles raisons du retour.

C’est un service offert et facilité après Noël. La boutique comprend bien qu’il peut y avoir des « erreurs » de cadeaux. Elle n’a pas besoin de connaître les raisons (à double, pas intéressée…) du retour. Donc la boutique… joue le jeu (c’est le cas de le dire) du retour des cadeaux. Ce que la plupart des boutiques, de jeux ou autres, font également juste après les fêtes. Okkazeo et autres sites de revente doivent également connaître un pic d’affluence.

Il est difficile ou impossible de savoir cette tendance est en augmentation ces dernières années, mais il reste un phénomène bien connu, et parfois cocasse, des fêtes de fin d’année.

Et encore une chose

Un podcast vraiment bien foutu sorti en octobre 2021 nous parle de ce sujet, d’objets, de cadeaux revendus sur le net. Ça s’appelle « Les Bons Gens du Coin.« 

Chaque jour, des milliers d’objets se vendent et s’achètent sur les sites de petites annonces. Des produits les plus incroyables aux machins les plus anodins, autant d’objets pour autant d’histoires singulières.

À l’occasion de son déménagement, Arnaud Faura a rencontré et questionné à l’improviste et sur le vif tous ceux qui sont venus lui acheter un objet : poubelle (!), moulin à café, four, litière (???). Des objets, des rencontres, des épisodes insolites et colorés.

Dans chaque épisode, vivez avec lui une vente qui vous mènera bien plus loin que vous ne l’imaginez. À la rencontre des bons gens du coin !


Pour vous offrir une expérience de lecture plus agréable, nous vous proposons un site sans aucune publicité. Nous entretenons des relations d’affiliation avec Philibert et Play-in.

Ainsi, lorsque vous achetez un jeu en cliquant sur les liens menant aux boutiques, vous nous soutenez.

Grâce à vous, nous pouvons obtenir une petite part des revenus, entre 5 et 8% du prix d’achat. Ceci nous permet alors d’acheter d’autres jeux et de continuer à pouvoir vous proposer de nouveaux articles.

Vous pouvez également nous aider à soutenir notre blog directement en faisant un don sur la plateforme française uTip ❤️️


Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Enseigne à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration, travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste.


Et vous, est-ce qu’il vous est déjà arrivé de ramener en boutique ou de revendre un jeu que vous avez reçu à Noël ? Racontez-nous ça.

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One Comment

  • Ange

    Cette année, nous sommes allés échanger un jeu (une extension) offert à Noël par notre fils qu’on avait déjà dans une boutique de jeux où nous allons régulièrement. On savait quel jeu on allait prendre en échange, donc on l’a pris dans le rayon sans avoir vu de conseilleur et arrivé à la caisse, l’échange s’est fait sans questions (le jeu était encore sous blister et nous avons une carte d’abonnement utilisé familialement où l’achat était noté – donc coté de l’échange commercial, il n’y avait aucune contrainte).
    Cela nous a semblé naturel de faire cet échange, alors que nous avons des dizaines de jeux à la maison auxquels nous ne jouons plus, mais qu’on n’arrive pas à mettre sur le marché de l’occasion ou même donner… ils sont rangés de plus en plus loin de l’espace de vie où nous jouons, se disant qu’on aura peut-être envie d’y rejouer un jour ?!?
    Inversement, notre fille nous a offert une participation à un site qui fait du prêt de jeux (et vente si on désire ensuite acheter le jeu). On va tester prochainement et on verra si c’est un bon contournement d’achats inutiles : on aime découvrir de nouveaux jeux, certains deviennent des incontournables et rejouées souvent, alors que d’autres, avec lesquels on est déçus, se retrouvent inutiles dans des placards éloignés… Et cela peut être un plus pour la nature (moins de production), pour nous aussi (placards moins pleins) et voir de fait si l’argent mis dans l’abonnement est plus « utile » !
    PS : l’abonnement est un peu comme une carte d’achats, mais tout de même avec plus d’intention (d’attention ?) envers nos centres d’intérêts…

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