🤦 UK Games Expo s’excuse pour un visuel « assisté par IA », trois semaines après avoir banni l’IA de ses stands. Hypocrisie ou règle impossible à appliquer ?
Article écrit par :
Loïc
UK Games Expo interdit l’IA… puis en trouve dans ses propres visuels
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L’essentiel en 3 points
- UK Games Expo s’excuse pour un visuel consacré à l’exposant Killer Board Games, conçu par sa propre équipe de contenu.
- Selon le salon, un filtre de logiciel graphique embarquait un outil d’assistance IA, utilisé sans le vouloir.
- L’incident révèle les angles morts d’une règle sans seuil, sans méthode de preuve ni procédure d’appel.
Il aura suffi d’un filtre. Un seul, perdu au milieu des calques d’un visuel promotionnel, pour que UK Games Expo se retrouve à présenter des excuses publiques pour avoir laissé de l’IA se glisser dans sa comm, trois semaines à peine après l’avoir bannie de ses allées.
Trois semaines après avoir banni de ses stands les créations issues « complètement ou en partie significative » de l’IA, le plus grand salon britannique du jeu de société s’excuse pour un visuel « assisté par IA » sorti de sa propre équipe. Une histoire d’hypocrisie ? Plutôt la démonstration, involontaire, qu’une règle anti-IA sans mode d’emploi devient vite un casse-tête.
Oups
Le 16 octobre, Geek Native relaie la déclaration du salon de Birmingham. Le visuel incriminé, publié sur ses réseaux pour mettre en avant l’exposant Killer Board Games, a été conçu « par un membre de notre équipe contenu », avec un logiciel de création, en assemblant images, calques et filtres « comme d’habitude ». Après vérification, l’un de ces filtres « contenait un outil d’assistance IA ». Résultat, selon UKGE : une image « assistée par IA », sans que ce soit l’intention du graphiste.
Le salon se dit navré et promet d’éviter cette fonction « et tout ce qui est de cette nature ».
Une règle subtile
Publiée fin septembre, la politique IA de UKGE exige des exposants que produits, bannières et supports promotionnels soient créés par des humains. Rappelez-vous, on vous en avait déjà parlé ici il y a quelques jours. Elle proscrit les articles conçus « complètement ou en partie significative » à l’aide d’outils d’IA : jeux, accessoires, vêtements, livres, flyers… Mais elle tolère explicitement la correction orthographique, la « retouche mineure » et l’aide à la production ou à l’accessibilité, tant que « le processus créatif central » reste humain.
Conséquence numéro un : le texte vise « nos exposants », pas la communication du salon lui-même. UKGE a donc trébuché sur l’esprit de sa règle plutôt que sur sa lettre. Conséquence numéro deux : sans connaître le filtre, impossible de dire si le même usage aurait été interdit à un exposant.
Quant à la sanction, la fameuse « fermeture immédiate du stand », elle n ‘est pas dans leur règlement. Le texte prévoit d’abord une demande de retrait, à la « discrétion absolue » des organisateurs ; fermeture et exclusion des éditions futures n’interviennent qu’en cas de refus. Plus mesuré qu’on ne l’a dit, donc.
Quand c’est flou, il y a un loup
Ou : Généré, assisté, retouché. Le grand flou.
Sous l’étiquette « IA » se cachent des gestes très différents : générer une image à partir d’un prompt, laisser le logiciel inventer des pixels pour remplir ou étendre une zone, appliquer un filtre de débruitage qui n’invente rien, ou retoucher à l’ancienne. L’incident de UKGE peut relever de la deuxième comme de la troisième catégorie. Impossible de trancher sans connaître l’outil.
Photoshop illustre bien cette porosité : ses Neural Filters reposent sur le machine learning, tandis que le Remplissage génératif s’appuie sur les modèles Firefly. Même logiciel, responsabilités créatives sans commune mesure. À l’inverse, Procreate revendique publiquement le refus de l’IA générative.
Or la politique de UKGE ne définit ni seuil pour la « partie significative », ni méthode de détection, ni procédure d’appel. Interrogé par Rascal News en septembre sur sa façon d’identifier les œuvres générées, le salon n’avait pas répondu dans l’immédiat. Et « je reconnais l’IA quand je la vois » ne fait pas une procédure disciplinaire.
Un air de déjà-vu
L’affaire ne tombe pas du ciel. Fin octobre 2025, UKGE avait déjà essuyé une volée de bois vert pour une promotion payante du JDR Gates of Krystalia, dont une partie des visuels recourait à l’IA générative. En juin 2026, des créateurs réclamaient encore une position claire.
Le scénario du filtre rappelle aussi Wizards of the Coast, qui reconnaissait en janvier 2024 que des composants d’IA présents dans des outils standard comme Photoshop s’étaient glissés dans un visuel marketing — après avoir d’abord nié. UKGE, lui, a commencé par s’excuser. C’est mieux.
La même indulgence pour tous ?
C’est là que le bât blesse. UKGE s’accorde le bénéfice de l’intention (« ce n’était pas l’intention du graphiste »). Son règlement ne prévoit rien de tel pour les exposants. Un petit éditeur pris au même piège logiciel au printemps prochain aura-t-il droit à la même clémence ?
Des pistes existent. Définir des actes plutôt que des technologies, comme le fait la politique de MCM Comic Con, qui autorise expressément l’agrandissement d’image et les filtres photo basiques. Dire clairement si la règle s’applique aussi aux équipes du salon, comme Tabletop Scotland. Prévoir enfin une procédure : signalement, explications, fichiers de travail ou métadonnées de provenance, décision motivée. Une échelle graduée, à l’image de l’échelle DALIA présentée sur Gus&Co, aiderait à sortir du tout-ou-rien.
Et chez nous en Europe / Suisse / France ? À notre connaissance, ni le FIJ de Cannes (épinglé en 2025 pour ses propres visuels), ni Essen, ni Ludesco, ni Paris est Ludique n’affichent de clause IA publique pour leurs exposants. Le sujet pourrait pourtant traverser la Manche plus vite qu’une Tesla volante. Avant de traquer l’IA dans les allées, mieux vaut passer son propre menu Filtres au peigne fin.
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