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Monte Cook Games recrute des artistes autochtones : Mais qui décide ?

Between Earth & Sky_ Raven and Gold. article bannière

🎨 Monte Cook Games recrute des artistes autochtones pour son JDR Between Earth and Sky : un geste fort, mais des questions restent encore floues.


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Monte Cook Games : un appel ciblé, une production déjà lancée

Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :

L’essentiel en 3 points :

  • L’éditeur de jeu de rôle Monte Cook Games a publié un appel le 7 octobre 2026 pour un travail d’illustration sur son tout prochain JDR, Between Earth and Sky.
  • Aucun tarif, aucun détail public sur les droits, les crédits ou le pouvoir de décision.
  • Un bon signal, à juger sur le générique du livre plutôt que sur l’annonce.

Sous l’eau du Meridian, une nageuse tatouée de motifs géométriques serre un couteau d’obsidienne. Le monde de Between Earth and Sky a déjà un visage. Reste à savoir qui a tenu le pinceau, et qui tiendra les suivants.

Pour adapter en jeu de rôle la trilogie Between Earth and Sky de Rebecca Roanhorse, Monte Cook Games publie un appel réservé aux artistes ayant des liens avec les peuples autochtones des Amériques. Le geste est rare chez un éditeur établi. Reste à savoir si ces artistes illustreront le Meridian… ou s’ils pourront aussi le façonner.

Le 7 octobre 2026, Monte Cook Games (MCG) a publié sur son site un appel à candidatures signé Olivia Ryan, coordinatrice des réseaux sociaux de l’éditeur. Objet : trouver des artistes pour Between Earth and Sky: The Roleplaying Game, adaptation de la trilogie de Rebecca Roanhorse (Black Sun, Fevered Star, Mirrored Heavens). L’univers, le Meridian, est présenté par MCG comme inspiré des civilisations des Amériques précolombiennes.

L’appel n’est pas ouvert à tout le monde. Monte Cook Games cherche des artistes ayant des liens autochtones avec les Amériques, régions arctiques, Caraïbes, Amérique centrale et Amérique du Sud comprises. Le formulaire est réservé aux personnes qui revendiquent des liens « culturels, patrimoniaux et/ou traditionnels » avec ces peuples, et un champ obligatoire demande une identification tribale, une affiliation ou d’autres liens autochtones. Savoir dessiner une pyramide à niveaux ne suffit donc pas (on s’en doutait un peu).

Les candidatures restent ouvertes jusqu’à la fin de l’année. Il cherche des artistes disponibles jusqu’à l’été 2027, si possible familiers des romans, et dont le style saura s’accorder avec l’existant. Car l’existant existe déjà : la direction artistique est assurée par Bear Weiter, la couverture est signée Raúl Cruz, alias RACRUFI, dont le travail mêle depuis trente ans science-fiction et esthétiques mayas et aztèques, et cinq illustrations déjà commandées sont présentées.

Côté design, l’équipe annoncée réunit Shanna Germain, senior designer et cofondatrice de MCG, Kenna Alexander, de Coyote & Crow Games, ainsi que des artistes « colombiens et amérindiens ». Le financement participatif se fait sur BackerKit depuis ce lundi, pour une sortie annoncée en 2027.

Ce que Monte Cook Games promet… et ce qu’il ne dit pas encore

Dans son appel, l’éditeur dit vouloir donner vie à la version la plus honnête, précise et fidèle possible du monde de Roanhorse. Pour cela, il s’engage à travailler avec « autant » d’artistes, d’éditeurs et de sensitivity readers autochtones qu’il le pourra. Sur le papier, l’ambition dépasse donc la seule illustration.

Mais lisons ce qui est écrit, et seulement ce qui est écrit. Pas de proportion minimale. Pas de liste d’éditeurs ou de relecteurs. Pas d’indication sur les communautés qui seront représentées. « Autant que possible » est un engagement de moyens, pas de résultat.

Même prudence sur l’argent. MCG qualifie ses tarifs de « compétitifs » dans l’industrie et se dit prêt à adapter calendrier et rémunération. Aucun montant, aucune fourchette : c’est à l’artiste de joindre sa propre grille tarifaire. Rien de scandaleux, c’est la norme en illustration freelance. Mais impossible, à ce stade, de vérifier ce que recouvre le mot « compétitif ».

Même silence sur les contrats : droits cédés, durée d’exploitation, réutilisation des illustrations, forme des crédits. Et rien sur la question qui fâche : qui a le dernier mot quand une artiste autochtone estime qu’une représentation pose problème ? Ce silence ne prouve pas que les conditions seront mauvaises, tout cela peut se régler contrat par contrat. Il empêche simplement de juger autre chose que l’intention.

Consulter n’est pas fabriquer

Longtemps, la réponse standard des industries culturelles aux problèmes de représentation a tenu en un mot : consultant. On écrit le jeu, on construit l’univers, puis on demande à quelqu’un issu de la culture concernée : « Ça passe ? »

Le modèle évite certaines bourdes. Il pose aussi une question gênante : que se passe-t-il quand la personne consultée signale un problème… et que celles et ceux qui tiennent les rênes décident de ne rien changer ? La revue québécoise Histoire Engagée range justement parmi les formes d’appropriation les plus insidieuses le fait de consulter des Autochtones pour ignorer ensuite leur avis.

IllumiNative, organisation autochtone consacrée à la représentation dans les médias, décrit dans son guide professionnel des consultants engagés trop tard, sous-payés ou tenus à l’écart des décisions. Elle recommande de placer des créateurs autochtones là où les choix se font réellement. Son guide vise l’audiovisuel, pas le JDR, mais le parallèle est éclairant.

Un sensitivity reader peut dire : « Cette image pose problème. » Une illustratrice décide dès le départ de ce que l’image contient. La nuance n’a rien de sémantique.

Ici, Monte Cook Games ne demande pas seulement à des artistes autochtones de relire le travail des autres : il veut leur confier des commandes. C’est un vrai déplacement de curseur. Mais produire une illustration n’est pas forcément choisir ce qui doit être illustré. On peut remettre à une artiste un brief verrouillé (« dessine exactement ceci »), ou lui laisser la possibilité de répondre : « cette architecture mélange deux traditions qui n’ont rien à voir ». Dans le livre, les deux situations porteront exactement le même crédit.

Thunder Plains, le précédent maison

MCG ne découvre pas le sujet, et ne part pas de la position la plus confortable. En 2015, une pétition sur Change.org dénonçait le caractère pan-indien et stéréotypé de Thunder Plains, une « recursion » de The Strange. Après une première réponse jugée maladroite, de l’aveu même du pétitionnaire, l’éditeur avait remplacé ce contenu par Ohunkakan: The Living Myths, tiré des récits lakotas et conçu, selon MCG, avec des auteurs autochtones.

Ailleurs dans l’industrie, Wizards of the Coast s’est excusé en 2022 pour les hadozees de Spelljammer, en reconnaissant que ce contenu n’avait pas été correctement vérifié, avant de promettre une relecture par des consultants culturels pour ses futurs produits. Le schéma est connu : on publie, on se fait reprendre, on corrige.

L’appel de 2026 tente l’inverse : intervenir avant. Entre Thunder Plains et le Meridian, une décennie de leçons apprises… ou une communication mieux rodée ? On ne peut pas trancher. Ils penchent plutôt vers la première hypothèse, sans la prouver.

Kenna Alexander et le modèle Coyote & Crow

Le nom le plus intéressant de l’équipe est celui de Kenna Alexander. Elle n’est pas présentée comme consultante, mais comme game designer, aux côtés de Shanna Germain. Citoyenne de la Cherokee Nation, elle dirige Coyote & Crow Games, dont le JDR éponyme, un futur alternatif des Amériques sans colonisation européenne, a été créé et dirigé par une équipe autochtone. Sa campagne Kickstarter avait levé plus d’un million de dollars auprès de plus de 16 000 backers, et le jeu a reçu le Diana Jones Award en 2023.

Coyote & Crow propose aussi du conseil, avec une méthode limpide : être embarqué dès le début d’un projet plutôt qu’à la fin. Détail révélateur, le studio précise que ses consultations portent sur les cultures autochtones d’Amérique du Nord, et qu’il cherche une personne extérieure lorsqu’il n’a pas le bon bagage culturel en interne. Autrement dit, même une maison spécialisée admet qu’être autochtone ne fait pas de quelqu’un un expert de toutes les cultures autochtones.

Kenna Alexander a relayé publiquement l’appel le 7 octobre. C’est un signe de soutien. Sa présence au design reste plus significative que celle d’une relectrice en bout de chaîne. La question à poser à MCG est simple : avec quelle marge de décision ?

Indigenous artists! Help us make a cool game. Let them know I sent you. Share where you can! Wado!www.montecookgames.com/call-for-ind…

— Kenna Alexander (@kennaalexander.bsky.social) 2026-10-07T23:10:26.319Z

Un bon signal, pas encore un blanc-seing

MCG mérite du crédit pour un geste concret. L’éditeur ne s’est pas contenté d’affirmer qu’il « valorise les voix autochtones » : il a ouvert un recrutement professionnel ciblé, réclame portfolios et tarifs, prévoit du travail jusqu’à l’été 2027 et annonce vouloir employer aussi des éditeurs et sensitivity readers autochtones. Il a surtout placé au design une créatrice dont tout le parcours repose sur la présence d’Autochtones aux postes clés.

C’est significatif. Ce n’est pas encore un certificat d’authenticité. D’abord parce qu’il n’existe pas une vision autochtone unique qu’un bon casting suffirait à révéler. Ensuite parce que les éléments décisifs ne sont pas publics : rémunérations, contrats, droits, crédits, nombre et diversité des personnes engagées, poids de leur parole. Enfin parce que la direction artistique reste celle de MCG, et qu’une partie du monde a déjà été dessinée.

L’appel ne répond donc pas à la question « qui doit fabriquer ces mondes ? ». En recrutant tôt, MCG reconnaît que l’authenticité ne se colle pas à la fin. En gardant la direction, il montre qu’elle ne se délègue pas encore entièrement. Rendez-vous au générique. On ne vérifie plus l’authenticité à la fin, on l’embauche au début. Reste à savoir ce qu’on lui confie.

✍️ Sans compter le podcast (DALIA 4), cet article a un niveau DALIA de 1.


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Une réponse à « Monte Cook Games recrute des artistes autochtones : Mais qui décide ? »

  1. Chab

    La campagne s’est lancée ce lundi avec le Cypher System comme moteur. Plutôt prometteur.

    Les productions MCG sont toujours superbes et décalées mais chères. Je n’aurai pas la possibilité de faire jouer mais il attire l’oeil et attise l’envie….

    J’aime l’idée de l’éditeur de « donner la main » sur le visuel à des personnes issues de ces cultures originelles. Un minuscule et infime rééquilibrage historique quand on regarde comment elles ont été, et sont encore, traitées.

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