Poker zen

Le poker est un sport. Le poker est une maîtrise. Comment le pratiquer dans des conditions saines et favorables ?

Nous avons déjà publié quelques articles de fond et techniques. Nous allons plutôt nous intéresser ici aux petites choses qui vous permettront d’améliorer votre jeu en général. Il n’est pas question ici de parler de techniques, de savoir-faire ou de savoirs, mais plutôt de savoir-être et de mini-astuces liés à l’hygiène de vie. Sur le long terme, ces conseils n’amélioreront pas seulement votre pratique du poker, mais, nous l’espérons, pourquoi pas, également votre santé.

Le poker est un sport. Quel genre de sport ? Un sprint, reposant sur la force et la rapidité ? Ou un marathon, reposant sur l’endurance et la patience ? La réponse est claire. On va certes quelques fois faire des coups puissants, rapides, énergiques, des all-in ou de méchantes relances en pre-flop, mais comme une partie de poker durera plutôt 3h que 5’, sans parler de tournois plus importants où l’on jouera plus de 8h, il faudra non seulement maîtriser les techniques mais permettre à son métabolisme général, physique et psychique, d’être au top -les Américains parlent de jouer « on tilt » jouer au top de sa forme-.

Boire

En règle générale, on ne boit pas assez. Tout le monde sait qu’il faut boire entre 1.5l et 2l par jour, et pourtant ce n’est de loin pas le cas. Un café par-ci, un coca par-là ne réussiront jamais à atteindre la quantité nécessaire pour le bon fonctionnement non seulement de nos reins, mais de notre cerveau également. Qui s’est déjà plaint de maux de tête, alors qu’il s’agissait juste d’une déshydratation ? Boire permet à notre corps, et donc à notre cerveau, de fonctionner correctement. Comme homo sapiens, mammifère doué de raison, on pense souvent que la pensée peut être plus forte que la matière, à tort. Il ne faut toutefois pas oublier de prendre soin de son « véhicule », de « faire le plein », pour que la « machine » fonctionne correctement.

Que boire ?

Boire beaucoup, certes, encore faut-il se demander quoi. Toute boisson excitante est, d’après moi, à proscrire : café, thé noir, coca, sont bourrés de caféine (=théine, pareil). Le café présente deux sérieux désavantages au poker. Il rend d’une part nerveux, ce qui vous empêchera de jouer en toute sérénité et en pleine maîtrise de vos moyens. Nerveux, vous risqueriez par exemple de suivre une agression justifiée avec pas grand-chose, juste parce que vous n’avez pas envie d’être bluffé. Le second désavantage, souvent négligé, c’est l’après « coffee buzz ». La caféine dope l’organisme, l’énergise, mais une fois l’effet passé, effet qui ne dure pas 3h, loin s’en faut, l’après-coup est encore plus dur à encaisser, on pourra se sentir encore plus fatigué qu’avant, il y a comme une chute de tension qui s’ensuit. On pourrait consommer 7-10 cafés par jour pour éviter ce phénomène, mais on jouera encore plus nerveusement, pas mieux.

Alors, que boire ? Je conseillerai de l’eau, tout simplement. Pourquoi chercher compliqué ? Le sucre présent à profusion dans les sodas joue également le même rôle, même si moins élevé, que le café. L’eau, simple, permettra au corps de s’hydrater sans inconvénients. Pour les longs mois froids d’hiver, une tisane (=infusion de plantes) ou du thé vert (ne contenant pas de théine/caféine) sera parfaitement bien adapté. Essayez à ce propos une verveine fraîche, avec les feuilles séchées et pas en sachet, avec ou sans zeste de citron, ou du Sencha (bien meilleur que le Bancha), thé vert japonais pas trop cher et bien goûtu ; pour plus de finesse dans ce monde de brutes, essayez l’incroyable Genmaïcha, un thé vert japonais aussi avec du riz soufflé et du… pop-corn, un véritable régal à boire en partie.

A bannir

L’alcool, sous toutes ses formes. L’image du poker est malheureusement liée, dans l’imaginaire public, au cigare et whisky. Tous les joueurs pros le disent, jouer en état d’ébriété ou sous l’emprise de l’alcool n’apporte rien. On ne le dit jamais assez, le poker est un sport, une maîtrise, on n’imagine mal notre Roger Federer national jouer en finale après 4 verres de vodka. Rappelons encore que l’alcool fait méchamment grossir, et que s’il on a déjà son arrière-train posé sur une chaise pendant quelques heures sans bouger, autant ne pas empirer les choses…

Et qui dit boire…

Pensez à aller aux toilettes. Ca paraît crétin, je sais, mais admettez-le, combien de fois avez-vous joué 2-3 mains alors que vous deviez absolument aller aux toilettes ? Etiez-vous à ce moment-là au top de votre concentration ? J’en doute. D’ailleurs, ne dit-on pas « se soulager » ? Et vous lever de table vous permettra de faire un break et de vous détendre. Evitez toutefois les « missed blinds » pour ne pas avoir à poser la big blind de retour.

Sommeil

Joué reposé. Nous enfonçons ici une porte ouverte, il est évident que jouer bien reposé vous permettra de jouer en plein maîtrise de vos capacités. Qui n’a pas connu l’expérience de jouer à 4h du matin et de ne pas voir un tirage couleur (flush draw) sortir alors qu’on a qu’une paire ou double paire ? Le cerveau se fatigue lui aussi, comme tout organe. Avant toute partie, DORMEZ ! Prévoyez une bonne nuit de sommeil avant, 8h.

Le must serait encore de faire une petite sieste de 5’ à 20’, pas plus pour ne pas rentrer dans le sommeil profond qui commence après le sommeil léger. Il m’arrive même de faire des micro-siestes d’une à deux minutes pendant les pauses entre rounds, ce qui recharge déjà pas mal les « batteries ». Si vous n’avez pas l’habitude des micro-siestes, faites ainsi : prenez un trousseau de clé dans la main fermé, laissez votre main pendre de votre chaise ou du lit, et quand vous vous endormirez votre main se détendra et lâchera les clés. Le bruit vous réveillera alors et vous vous réveillerez. Bravo, vous venez de dormir une minute, vous êtes comme neuf.

Dos & position

Tout le monde connaît aujourd’hui le syndrome de la classe économique. Rester assis dans la même position pendant plusieurs heures pourrait causer quelques problèmes, et non pas seulement cardio-vasculaires. Affalé sur sa chaise, le dos cambré, vous risquez de souffrir de maux de dos après quelques temps. Pensez à rester droit à la table et à vous lever de temps en temps, juste pour vous détendre les jambes. Votre système vasculaire et lymphatique vous en remerciera, et vous serez du coup plus à même d’affronter la partie. Je vois souvent à la table des joueurs arqués, pratiquement couchés sur la table. Je plains leur colonne vertébrale de devoir endurer pareille calvaire.

Lunettes de soleil

Comme nos règles de tournoi le spécifient, nous interdisons lunettes de soleil et tout port d’habits pouvant dissimuler le visage (casquette, chapeau), et nous ne sommes pas les seuls, Howard Lederer et sa sœur Annie Duke le pensent également. Savoir bluffer ou observer sans être vu fait partie de sa maîtrise du poker. Si l’on n’y arrive pas, pourquoi ne pas plutôt se mettre au curling ?

Ici n’est toutefois pas la question. Le problème du port de lunettes de soleil est qu’il risque d’affecter la vue. En effet, à moins de jouer au poker sur une terrasse au soleil (je serai à ce moment-là le premier à vouloir en porter), le fait de garder des lunettes de soleil sombres dans un environnement déjà plus ou moins sombre pourrait endommager votre vue à long terme (et vous ferait de toute façon passer à côté de pas mal d’observations).

Habits

Porter des habits adéquats vous permettra de jouer mieux. Vraiment ? Si vous avez trop chaud ou trop froid, vous sentirez un inconfort, ce qui pourrait amener à une déconcentration. Comme toutes les parties se jouent plutôt en intérieur, à moins d’être aux Caraïbes, portez des vêtements plus ou moins légers de saison, et amples, pour que vous ayez toute latitude pour respirer et que le sang circule correctement. Des vêtements trop serrés vous dérangeraient à la longue. Ca paraît bête, mais regardez les nageurs ou les sprinters, leurs costumes sont développés pour améliorer leurs performances. Alors pourquoi pas vous ? Avant de jouer, je choisis ma garde-robe en fonction, et pas seulement en mettant mon t-shirt fétiche, ça me permet d’être plus à l’aise à la table.

Manger

Nous avons parlé des boissons, nous parlerons ici de nourriture. Ventre qui crie n’a pas d’oreilles, vous connaissez ? Jouer affamé n’apporte rien de bon, vous serez en effet incapable de vous concentrer efficacement. Prévoyez un solide en cas avant de jouer, et des snacks légers entre les pauses. Légers car consommer un trop, trop lourd ou trop gras nécessiterait de votre corps un effort soutenu pour la digestion, vos ressources étant par conséquent surtout dirigés vers ce processus. Evitez tout fast-food ou snacks salés ou gras (chips), parce que ce genre de consommation associé au mode sédentaire du poker ne vous réussira pas forcément. La consommation trop importante de sel pourra de plus entraîner une sensation de soif désagréable et dérangeante.

Alors que manger ?

La salade n’est pas fondamentalement indiquée. Elle paraît légère, ce qui est le cas, mais uniquement en graisse. Sa forte concentration en fibres demande un temps de digestion plus important. Le lait prend également beaucoup de temps à digérer, près de 14h, puisque nous avons perdu avec la croissance les enzymes nécessaires. Quelques idées : un plat de pâtes, pas trop lourd ni trop riche, par exemple : penne + tomates séchées + demi-crème +champignons sautés, ou notre recette maison de « repas » énergétique : flip aux baies des bois : yaourt nature, une banane, 250g de baies congelées, 3dl de lait de soya ou lait sans lactose, pas de sucre, passez le tout au mixer. Sinon la recette yiddish par excellence, idéale en soirée avant un tournoi, le matzebrei : prendre 4 matzos (matza, pain sans levain, sorte de galettes sèches), les laisser tremper 5-10’ dans un mélange lait de soya / lait -eau chaude, vider le liquide et les faire sauter dans une poêle avec une pincée de sel et un œuf. Pour sucrer, ajouter une rasade de sirop d’érable. Un vrai régal, sain et léger.

Cacahouètes ? Je n’ai jamais pu l’expliquer, mais les joueurs pros, Doyle Brunson en particulier, ne consomment jamais de cacahouètes en tournoi. Il semblerait que cela porte malchance. Je n’arrive toujours pas à savoir pourquoi, mais par crétinisme absolu, je suis leur conseil. Et vous?

Respiration

Penser à respirer correctement et suffisamment. Le stress d’un bluff ou d’une agression vous « gèlera », ce qui pourrait trahir vos intentions. Respirer tranquillement, normalement. Une respiration normale oxygènera de plus votre cerveau, vous permettant de réfléchir de façon optimale. Aérez de plus la pièce entre deux rounds de blinds ; avec 6-10 personnes autour d’une table, souvent en grande majorité des hommes, l’air risque rapidement d’être vicié et la pièce de sentir le poney. Une bonne bouffée d’air frais vous requinquera. Pendant les pauses j’essaie à chaque fois de prendre un bon bol d’air (expression curieuse).

Dans ce chapitre sur la respiration, on peut également y ranger l’aspect « cigarettes ». Non seulement la cigarette est terriblement malsaine, mais elle rend également nerveux. Elle dérange de plus énormément les non-fumeurs. Pour les dépendants de la nicotine, prenez des pauses, mais évitez de fumer à table.

Détente & musique & zen

Eviter le stress en partie vous rapportera gros. Vous jouerez mieux, puisque vous serez en pleine maîtrise de vos moyens. Que vous jouiez en freeroll ou avec des buy-in astronomiques, le principal (si ce n’est le seul) moyen de vous en sortir correctement, c’est de vous détendre, de vous la jouer cool, de rester zen, tranquille. Le stress vous rendra nerveux, irritable, et vous risqueriez de commettre une erreur non pas liée à votre maîtrise du jeu, mais à votre état mental. Pensez à aller vous balader avant la partie, à faire du sport, à vous aérez, à bouger, bref, à vous détendre.

Depuis quelques temps, les baladeurs mp3 font ravage autour des tables. Et pourquoi pas ? Si la musique écoutée permet de se détendre et ne dérange pas le déroulement de la partie, cela peut vous permettre de vous détendre. Préférez de la chill-out, tels que les Cafe del Mar, ou carrément de la musique classique ou de relaxation.

Je ne vois qu’un seul désavantage majeur au lecteur mp3, le lien social entre joueurs qui pourrait en pâtir puisque les joueurs sont coupés les uns des autres.

Attitude positive, soi et les autres

Jouer en pensant pouvoir y arriver. Ne jouez pas en pensant que vous allez écraser les autres et que vous êtes le meilleur, vous risquez de tomber de haut et de jouer agressivement pour rien. Avoir une attitude positive ne signifie pas avoir une mentalité de requin (quoique les requins attaquent très rarement les hommes), mais de se dire que l’on peut y arriver. Que vous soyez à une table de supposés meilleurs joueurs que vous ou d’illustres inconnus, dites-vous que vous y arriverez, que vous valez quelque chose. Attention toutefois à « l’overmod », terme en vieil anglais qui signifie une trop grande confiance en soi. L’overmod en poker peut vous coûter cher selon avec qui vous jouez.

Jouer également avec une attitude positive envers vos partenaires de jeu. Adversaires ? Ennemis ? Concurrents ? D’abord partenaires. Le poker est un sport. Marathon, parce que de longue durée, mais un marathon par équipe. Le poker est un jeu de société. On dit souvent que le poker n’est pas un jeu de cartes jouées avec des gens, mais un jeu de gens joué avec des cartes. C’est le jeu de société où le contact et l’empathie sont les plus présents (avec notre ludo de plus de 400 jeux, vous pouvez nous croire…). 30% de lecture de cartes, 70% de lecture des autres.

En lisant la plupart des ouvrages écrits par des joueurs pros, tous conseillent de jouer agressivement et de chercher à éliminer et « détruire » vos adversaires, comme si le poker était un combat, une guerre. Nous trouvons ces conseils et cette mentalité dommages, négatives. Plutôt que pratiquer le poker comme de la boxe, pourquoi ne pas le considérer comme du tai chi, voire de l’aïkido où l’on utilise la force de l’autre ? Jouer positivement, cela signifie respecter l’autre.

Respecter ses partenaires, les apprécier pour leur juste valeur, pour leur courage, pour leur volonté, pour leur maîtrise, au lieu de les dénigrer et de vouloir les écraser. L’ambiance à la table n’en sera que meilleure.

Étatgénéral

Enfin, si vous ne vous sentez pas bien, si vous avez des soucis, si vous êtes malade, laissez tomber la partie, il n’en ressortira absolument rien de bon, vous risquerez certainement de repartir plus tôt de toute façon après un all-in désastreux. Soyez « on tilt », au mieux de votre forme, physique et mentale. Jouer détendu et en même temps concentré demande à votre corps et mental des ressources considérables, ne les sous-estimez pas.

Conclusion

Le poker est un jeu de patience qui nécessite sérénité et maîtrise de soi. On néglige souvent tous ces éléments rudimentaires, parfois au demeurant basiques et abscons, mais au final véritablement vitaux et bienfaisants. Pensez-y à votre prochaine partie, et vous pratiquerez certainement un poker plus sain, zen.

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