Critique de jeu : Dungeon Petz

Dungeon Petz (DP) est un jeu de plateau pour 2 à 4 joueurs créé par Vlaada Chvátil aux éditions Czech Games Edition pour Essen 2011 d’une durée de 90’

DP reprend l’univers, les illustrations et pratiquement la même mécanique que Dungeon Lords (DL) du même auteur et sorti en octobre 2009.

Thème

Dans DP, les joueurs reprennent les imps (lutin, diablotin) de Dungeon Lords et tentent de mener à bien leur entreprise d’élevage d’animaux.

En effet, le donjon dans lequel vos lutins travaillaient a été détruit par de méchants aventuriers mal rasé, ce qui a poussé vos diablotins à aller chercher du travail ailleurs. Et rien de tel que l’ouverture d’un magasin d’animaux pour relancer le business.

Le thème de DP est juste excellent ! Hyper-original, mais surtout, drôle. Vraiment drôle. On se trouve entièrement immergé dans cet univers comico-fantastique, entre le Disque Monde et les Monty Pythons. Les animaux à élever prennent presque vie à la table, tout est vraiment bien pensé et le thème est incroyablement bien exploité.

Matériel

Comme le dit lui-même l’auteur dans les règles, Vlaada a développé DP après avoir collaboré avec l’illustrateur de DL David Cochard. Les dessins furent tellement sensationnels qu’il a voulu remettre le couvert rien que pour ça. En effet, les illustrations dans DP (et DL) sont juste incroyables et fourmilles d’éléments rocambolesques.

Comme mentionné en page 11, si un joueur n’a plus rien à faire parce qu’il doit attendre sur les autres, il peut toujours admirer les détails sur les deux différents plateaux. Et des détails, il y en a. Comme dans Agricola sur certaines tuiles de ferme, les fermiers jouant à Bohnanza ou… Agricola, mise en abîme, les imps sont en train de jouer à DL. Ou ils se courent après. Ou ils sont en train de peindre le plateau et s’en mettent partout.Les animaux sont également superbes.

Bref, les illustrations sont vraiment inouïes et cocasses. David Cochard a incontestablement fait un vrai travail d’artiste.

Les illustrations de jeux bientôt considérées comme œuvres d’art ? Avec des Marie Cardouat (Dixit), des Piero, des Mathieu Leysenne (Jamaica), des Arnaud Demaegd (la plupart des jeux de son frangin Cyril d’Ystari) ou des Menzel, on peut aisément se faire à l’idée.

Mécanique

Comme les illustrations, DP foisonne de mécaniques diverses. La mécanique première repose sur une enchère secrète. Chaque joueur répartit ses imps et ses pièces d’or en différents groupes derrière son paravent, et quand tous les joueurs ont fait pareil, on révèle le tout. Par ordre décroissant, un groupe après l’autre, les imps sont placés sur le plateau de jeu aux différents emplacements: nourriture, nouvelle cage, add-on pour cage, nouveaux animaux, sortir ses imps de l’hôpital, etc.

Placement d’ouvriers (de lutins, plutôt), mais propulsé par une enchère / distribution cachée. Oui, cela fonctionne exactement de la même manière que le très bon Strasbourg de Stefan Feld, sorti à quelques mois d’intervalle.

L’autre mécanique principale est la gestion de ses animaux. En début de phase 3, on tire autant de cartes qu’indiquées sur l’animal. Plus l’animal est grand, plus il en désigne.

Une fois les cartes tirées, il faut alors lui en attribuer tout autant, sachant que chaque joueur commence la partie avec une main de chaque carte, ce qui confère une certaine (bien maigre) marge pour l’attribution.

Et là, c’est le drame! Ces foutus animaux vont commencer à vouloir faire n’importe quoi. Certains voudront jouer, d’autres manger, s’énerver grave dans leur cage, voire même… faire caca. Oui, faire caca, vous avez bien lu. Jamais je ne me serais imaginé parler de caca dans une de mes critiques de jeu.

DP est bien le seul jeu de plateau dans l’univers dans lequel il va falloir gérer les défécations de ses créatures. Je m’imagine le fou rire de Vlaada quand il a pensé et développé cette règle. Ces auteurs de jeux sont vraiment tous fous !

DP ressemblerait presque à du tamagotchi format jeu de société.

Selon les besoins qui n’auront pas pu être assouvis, vos animaux vont en pâtir. Si vous n’arrivez pas à leur offrir leur nourriture préférée, selon leur régime végétarien ou carnivore, ils vont prendre des points de souffrance. Si vous n’arrivez pas à jouer avec eux, ils vont également prendre des points de souffrance. S’ils craquent un pont et que votre cage n’arrive pas à les contenir, vous pourrez toujours essayer de les bloquer en envoyant vos imps oisifs, qui finiront alors bien évidemment à l’hôpital. Si l’animal a trop de points de souffrance ou qu’il n’a pas pu être arrêté, il quitte alors votre magasin, et c’est tant pis.

Enfin, après avoir managé toutes les demandes, vous allez pouvoir présenter un ou plusieurs de vos animaux en exposition, ce qui vous rapportera des points de réputation = points de victoire.

En phase 5, un client entrera dans votre magasin pour vous acheter un animal, et si vous en avez un à lui offrir qui corresponde à ses attentes, en fonction des cartes attribuées, il vous l’achètera contre des points de réputation.

Bref, DP est extrêmement riche. Toutes les mécaniques et phases s’imbriquent parfaitement et sont absolument logiques, tellement le thème est intégré au gameflow.

Pas présenté dans le chapitre « matériel » ci-dessus, chaque joueur dispose d’un plateau individuel qui lui servira de paravent au moment du choix de ses groupes. Ce plateau contient moult pictogrammes qui résument entièrement les différentes phases de jeu. Tout est donc bien clairement indiqué et permet aux joueurs de ne pas se sentir perdus dans cette masse de phases & règles.

Interaction

L’interaction, comme déjà dans DL, n’est pas très forte. On se concentre sur les places à prendre, deviner ce que les autres visent comme emplacements pour les leur rafler et ainsi contre-carrer leurs plans. On ne peut pas directement s’en prendre aux autres, certains joueurs pourront ne pas forcément apprécier cette interaction « froide » et l’impression de jouer tout seul dans son coin de magasin à nettoyer le caca (encore?) des cages et à nourrir ses animaux.

Conclusion

DP est un excellent jeu ! Vraiment. Et pour de nombreux aspects : les illustrations, la gestion originale de ses animaux, le thème, cocasse et fantasque.

DP est un gros jeu, à commencer par la mise en place qui prendra un certain temps (avec l’Ipad et le portage de jeux de plateau, qu’est-ce qu’il est devenu fastidieux de passer 15-20’ à placer tous les éléments sur la table…).

Si vous n’avez ni le temps, ni la patience, ni le goût pour les gros jeux, DP ne sera indubitablement pas fait pour vous, puisqu’il faudra gérer nombreux facteurs. Les expositions et clients sont connus à l’avance, comme dans DL, ce qui vous permettra « aisément » d’affiner vos stratégies. Mais cela impliquera une élévation certaine de température de vos neurones.

DP est déroutant, car autant son matériel et thème sont légers et bouffons, autant son gameplay est exigeant. Et cela commence par la lecture des règles, 17 pages denses et ramassées riches en exceptions, alors que le tout est constellé de blagues amusantes. C’est la première fois de ma vie de joueur que je ris à gorge déployée en lisant des règles. Même si les règles peuvent paraître lourdes et riches, elles sont au final très limpides, bourrées d’exemples, et surtout parfaitement logiques. Cela risque d’en rebuter certains, mais une fois commencées, elles s’avèrent claires et cohérentes.

Si vous ne deviez posséder qu’un seul gros jeu, alors autant que cela soit Dungeon Petz, tellement il est drôle, joli, attractif, original, riche et coloré. Dans une production ludique actuelle massive, souvent mécanique, artificielle, à faible durée de vie et pas toujours folichonne, DP ressort clairement du lot.

Dans DP, on se retrouve plongé dans un univers, on se met alors presque à rêver et à s’y sentir immergé, comme dans un Demeures de l’Epouvante ou un Fortunes de Mer. Perdre ou gagner la partie ne représentera au final pas tellement d’intérêt, tellement on se sera amusé à gérer ses « petits » animaux, gage d’un jeu piquant et captivant.

VO ? VF ? Iello va bientôt assurer la traduction du jeu en français, mais il n’y a au final que les règles qui sont en anglais, tout le reste ne contient aucun texte.

A 2, 4 joueurs ? Je dois avouer que mon groupe de joueurs et moi n’apprécions pas du tout les règles de jeu avec une IA, un joueur virtuel, comme ce fut déjà le cas dans DL, ou 7Wonders à 2, ou le tout récent Helvetia. Nous préférons nous investir dans notre partie, ne pas devoir encore gérer un joueur virtuel supplémentaire artificiel et guignolesque.

Dans DP, à 2 ou 3, on place des imps d’une couleur non-utilisée pour bloquer certains emplacements sur le plateau. Ces imps vont être déplacés selon un cheminement précis. Donc au final, à 2 ou 3 joueurs, on n’a pas à s’embarrasser avec un joueur virtuel, et c’est tant mieux.

A 4, l’interaction n’en sera que plus forte, est la partie pas forcément plus longue puisque tout est pratiquement toujours joué en simultané.

Ce que j’ai beaucoup aimé

Le thème

Les illustrations

Les différentes mécaniques, souvent originales, qui s’imbriquent parfaitement

La richesse du jeu

L’humour omniprésent (règles, plateau)

Un vrai jeu stratégique. Beaucoup de jeux de société modernes sont plutôt tactiques, peu stratégiques. DP se démarque, comme ce fut déjà le cas avec DL.

La mini part de hasard dans le tirage des cartes, mais rien de méchant puisqu’on est prévenu à l’avance et il va falloir s’y adapter.

Ce que je n’ai pas beaucoup apprécié

Avoir un boulot qui m’empêche de jouer à Dungeon Petz.

En plus

Les descriptions des clients et des animaux sont juste hilarantes, en voici un florilège : Dungeon Master, qui veut redorer son blason en achetant un animal agressif, car récemment une rumeur court sur lui qu’il aime le jardinage et le sudoku. Ou encore Cthulie (belle référence) qui a été invoqué pour semer le chaos sur le monde. Au lieu de cela, il a commencé à lécher le visage des cultistes et à faire caca au coin du pentagramme. On repassera pour semer l’horreur dans le monde.

Le site officiel du jeu avec la description de tous les animaux.

3 Comments

  1. bonjour,

    très bel article, qui donne envie d’essayer le jeu.
    Concernant le caca, si vous voulez avoir à en parler encore plus dans un jeu, je vous recommande de vous « pencher » sur le formidable URSUPPE (ou primordial soup) … tout un programme : vous incarnez une souche de bactéries qui vivent dans une petite flaque d’eau, dont la survie dépendra de sa capacité à manger le caca des autres souches…sans s’asphyxier soi même…

    ludiquement.

    1. Merci pour votre commentaire et compliment.

      Haaaaa Ursuppe, vous avez tellement raison. Je l’ai aussi, avec son extension. Plein de caca laissé par les amibes en effet. Jeu au matériel bariolé, très chou.

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