13 mauvaises raisons pour acheter ce jeu de société

Buy Now, Flickr, CC, by edkohler
Buy Now, Flickr, CC, by edkohler

Acariâtre nous revient avec un article fort intéressant qui se penche sur notre fièvre acheteuse ludique. Pourquoi, comment? Très bon article tiré de son blog. Merci Acariâtre! Nous nous sommes permis de rajouter 2-3 liens et autres trucs chatoyants (entre parenthèses):

Un autre billet de « tonton la morale » après celui consacré au phénomène de surmédiatisation des Kickstarter dans le jeu de société. Ne me remerciez pas et ouvrez grand les oreilles, vous avez beaucoup encore à apprendre.

Comme toute passion dévorante, le jeu de société s’avère vite dispendieux (sans parler problème de place, les boîtes de jeux occupant un volume certain).

Abreuvé d’information sur les nouvelles sorties, à la recherche du jeu parfait, le joueur est souvent invité à sortir le chéquier.  Avec le risque de confondre le plaisir du jeu et l’acte d’achat. Bercé de mauvaises raisons qui le feront s’éloigner du plaisir ludique initialement recherché.

Voici donc une sélection de 13 arguments déjà entendus qui me semblent les signes annonciateurs d’un achat de trop.

1. Il ne reste que quelques heures pour l’acquérir

La rareté et l’imminence de la rupture de stock sont deux leviers de vente censés déclencher l’achat impulsif. Techniques bien connues des vendeurs de voitures et des plateformes comme Kickstarter.

Certes, dans quelques instants ce jeu ne sera plus disponible à la vente. Mais si l’éditeur orchestre sciemment cette disparition, n’est-ce pas pour vous forcer la main ? Si le jeu s’avère réellement bon, peut-on imaginer qu’il ne soit pas réédité un jour ou l’autre (et disponible en occasion d’ici là) ?

2. Le jeu est soldé

Autre technique de vente censée diminuer vos défenses rationnelles.

Si vous l’aviez acheté sans cela, cette promotion est une bonne occasion de l’acquérir à moindre prix. Sinon le jeu lui-même n’en est pas devenu subitement plus intéressant (Gus: toute la technique rusée des soldes… Au fait, vous avez remarqué que les prix soldés sont souvent affichés en rouge? Pourquoi, selon vous? Le rouge symbolise la passion, l’action. Hop, prix rouge, on passe à l’action = achat)

3. Le matériel est magnifique

L’attrait du joueur pour le matériel est du même acabit que celle du passionné de vielles voitures qui traque le moindre grain de poussière sur la carrosserie de son engin préféré. Mais si la mécanique ne suit pas, la frustration sera d’autant plus affirmée. Un jeu aura beau avoir un matériel splendide, il restera invisible dans sa boîte si il n’a pas d’autres atouts à proposer. (Gus : aaaah, le joueur et son attrait pour la figouze…)

4. Le prix au kilo est imbattable

Un argument souvent entendu est celui du « au vu du matériel, on en a pour notre argent ». C’est faire bien peu de cas du plaisir ludique que de réduire celui-ci à un critère aussi bassement économique.

La valeur d’un produit culturel ne se réfère heureusement pas à son coût de fabrication ni même de conception.

5. Au pire je le revendrai

Acheter un jeu en pensant à sa revente c’est déjà le signe qu’on ne croit pas vraiment à son potentiel. Je sais que beaucoup de joueurs utilisent la revente pour tester un jeu. Il existe pourtant d’autres manières de se faire un avis (quelques pistes en fin de billet). La revente c’est du temps et de l’argent perdu, sans assurance de trouver un acquéreur.

6. Je trouverai plus tard les partenaires pour y jouer

Quand on achète un jeu, il faudrait déjà avoir en tête les prochaines occasions d’y jouer. Miser sur l’éventualité de trouver plus tard les partenaires et les sessions de jeu est l’assurance d’un jeu qui finira sous une couche de poussière sur l’étagère. (Gus : au fait, vous savez comment / où trouver des joueurs?)

7. Tout le monde en parle

Entendre parler d’une nouvelle sortie à droite à gauche finit par donner envie de participer à la liesse générale. Mais le buzz ne suffit pas à assurer que le jeu soit bon pour vous. De plus, si un jeu est autant cité, vous aurez des occasions de l’essayer sans l’acheter lors d’un événement promotionnel ou par le biais d’autres acheteurs de votre connaissance (Gus : c’est ce qu’on appelle la validation sociale.)

8. Il a l’air « pas mal »

Honnêtement ? Avec tout ce que vous avez déjà dans votre ludothèque et les opportunités de sortir des bons jeux, vous allez vous content d’un jeu qui semble juste « pas mal » ?

9. Je ne me suis pas déplacé pour rien

Aller à une convention de jeu, à un festival ou même à un salon du jeu et revenir les mains vides ne sonne en rien comme une défaite. J’aurai même tendance à dire que c’est une belle victoire vu tous les arguments déployés par les vendeurs sur place. (Gus: d’autant que c’est l’une des raisons pour lesquelles Essen est payant pour les visiteurs. Qu’ils achètent un jeu pour « rentabiliser » leur entrée…)

10. Cet auteur ne m’a jamais déçu.

La nouvelle signature d’un auteur très apprécié apporte un apriori positif mais ne constitue pas, à elle seule, un gage de qualité. Votre sens critique doit rester en alerte quelque soient les conditions d’exercice. Soyez forts ! (Gus : surtout avec les « égéries du jeu » comme Bruno Cathala, Bauza, Thierry Frédéric Henry etc.)

Marche aussi avec l’éditeur, la collection, etc.

11. Je suis fan des livres, films, jeux vidéo, séries télés

Le thème d’un jeu de société ne présage en rien de sa qualité ludique. J’aurai même tendance à dire que plus la licence originale est connue, plus son adaptation risque d’avoir placé l’aubaine commerciale avant l’effort de conception.

Là aussi, la vigilance est de mise.

12. J’ai déjà les 49 premiers exemplaires de la série

Dans chaque passionné il y a un collectionneur qui sommeille. Sans nier la satisfaction d’une étagère composée des x exemplaires d’une même série parfaitement alignés, faut-il vraiment maintenir l’erreur d’hier en continuant à acheter les épisodes d’une série que ne vous convainc plus depuis longtemps ? (Gus : achat impulsif? Achat compulsif?)

13. En consommant je soutiens l’économie du jeu de société

Pour que le jeu subsiste, il faut en effet que les joueurs continuent d’acheter des jeux. Je ne prêche pas pour une diminution arbitraire de votre budget ludique mais plus pour une rationalisation des actes d’achat.

En effet, ne pas se précipiter sur les jeux qui vous font de l’œil vous permettra peut-être de dénicher le jeu moins clinquant mais que vous ressortirez à chaque occasion. Et par-là même de soutenir des acteurs moins visibles mais tout aussi intéressant du monde ludique.

Le risque d’un achat impulsif est que le plaisir retiré soit éphémère et cantonné à l’acte d’achat en lui-même. Une fois la boîte ouverte et le jeu essayé la déception peut s’avérer cruelle.

(NdA : Comme vous l’avez sans doute deviné, je lutte moi-même quotidiennement contre la fièvre acheteuse. Je me soigne mais je n’évite pas les rechutes.)

Quelques pistes de réflexion à pratiquer avant de passer à l’achat :

  • Se faire un avis (magazines, sites spécialisés et l’incontournable TricTracTV) et y lire en particulier les avis négatifs et contraires qui peuvent plus facilement alerter sur les défauts du jeu.
  • Tester le jeu en festivals, conventions, chez des amis, dans un bar à jeux, les occasions ne manquent pas. Au pire, il est toujours possible d’offrir le jeu à un ami (il se reconnaitra) : vous ferez un heureux et si le jeu est bon il sera toujours le temps de l’acheter ou de se faire réinviter (j’attends la date).
  • Se forcer à contempler sa ludothèque et ses pauvres jeux toujours sous cellophane avant de leur acheter un compagnon d’étagère. Pour cela, ayez toujours une photo de l’armoire à jeux dans votresmartphone.
  • Se fixer des principes pour jouer ou revendre les jeux déjà achetés avant d’en acquérir de nouveaux (exemple du défi 10×10 promu par ddschutz).
  • Remettre à demain, la nuit porte conseil.
  • Attendre l’occasion d’y jouer.
  • Acheter d’occasion (sur www.okkazeo.com par exemple) pour limiter l’amputation du portefeuille.
  • Et surtout, achetez si ça vous plaît et si ça vous fait du bien, c’est votre argent après tout.

 

À lire sur le sujet :

10 bonnes raisons de refuser de jouer

Sens Interdit, Flickr, by Lucille-bs
Sens Interdit, Flickr, by Lucille-bs

Le blog de l’Acariâtre parle de jeux, le tout servi par une belle plume.

Avec son accord, nous avons décidé de publier cet article très intéressant qui complète un des nôtres précédents, les 10 pires excuses des gens qui ne veulent pas jouer (tirées de vraies situations véritables).

Allez faire un tour sur son blog, ça en vaut la peine.

En tant que joueur, j’ai tendance à proposer trop fréquemment une partie à des gens qui n’en ont pas forcément l’envie. Avec un succès, comme vous pouvez l’imaginer, assez mitigé. Avant de faire de même, il peut être utile de se rappeler toutes les raisons qui peuvent décourager de jouer :

1. Le jeu est peu sociable

Une fois lancé, le jeu devient le centre d’intérêt commun des gens autour de la table au détriment de la simple conversation. Pour ceux qui préfèrent partager une discussion, le jeu est donc un obstacle.

2. Le jeu isole

Dans le même ordre d’idée, le jeu crée donc une frontière entre ceux qui jouent et ceux qui ne jouent pas ou sans l’envie. Essayer de vous insérer autour d’une table où se joue déjà une partie pour le constater.

3. Le jeu est trop sérieux

Les joueurs, les vrais, prennent le jeu très au sérieux. Respect des règles, engagement de chacun, on n’est pas là pour rigoler. C’est un frein important pour les joueurs occasionnels qui aimeraient se détendre sans pression.

4. Le jeu est long

Une partie, une session, une soirée jeux peuvent vite s’éterniser. La tendance est aux jeux de plus en plus courts mais consacrer une heure à un jeu est au-dessus des forces de beaucoup.

5. Le jeu fait mal aux neurones

Les joueurs habitués vont apprécier des règles et des mécaniques plus complexes. Mais passer plusieurs dizaines de minutes à essayer de comprendre le fonctionnement d’un jeu n’est souvent pas ce qu’on attend d’une activité de détente.

6. Le jeu met en compétition

Si on le joue sérieusement, le jeu impose une compétition contre les autres joueurs (ou parfois contre le jeu lui-même). Cette confrontation nécessaire pour la mécanique de jeu n’est pas du goût de tout le monde.

7. Le jeu est stressant

Puisqu’il impose un conflit, le jeu amène aussi une tension palpable autour de la table. L’envie de gagner s’accompagne d’une peur de perdre et certains joueurs peuvent ne pas apprécier le stress et l’énervement qui en résultent.

8. Le jeu est injuste

Le hasard du jeu ou une erreur d’appréciation peuvent faire perdre une partie et faire naître un sentiment d’injustice peu agréable.

9. Le jeu expose

Dans le jeu, chaque joueur a une place unique et un rôle à jouer qui le rend visible à tous. Plus gênant encore, le jeu place les projecteurs sur celui qui débute, qui se trompe ou qui perd. Pour les timides, cette mise en avant peut effrayer.

10. Le jeu implique des joueurs

On peut apprécier quelqu’un et ne pas souhaiter jouer en sa compagnie. Parce que la situation ne s’y prête pas ou parce que son caractère semble incompatible avec une partie détendue. On connait tous des gens très sympathiques mais insupportables une fois le jeu démarré. Souvent ce sont mêmes ces derniers qui insistent depuis le début de la soirée pour qu’on sorte une boîte de jeux…

Jouer ce n’est pas de tout repos et, bien naturellement, ce n’est pas du goût de tout le monde. N’essayez pas d’imposer une partie à une audience peu partisane de ce plaisir ludique. Vous ruinerez votre soirée et la leur.

Vous vous reconnaissez dans l’une ou l’autre des ces raisons? Moi c’est la 2 qui me parle, étrangement.

Vous connaissez d’autres raisons pour ne pas jouer vous?

Merci à Acariâtre pour son article.